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Jeu.18 décembre 201418/12/2014 Édition de la mi-journée

Affaire Guérini: un «système mafieux» sur les ports de plaisance

|  Par Louise Fessard

Ce sont désormais la gestion et l'attribution des ports de plaisance de la région marseillaise qui sont dans le viseur de la justice, ouvrant un nouvel épisode de l'affaire Guérini. Une enquête préliminaire a été ouverte. Une note des enquêteurs évoque un «système mafieux».

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Après les décharges, les maisons de retraite, les collèges et autres marchés publics présumés frauduleux en Corse et dans les Bouches-du-Rhône, c'est un nouveau volet de l'affaire Guérini qui s'ouvre et il concerne les ports de plaisance. Selon nos informations, une enquête préliminaire a été récemment ouverte par le procureur de la République de Marseille afin d'explorer d'éventuels liens entre grand banditisme, entrepreneurs locaux et les frères Guérini autour de la gestion de plusieurs ports de plaisance.

Contacté, le parquet de Marseille n'a pas souhaité confirmer. Le 4 octobre 2012, les policiers de la douane judiciaire ont effectué une perquisition au service des ports du conseil général des Bouches-du-Rhône, présidé par le sénateur Jean-Noël Guérini (PS), mis en examen en septembre 2011 pour prise illégale d'intérêt, trafic d'influence, complicité d'obstacle à la manifestation de la vérité et association de malfaiteurs. Selon La Provence, des documents ont été également été saisis dans les locaux parisiens de la Compagnie d'exploitation des ports, filiale de Veolia.

« Les faits dénoncés apparaissent dans le domaine très lucratif de la gestion portuaire dans les Bouches-du-Rhône comme le pendant du système mafieux mis en place par Alexandre Guérini, Bernard Barresi et Patrick Boudemaghe dans le cadre du dossier Déchets 13 », indiquent les enquêteurs de la douane judiciaire dans une note adressée le 5 juillet 2012 au juge Duchaine. Leur rapport, explosif, est à l'origine du déclenchement de l'enquête préliminaire. Reposant sur des renseignements anonymes, recueillis hors procédure, il est cependant à manier avec prudence, les faits dénoncés devant encore être confirmés au cours de l'enquête préliminaire.

M. GuériniM. Guérini © Reuters

Selon cette note de sept pages, les infractions présumées concerneraient aussi bien la gestion de certains ports de plaisance que les conditions dans lesquelles leurs délégations de service public ont été attribuées. Les enquêteurs soupçonnent deux entrepreneurs, Michel Carrasco et Jean Trapani, qui gèrent le port départemental de Cassis ainsi qu'un port de l'Estaque (dépendant lui du Grand port maritime de Marseille), d'être les « hommes de main » de Bernard Barresi, un homme de 49 ans, mis en examen dans un dossier de grand banditisme instruit par le juge marseillais Philippe Dorcet. Ce dernier est également soupçonné d'avoir tenté de prendre le contrôle d'un autre port de plaisance dépendant du département, celui de La Ciotat, avec l'appui d'Alexandre Guérini, le très influent frère du président du conseil général des Bouches-du-Rhône.

Alexandre Guérini a été mis en examen en décembre 2010 par le juge Duchaine pour abus de biens sociaux, détournements de biens publics, recel et blanchiment en bande organisée. Liste à laquelle s'était ajoutée en septembre 2011 l'association de malfaiteurs en vue de trafic d'influence et recel de trafic d'influence.

On ne plaisante pas avec les ports de plaisance dans les Bouches-du-Rhône. Au début des années 2000, le Conseil général, qui a compétence sur les ports comportant des activités de pêche, avait tenté de remettre bon ordre dans la gestion de ses huit ports départementaux. Ces derniers étaient jusqu'alors confiés, sans aucune mise en concurrence, à des associations nautiques qui avaient ensuite la main haute sur l'attribution des anneaux ou des emplacements à leurs adhérents. La mise en place de délégations de service public, avec une procédure de sélection et des obligations de service public, avait dérangé cette activité lucrative.

Auditionné en novembre 2010 par les gendarmes, Thierry Vignon, l'ancien directeur général adjoint du Conseil général des Bouches-du-Rhône en poste de 1998 à 2001, avait raconté avoir été menacé un soir dans son bureau par un inconnu, qui semblait très au fait de sa vie privée. Ce dernier lui avait expliqué que « la réforme concernant les anneaux des ports ne plaisait pas à tout le monde ».

À Cassis, un port de plaisance moyen avec quelque 400 anneaux et 14 000 journées de bateaux passagers, c'est la municipalité elle-même qui remporte, en 2003, la première délégation de service public lancée par le département. Mais lors de son renouvellement, en décembre 2007, un groupement formé par Jean Trapani, propriétaire d'un chantier naval sur le port, et Michel Carrasco, gérant d'un autre port à l'Estaque, emporte la mise. Dans des conditions assez troublantes pour que l'ancien maire (UMP) de Cassis, Jean-Pierre Teisseire, dépose un recours en annulation devant le tribunal administratif. La candidature GTC « aurait été favorisée par rapport au dossier de la mairie de Cassis », croient savoir les policiers. Leur note du 5 juillet 2012 fait également état de « relations très proches entre la famille Guérini et Trapani ».

Selon des documents internes au conseil général que Mediapart s'est procurés, l'offre de la Ville avait semblé « techniquement intéressante » à la commission départementale de délégation de service public. Mais celle-ci l'avait finalement rejetée en raison de « problèmes de nature juridique », soulignant une « confusion des rôles “commune” et “délégataire” ».

Les négociations avaient donc été engagées uniquement avec les deux autres candidats, le groupement GTC Cassis (composé de Jean Trapani et de Michel Carrasco) et une filiale de Veolia, la Compagnie d'exploitation des ports, dont les offres avaient pourtant été jugées « non abouties et largement perfectibles » par la commission de délégation de service public. Curieusement, au bout d'une réunion, le 25 octobre 2007, Veolia avait retiré son offre, laissant le GTC Cassis seul en piste.

Selon un employé de l'époque du Conseil général contacté par Mediapart, le président du conseil général des Bouches-du-Rhône, Jean-Noël Guérini, avait porté une attention particulière au dossier. « Jean-Noël Guérini avait demandé à plusieurs directions de s'intéresser au dossier, car il lui semblait que le service des ports voulait privilégier la mairie de Cassis (aux dépens des offres privées - ndlr) », explique ce fonctionnaire. « Mais l'analyse des offres a été faite de façon technique et rigoureuse », assure-t-il.

Le juge des référés du tribunal administratif avait d'ailleurs rejeté le recours en annulation de la municipalité en décembre 2007. Alors que l'affaire devait encore être jugée sur le fond, la nouvelle maire, Danielle Milon, élue en mars 2008, avait préféré abandonner la procédure.

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*Arrêté en juin 2010 après vingt ans de cavale et accusé de l'attaque d'un fourgon blindé près de Mulhouse en 1990, Bernard Barresi a été acquitté en mars 2012 par la Cour d'assises du Haut-Rhin, une enquête de police de l'époque ayant manifestement été bâclée et abusive. Il reste mis en examen entre autres pour détention d'armes, abus sociaux, extorsion de fonds, recel, blanchiment, détention et exploitation de jeux de hasard en bande organisée, ainsi que de non-justification de ressources, dans le cadre d'une information judiciaire confiée au juge marseillais Philippe Dorcet.

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Contacté le 16 octobre par mail, Michel Carrasco ne nous pas répondu.