Je me souviens de Jacques Cheminade

28 mars 2012 | Par patrick rodel
- Mediapart.fr
Il n'est sans doute pas très bien vu, dans le contexte actuel, de dire du bien de Jacques Cheminade. Le parcours qui est le sien est effectivement étrange et ses idées paraissent bien confuses, entre des thèmes dont on peut tout à fait discuter et des  obsessions inquiétantes.

Il n'est sans doute pas très bien vu, dans le contexte actuel, de dire du bien de Jacques Cheminade. Le parcours qui est le sien est effectivement étrange et ses idées paraissent bien confuses, entre des thèmes dont on peut tout à fait discuter et des  obsessions inquiétantes. Je veux seulement évoquer le garçon que j'ai rencontré à Paris, au cours de l'hiver 1963. Un type très cultivé et raffiné, d'une élégance naturelle et intellectuelle indubitable. Nous étions une assez joyeuse bande d'amis qui découvraient les beautés de la Toscane, pendant les vacances de Pâques 64;  il était impossible de savoir, à l'époque, ce que nous allions devenir, ce que la vie nous réserverait, mais il me semble que nous avions en commun certaines valeurs, un mépris absolu pour les arrivistes de tout crin dont nous étions entourés, un souci de la beauté tant esthétique que morale, et beaucoup de fantaisie. J'ai assisté au grand oral de Cheminade à l'ENA et j'avais été impressionné par l'immensité de sa culture. Je ne l'ai jamais revu et n'ai eu de ses nouvelles que de façon indirecte.

Et le voici sous le feu de l'actualité. Un qui n'est pas du sérail ! un qui met les pieds dans un certain nombre de plats ! un qui porte sur la finance internationale des jugements fort sévères et justifiés, un qui se dit gaulliste de gauche - une espèce en voie de disparition...-! un que certains journalistes toisent avec mépris, alors qu'ils courbent volontiers l'échine devant d'autres. En même temps, quelqu'un qui défend des thèses complotistes qui font sourire tout le monde - la Queen en dealer, c'est pas mal..., quelqu'un qui a des relations plutôt louches et des  projets utopiques que n'auraient pas reniés un Cyrano de Bergerac ou un Jules Verne.

Qu'il ait été un bon compagnon, quand il avait 25 ans, n'est évidemment pas une raison pour qu'il soit devenu un homme politique crédible, il a pu prendre des chemins de traverse, péter un cable, se prendre pour le sauveur du monde et le seul capable de résoudre ses problèmes - mais c'est quelque chose que j'ai déjà entendu ailleurs ... Je n'ai aucune complicité politique avec lui, je ne voterai pas pour lui, même en souvenir de notre ancienne amitié. Mais je me demande ce qui autorise une bonne partie de la presse à le traiter avec une telle condescendance et je n'aime pas que les mêmes qui rampent devant le pouvoir se découvrent tant d'audace quand ils sont en face de quelqu'un qui n'en exerce aucun.

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