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Jeu.31 juillet 201431/07/2014 Édition de la mi-journée

Libye: le fiasco du partenariat voulu par Nicolas Sarkozy

|  Par Mathilde Mathieu et christophe Gueugneau

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2. Combien de contrats effectifs ?

En 2010, les exportations françaises en Libye ont bondi de 32,5% par rapport à 2009, pour atteindre 980 millions d'euros, d'après Ubifrance. Au premier poste, les matériels de transport (en particulier la vente d'Airbus), pour 358 millions d'euros. En second lieu, les équipements électroniques, électriques et industriels. Mais le sort des grands contrats évoqués à l'été 2007, lui, se révèle pour le moins inégal.

→ Côté civil, d'abord, le point culminant de l'escapade libyenne de Nicolas Sarkozy avait été l'annonce d'un «mémorandum d'entente» sur le nucléaire, censé déboucher à terme sur la vente par la France d'un réacteur pour une usine de dessalement d'eau de mer.

«L'eau potable est rare en Libye», justifiait alors Claude Guéant. Le 10 décembre, lors du séjour du «Guide suprême» à Paris, Nicolas Sarkozy répétait à son tour, mettant Areva devant le fait accompli: «La France signera des contrats de collaboration pour une usine de dessalement de l'eau de mer avec un réacteur nucléaire.» Le mémorandum s'est, en fait, révélé ultra flou, autorisant simplement «les institutions et entreprises industrielles des deux pays à œuvrer conjointement en vue de la réalisation de projets de production d'énergie nucléaire et de dessalement de l'eau»... Les modalités prévues de mise en œuvre? «Les deux parties s'engagent à accélérer les négociations» (sic).

Si un accord final de coopération en matière de nucléaire civil a bien été signé en juillet 2008, qui porte également sur l'exploration minière de l'uranium, la France est depuis en concurrence avec la Russie, l'Ukraine et le Canada, qui ont aussi décroché des accords. Chez Areva, sollicité par Mediapart, on fait ainsi le bilan des accords de 2007: seulement trois contrats ont réellement été passés, pour 300 millions d'euros, avec l'électricien libyen Gecol, pour renforcer le réseau. Mais aucune trace, in fine, d'une usine de dessalement, qui n'a jamais été «son cœur de métier».

→ Le 2 août 2007, des sources libyennes avaient aussi annoncé la signature avec des entreprises françaises de contrats pour un montant total de 296 millions d'euros d'équipements militaires: 168 millions d'euros pour l'achat de missiles antichar Milan et 128 millions pour des systèmes de communication. Pour le coup, le contrat sur les missiles Milan a bien été finalisé en octobre 2007, confirme à Mediapart la société MBDA, qui ajoute que les livraisons ont depuis «commencé».

→ La visite de Kadhafi en France avait également relancé les rumeurs sur la vente d'hélicoptères Eurocopter, mais surtout d'avions Rafale, dans le cadre de l'«accord de coopération dans le domaine de la défense», publié au Journal officiel le 10 octobre 2007. Depuis octobre 2006, la presse se faisait régulièrement l'écho d'une négociation franco-libyenne autour du «fleuron» du groupe Dassault, encore jamais exporté à ce jour. En janvier 2007, le Journal du dimanche en avait remis une couche, affirmant que les négociations portaient sur 13 à 18 Rafale. «Il n'y a ni discussion, ni négociations», avait alors démenti Dassault.

Or, début 2008, le Rafale est revenu sur le devant de la scène: Hervé Morin, ministre de la défense à l'époque, confirme qu'un contrat de 2,5 milliards d'euros pour 14 Rafale entre dans sa phase finale. Et puis plus rien.

En mai 2009, à nouveau interrogé sur cette fameuse vente, Hervé Morin répondait: «On est sur des sujets dont moins on parle, mieux on se porte.» Quelques mois plus tard, coup de tonnerre: on a compris que la Russie était sur les rangs. Tripoli serait engagé dans des négociations avancées avec Moscou portant sur l'achat d'une première série de 12 SU-35, 4 SU-30, 6 Yak-130 d'entraînement ainsi que d'hélicoptères de reconnaissance Ka-52 et d'assaut MI-35, croit savoir la presse russe.

Mais Dassault ne s'est pas avoué vaincu pour autant. Et rebelote à l'été 2010. La Tribune affirme que Dassault Aviation, Thales, le fabricant de missiles MBDA, filiale de BAE Systems, EADS et Finmeccanica, négocieraient toujours une vente du Rafale à la Libye. Les discussions pourraient déboucher sur la signature d'un contrat avant le 11 août, explique le quotidien, mais le calendrier reste très imprévisible. Et de fait, le 11 août passe, et toujours rien.

Jean Guisnel, journaliste spécialiste des questions de défense, évoque ce contrat dans son livre Armes de corruption massive, secrets et combines des marchands de canon: «À l'automne 2010, les ventes de cet avion à Tripoli semblaient toutefois assez compromises par plusieurs facteurs: la réticence des autorités françaises concernant la vente aux Libyens des missiles MICA à longue portée et la nécessité de leur fournir des équipements électroniques ITAR free» – c'est-à-dire ne comportant aucun équipement d'origine américaine, soumis à la norme International Traffic in Arms Regulations, qui imposerait de solliciter l'accord de Washington.

Le 4 janvier 2011, Les Echos suggéraient qu'on était toujours guère avancé: «En Libye, la situation reste tout aussi indécise. Les négociations pour l'acquisition de 14 Rafale (avec option sur 36 supplémentaires) sont terminées depuis la fin novembre, indique-t-on de sources concordantes. Même le prix a été arrêté. Mais personne ne sait si le colonel Kadhafi signera ou non, et quand.» D'ici à ce que Kadhafi ne soit même plus en position de signer...

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Ajout: un article de Libération du 23 février indique, concernant la ventes d'hélicoptères Eurocopter, que les tractations «se poursuivent», sans plus de détails.