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Jeu.18 décembre 201418/12/2014 Édition de la mi-journée

Cahuzac: de la sidération à la déflagration

|  Par Mathieu Magnaudeix et Stéphane Alliès

Derrière le mensonge d'un homme, une crise politique qui s'entrouvre. Derrière l’écœurement de ses anciens amis floués, une interrogation qui demeure : que savait le président ? Dans un contexte de rigueur et de recentrage idéologique du pouvoir, les socialistes sont sonnés par l’aveu de Cahuzac.

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Il fallait voir, mardi à l'Assemblée, la colère des rares députés socialistes qui s'aventuraient devant les médias, comprenant tout juste l'ampleur du mensonge de l'ancien ministre star. Il fallait voir la consternation en miroir de l'opposition, offusquée de l'aveu tardif de Jérôme Cahuzac, mais surtout effarée par les ricochets possibles d'une telle affaire dans l'électorat de droite. Il fallait voir les uns et les autres apprendre la nouvelle, se pincer pour y croire, parler d'« hallucination » ou de « folie ». Mardi, quand ils ont appris l'aveu, tous les responsables politiques du pays se sont dits consternés. Comme saisis de vertige face à la déflagration.

Il y a une semaine de cela, quelques jours à peine après sa démission, Cahuzac a demandé à être entendu par la justice. Et ce mardi, il est venu tout dire au juge. Oui, il détient bien depuis les années 1990 un compte à l'étranger, crédité aujourd'hui encore de 600 000 euros, dit-il sur son blog. Oui, il a menti à tout le monde, y compris au chef de l'État. Aux plus hautes autorités de l'État, il demande « pardon du dommage que je leur ai causé ». Aux parlementaires et aux Français il dit ses « regrets ». « J’ai été pris dans une spirale du mensonge et m’y suis fourvoyé. Je suis dévasté par le remords. »

Le message de J. CahuzacLe message de J. Cahuzac © http://www.jerome-cahuzac.com/

En fin d'après-midi, quand ils apprennent la nouvelle, les socialistes réunis pour le bureau national hebdomadaire du parti ne cachent pas leur abattement. La ministre Marylise Lebranchu est encore pleine d'indulgence pour son ancien collègue du gouvernement : « À l'heure qu'il est je ne retiens que ses excuses qui l'honorent…» Le porte-parole David Assouline s'isole dans son bureau avec le proche conseiller de Harlem Désir, Mehdi Ouraoui. Quand il se présente devant la presse, à 18 h 05, l'air est grave. « Nous avons été trahis, nous sommes stupéfaits et choqués. »

Le PS proclame la fin de la carrière politique de celui qui fut son étoile montante puis une star du gouvernement. « Il doit tirer les conclusions de cet aveu, en ne redevenant pas député. » Doit-il être exclu du PS ? « Pour nous, il est de facto en dehors du parti », martèle Assouline. À la sortie du BN, beaucoup rient jaune. « Je n'ai rien à voir avec ça, je suis chauve ! » sourit Pierre Larrouturou. « Ça pourrait être pire. Il pourrait pleuvoir… », philosophe Marie-Pierre de la Gontrie.

Les plus proches du président, François Rebsamen ou Frédérique Espagnac, comme Luc Carvounas, un proche de Manuel Valls, empruntent une sortie dérobée. À 19 heures, Harlem Désir envoie un communiqué de presse depuis son bureau, un étage au-dessus des journalistes qui attendent. « La justice va poursuivre son travail en toute indépendance, comme y a constamment et scrupuleusement veillé le gouvernement. »

Une heure plus tard, Jean-Marc Ayrault s'est invité sur France 2. La mine soucieuse, le premier ministre avoue sa colère. « C'est pour les Français que je suis profondément meurtri, dit-il. Tous ceux qui ont fréquenté Jérôme Cahuzac ont le sentiment d'une faute grave. » « Une grave faute morale », assène-t-il. Le premier ministre dit qu'il n'accordera pas de pardon – « Je n'en ai pas la responsabilité. » Il demande à son ancien ministre « de ne plus exercer de fonctions politiques ». Et rappelle l'indépendance de la justice, la nécessaire indépendance de la presse.

Dans l'après-midi, les ministres ont dit leur stupéfaction. « Je suis tombé de ma chaise, pour ne pas dire de l'armoire, déclare Arnaud Montebourg, en visite à Marseille. Je suis submergé par la tristesse et la colère. M. Cahuzac n'avait pas le droit de faire cela. Cela porte un coup très dur à la parole politique. » Dominique Bertinotti (famille) avoue sa « stupéfaction ». Aurélie Filippetti (culture) se dit « flouée ».

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