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Jeu.31 juillet 201431/07/2014 Édition de la mi-journée

Banques européennes : le retour du risque systémique

|  Par Philippe Riès

Une journée ordinaire dans la vie des banques européennes : une nationalisation en urgence aux Pays-Bas ; les pertes d'hiver suivent celles du printemps au Crédit agricole ; un scandale financier en Italie.

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Le gouvernement néerlandais a été contraint vendredi 1er février de nationaliser en urgence le groupe bancaire et d’assurance SNS Reaal NV, quatrième institution financière du pays. Le Crédit agricole a lancé le même jour un nouvel avertissement sur ses résultats 2012, en raison de dépréciations d’écarts d’acquisition et d’autres charges financières pour un montant de 3,8 milliards d’euros au quatrième trimestre de l’an dernier. Et l’Italie, à l’approche des élections législatives anticipées, baigne dans le scandale du Monte dei Paschi di Siena, la plus ancienne banque de la planète. Comme disait le président « normal », le pire de la crise financière est derrière nous.

SNS Reaal a été victime d’une panique bancaire quand les investisseurs privés pressentis pour reprendre un établissement plombé par ses créances sur l’immobilier commercial ont commencé à traîner les pieds. Le ministre des finances Jeroen Dijsselbloem, tout juste intronisé à la présidence de l’Eurogroupe, a dû intervenir afin d’éviter, selon ses propres termes, « de placer le système financier en danger grave et immédiat ». Facture pour le contribuable : 2,2 milliards d’euros en injection de fonds propres, 800 millions pour effacer le renflouement précédent et 700 millions consacrés à déprécier le portefeuille immobilier de SNS. Soit 3,7 milliards, auxquels il faut ajouter 6,1 milliards sous forme de prêts et de garanties publiques.

Ceux qui avaient annoncé un peu vite l’été dernier que le calvaire de la « banque verte » prenait fin avec la vente (au prix de pertes massives) de sa filiale grecque Emporiki n’avaient pas bien fait les comptes. Héritage de ses ambitions planétaires d’avant la crise, CASA porte dans ses livres 17,4 milliards d’euros en écarts négatifs d’acquisition. En clair, ce qu’elle a payé les yeux de la tête ne vaut plus tripette. La banque du « bon sens près de chez vous » a décidé d’en provisionner une petite partie, pour 2,6 milliards d’euros. En y ajoutant d’autres opérations « exceptionnelles » (« routinières » conviendrait mieux vu le « track record » d’Agricole), ce nettoyage d’avant printemps coûtera 3,8 milliards d’euros.

Quant à la prestigieuse banque toscane, son cas est particulièrement savoureux puisque le gouvernement de Mario Monti avait déjà été contraint l’été dernier d’y injecter près de deux milliards d’euros pour lui permettre de faire face aux pertes enregistrées sur ses énormes avoirs en… obligations du Trésor italien. Mais on vient de découvrir que BMPS avait dissimulé, depuis 2008-2009, des pertes de quelque 720 millions d’euros sur des opérations en produits dérivés, au nez et à la barbe du régulateur, la Banque d’Italie, dont le gouverneur était à l’époque Mario Draghi, aujourd’hui président de la Banque centrale européenne. Risque systémique oblige, BMPS sera sauvée, l’État italien, dont la dette a dépassé les 2 000 milliards, y réinjectant 3,9 milliards (2 milliards en net) et les actionnaires constituant une seconde ligne de défense avec des augmentations de capital différées pour 6,5 milliards.

Comme les autorités japonaises dans les années 90 (du siècle dernier), les dirigeants européens, prolixes sur l’avenir de « l’union bancaire » et les lendemains chantants de la régulation « macro-prudentielle », refusent obstinément de contraindre les banques à faire la vérité sur les comptes du passé et à les solder une fois pour toutes. CQFD. 

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