Denis Gautier-Sauvagnac (photo) est un monsieur très distingué. Un professionnel du baise-main, onctueux comme le sont les gens bien-nés. Un homme discret, comme les patrons de la métallurgie qu'il représente. Un homme de fer, aussi, intransigeant avec ces syndicats qu'il connaît par cœur pour négocier avec eux depuis des années. En septembre 2007, quand éclate l'affaire des 16 millions d'euros retirés en liquide par Denis Gautier-Sauvagnac entre 2001 et 2007, le président de l'UIMM (Union des industries et métiers de la métallurgique) est un des membres les plus éminents du patronat. Le numéro deux du Medef, le syndicat patronal.
Sa très puissante fédération rassemble les plus grands noms de l'industrie française, Michelin, Renault et PSA, Areva (nucléaire) Schneider (électricité), l'armurier Dassault, l'équipementier militaire Thalès et des milliers d'entreprises de la métallurgie. Affiliée au Medef, elle en est la colonne vertébrale en même temps qu'un des principaux bailleurs de fonds. Gautier-Sauvagnac, «DGS» comme on l'appelle, paraît indéboulonable.
Dix mois plus tard, l'affaire reste bien opaque. Qui a touché? D'anciens membres de l'UIMM, à coup sûr, à qui ont été versés de confortables compléments de salaires. Pour le reste... syndicalistes? hommes politiques? journalistes? Personne, ou presque, ne parle au juge Le Loire. Surtout pas DGS, qui met un point d'honneur à ne rien révéler. L'enquête, vous raconteront dans les prochains jours Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme, progresse à pas lents.
On n'en sait pas beaucoup plus sur la destination des 16 millions d'euros. On en sait encore moins sur le formidable magot, 600 millions d'euros, amassé en toute discrétion par l'UIMM depuis 1972. Cette caisse «d'entraide», officiellement établie pour aider les entreprises de la métallurgie en cas de grève a servi à autre chose. A financer des partis et des campagnes électorales. Peut-être à arroser des syndicalistes. En particulier, l'on ne peut s'empêcher de relire l'histoire récente du dialogue social sous un autre jour. Ainsi, en 1998, quand trois syndicats, la CGC, FO et la CFTC, signataires habituels des accords de l'UIMM ont signé dans la métallurgie et avec Denis Gautier-Sauvagnac un accord dérogatoire aux 35 heures, l'ont-ils fait pour de bonnes raisons?

