Élections municipales

Paris vu de ses banlieues : le chaos inégalitaire

Par François Bonnet

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Y aura-t-il un avant et un après Covid-19 pour les villes et les politiques urbaines qui y sont menées ? « Beaucoup pensent que la pandémie va marquer une rupture nette. Il y a pourtant de nombreuses raisons de penser que la discontinuité ne sera pas si radicale », note le sociologue italien Giovanni Semi dans la revue Métropolitiques.

En Île-de-France, la crise sanitaire a fait surgir aux yeux de tous, et parfois de manière extrême, deux caractéristiques de la région capitale : des inégalités grandissantes d’abord, une industrie du tourisme qui a remodelé en profondeur Paris ensuite.

Le reportage long-format que vous vous apprêtez à lire devait initialement être publié le 17 mars, au lendemain du premier tour des élections municipales et au terme d’une enquête conduite en janvier et février. Le 17 mars fut le jour du confinement brutal du pays. Il n’est donc pas directement question de l’épidémie dans cet article, que nous avons choisi de ne pas modifier. Car beaucoup des tendances à l’œuvre à Paris et dans ses banlieues, bon nombre des difficultés rencontrées sont toujours là. La pandémie ne les efface pas. Elle ne fait que les exacerber.

Il en est ainsi de la Seine-Saint-Denis, département déshérité et historiquement sous-doté par la puissance publique, qui a payé le plus lourd tribut au Covid-19, en enregistrant, selon une étude de l’Insee, une augmentation de la mortalité de 123,4 % entre le 1er mars et le 30 avril 2020 par rapport à la même période de 2019.

Source : Insee – Évolution des décès cumulés du 1er mars au 30 avril 2020 rapportés aux décès cumulés du 1er mars au 30 avril 2019 par département.

Il n’y a pas de surprise dans ce triste record qui n’est que la conséquence de la ségrégation territoriale et sociale à l’œuvre. Populations précaires et en mauvaise santé ; logements exigus ou surpeuplés ; sur-représentation des salariés de « première ligne », c’est-à-dire exposés à des risques de contamination accrus ; offre de soins moindre : l’ensemble des indicateurs sociaux du département ne pouvait qu’accroître le désastre sanitaire.

Les huit semaines de confinement strict ont également radicalisé une autre crise, celle du logement, à l’œuvre dans toute la métropole parisienne. Un gros million de Franciliens ont choisi de fuir la métropole, et très souvent des appartements trop petits, pour vivre cette période de confinement plus confortablement en province.

Enfin, l’épidémie de Covid-19 est venu percuter de plein fouet ce qui était en passe de devenir le modèle économique de Paris : le tourisme. Première destination touristique mondiale, que peut devenir Paris sans touristes ou sans un tourisme de masse jusqu’alors voulu et encouragé ? C’est une question centrale, pourtant systématiquement absente de la campagne électorale.

La crise sanitaire va donc obliger les prochaines équipes municipales à se saisir enfin des vrais et graves problèmes que connaissent Paris et ses banlieues. Pour en prendre la mesure, commençons par un petit détour par Argenteuil (Val-d’Oise).

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