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Jeu.03 septembre 201503/09/2015 Dernière édition

PS du Pas-de-Calais: la rénovation bégaie

|  Par Marine Turchi

Six mois après la mise sous tutelle de la fédération PS du Pas-de-Calais, de nouvelles instances ont été mises en place. Il s'agit d'un renouvellement sans renouveau, selon certains responsables socialistes, sur fond de rivalités entre Martine Aubry et Daniel Percheron.

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« C’est un peu comme dans les pays en développement : c’est souvent celui qui crie le plus fort contre la corruption qui est le plus corrompu. » Cette comparaison, faite par un haut dirigeant socialiste, résume la situation paradoxale que connaît aujourd’hui le PS du Pas-de-Calais, l'une des trois plus importantes fédérations de France : un renouvellement du personnel politique sans renouveau.

Nombreux sont les barons et élus qui endossent désormais le costume de chevalier blanc dans le bassin minier. Ils ont bien senti le vent tourner après les épisodes des derniers mois : exclusion du PS de Jean-Pierre Kucheida, député et maire de Liévin visé par quatre enquêtes préliminaires, suivie de sa défaite cinglante aux législatives ; mise sous tutelle de la fédération du Pas-de-Calais après le rapport de la commission d'enquête du PS ; perquisitions au siège de la fédération, le 6 décembre. Tous ces événements remettent en cause la toute-puissance de cette génération d'élus emmenés par Daniel Percheron, le président de la région, et arrivés en rénovateurs dans les années 1970.

M. Aubry, D. Percheron, P. Mauroy lors d'un meeting à Lille pour les européennes de 2009.M. Aubry, D. Percheron, P. Mauroy lors d'un meeting à Lille pour les européennes de 2009. © P. Grangeaud / Solfé communications

En juin, une commission de cinq responsables socialistes, dont Alain Fontanel, le secrétaire national aux fédérations, avait été chargée de « travailler à la rénovation et à la mise en place de nouvelles instances » dans le Pas-de-Calais (lire notre article). Six mois plus tard, les nouvelles instances fédérales (conseil et bureau fédéral) ont été mises en place (voir la liste publiée le 17 décembre). « Il y a un vrai renouvellement », affirme Alain Fontanel, qui veut y voir « une première étape qui ouvre la possibilité d’un travail d’ensemble ». D’ici février, « un programme de rénovation sera élaboré avec un calendrier de travail, explique-t-il. L’idée est de responsabiliser les membres de la fédération. Si ces engagements sont remplis ou non, nous déciderons – le moment venu – de lever la tutelle ».

Dans ces nouvelles instances, on trouve aussi « beaucoup de sortants », nuance Pierre Ferrari, ancien adjoint d'Hénin-Beaumont, exclu du PS pour avoir critiqué le fonctionnement de la fédération. « Mais ce qui compte, selon lui, ce sera de voir qui dirigera la fédération. » Quatre noms circulent pour prendre la tête du PS 62 : le maire de Courrières Christophe Pilch, le député européen Jean-Louis Cottigny, la vice-présidente à la santé au conseil régional Cécile Bourdon et le conseiller régional Vincent Léna. Ils sont loin d'incarner le renouveau.

« Cela ne m’a pas échappé... », glisse un haut dirigeant socialiste, qui ironise : « Il est certain que le PS du Pas-de-Calais ne va pas devenir le paradis du débat démocratique... » « Ce ne sont pas eux qui vont pouvoir faire la rupture nécessaire », se désole Pierre Ferrari.

L’ancien élu d'Hénin-Beaumont, qui se bat depuis plusieurs années pour une refonte de la fédération, craint qu’« on remplace une baronnie par une autre. Il ne faut pas un bricolage mais une nouvelle équipe, qui tire un trait sur le passé et parte à la reconquête des quartiers populaires. Sinon, on va droit dans le mur ». À Solférino, Alain Fontanel le reconnaît, « le renouvellement ne peut se résumer à une simple question d'âge et de génération » et « les pratiques nouvelles doivent s'installer dans la durée, dans le cadre d'une nouvelle organisation ».

Auteur du rapport sur le fonctionnement de la fédération, le sénateur Alain Richard plaide ardemment pour « un renouvellement – notamment générationnel – des cadres », mais il concède que « les choses sont difficiles à bougerD’autant que nous n’avons pas forcément les ressources humaines massives pour gérer une vraie réforme de la fédération du PS 62. Une partie des “bons bureaucrates” que j’ai vus à l’œuvre dans ce type de tâches sont dispersés par l’arrivée de la gauche au pouvoir, comme Pascale Boistard (élue députée), Philippe-Xavier Bonnefoy (devenu conseiller politique du ministre de la défense) ».

Autre problème, « le renouvellement ne suffit pas pour dire qu’il y a un renouveau », souligne un haut dirigeant socialiste. « Nous avons besoin du personnel politique local pour mettre en place la rénovation. Or, dans le Pas-de-Calais, il n’y a pas réellement de minorité opprimée car tout le monde est dans la majoritéTrouver du personnel n’ayant pas participé au système est compliqué. La jeune génération actuelle a été formée sur ce modèle. Il faudrait attendre plusieurs générations pour un vrai renouveau. »

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Sauf mention contraire, les personnes citées ont été interviewées courant décembre.
Sollicités, Daniel Percheron et Martine Aubry n’ont pas donné suite à nos demandes. Joint par téléphone, Pierre de Saintignon nous a expliqué qu’il « préfér(ait) ne pas faire de commentaires » sur le sujet et « rester concentré sur son action à la région ».
Contactée, Laurence Rossignol, membre de la commission de rénovation, nous a renvoyé vers Alain Fontanel. 

Retrouvez notre dossier sur le PS du Pas-de-Calais sous l'onglet "Prolonger".