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Jeu.03 septembre 201503/09/2015 Dernière édition

Syrie: qui est Mouaz al-Khatib, nouveau dirigeant de l'opposition

|  Par Caroline Donati

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On peut donc dire que c’est démocrate ?

Oui, c’est un démocrate mais avec un fort attachement aux normes et à l’identité islamique. C’est un islamiste authentiquement modéré qui a coopéré avec des opposants laïques de toutes confessions et s’est prononcé de manière claire et répétée contre le confessionnalisme. Par ailleurs, il s’est longtemps prononcé contre la lutte armée et n’a évolué que tardivement sur ce point.

Avec des représentants de l'opposition à Doha.Avec des représentants de l'opposition à Doha. © (Reuters)

Il bénéficie aussi d’une légitimité populaire ?

En dehors du monde religieux au sens strict, il est surtout connu auprès de la jeunesse éduquée pieuse essentiellement à Damas et dans une moindre mesure à Homs (le régionalisme est très fort en Syrie, si bien qu’il y est difficile d’acquérir une popularité à l’échelle nationale). Les réseaux d’al-Khatib s’étendent notamment aux banlieues de Damas où la classe moyenne qui n’a plus les moyens de vivre dans le centre côtoie les milieux populaires. C’est dans une de ces banlieues, Douma, qu’il a prononcé son premier discours public après le début de la révolution, à l’occasion d’une veillée funèbre organisée en l’honneur de manifestants tombés sous les balles de la police.

Quel a été son rôle dans la révolution ?

Il s’est manifesté dès le mois de mars, notamment en organisant des réunions avec des intellectuels laïques. À la fin du mois, il a signé avec eux une lettre ouverte dans le quotidien libanais al-Safir demandant des réformes à un moment où cela était encore possible, le pensaient-ils. Comme je l’ai déjà mentionné, il a aussi prononcé des oraisons funèbres en hommage aux victimes de la répression. Après avoir été arrêté à plusieurs reprises, il est resté longtemps silencieux tout en essayant de mettre en place des initiatives de dialogue entre le régime et l’opposition. L’attitude du régime l’a finalement convaincu de la vanité de telles initiatives. Craignant pour sa vie, il a quitté la Syrie en juin dernier.

La Syrie en révolution a t-elle trouvé un leader qui lui ressemble ?

On ne peut pas dire de Mouaz al-Khatib, fils d’une prestigieuse famille damascène, qu’il ait le profil type du révolutionnaire syrien, plutôt modeste et provincial ou banlieusard. En réalité, sa qualité n’est pas tant d’être représentatif que de faire le pont entre différents univers : les hommes de religion et les activistes politiques, les opposants islamistes et laïques, les anciens et les jeunes ou encore la majorité sunnite et les autres communautés.

Quelle influence peut-il avoir sur le terrain face aux dynamiques de radicalisation, de l’émergence de radicaux islamistes et des tensions confessionnelles ?

Il se situe dans un discours d’union nationale, explicitement anti-confessionnel. Dans ses interventions, il fait ainsi référence aux alaouites en tant que communauté opprimée par le régime. Néanmoins, il n’est pas sûr que ce discours d’apaisement suffise face à des peurs qui, à l’origine, n’étaient pas entièrement rationnelles (durant les premiers mois, les slogans dominants parmi les manifestants étaient « le peuple syrien est un ! » et « une seule main ! ») et qui se sont renforcées face à la polarisation confessionnelle bien réelle observée ultérieurement.

S’agissant de la radicalisation de l’opposition armée, la situation est encore plus problématique. Quelles que soient les qualités de Mouaz al-Khatib et le respect dont il fait l’objet, la coalition qu’il dirige ne pourra pas imposer son autorité aux groupes armés en l’absence de ressources financières à redistribuer. Le rôle des États soutenant l’opposition syrienne sera donc essentiel. L’avenir nous dira si les Occidentaux, en particulier, prendront acte de la représentativité et de la cohérence du nouvel organe représentatif de l’opposition syrienne, ou s’ils continueront à invoquer divers prétextes pour justifier leur posture de retrait par rapport au conflit.

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