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Sam.28 mars 201528/03/2015 Édition de la mi-journée

Aaron Swartz, martyr de l'hacktivisme

|  Par Jérôme Hourdeaux

Âgé de 26 ans, ce militant américain du libre accès à l'information s'est donné la mort à quelques semaines de l'ouverture de son procès pour avoir téléchargé des articles scientifiques.

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L’annonce, samedi 12 janvier, du suicide d’Aaron Swartz a plongé le web dans une rare émotion. Peu de disparitions ont suscité à la fois autant de tristesse et d’hommages que de colère de la part des internautes. Âgé de seulement 26 ans, ce jeune homme plutôt discret dans les médias était pourtant relativement méconnu du grand public. Mais au sein de la communauté des geeks, il était considéré comme l’un des leaders du mouvement pour un internet libre et ouvert. Sa mort l’a transformé en quelques jours en véritable symbole d’une certaine vision du web.

Aaron SwartzAaron Swartz © Reuters

Fils d’un patron d’une société de logiciels, Aaron Swartz est un véritable surdoué de l’ère digitale, ce que l’on appelait communément un « petit génie de l’informatique ». Il remporte son premier prix à 13 ans, l’ArsDigita Prize récompensant la création d’un site collaboratif non commercial. La récompense comprend un billet pour le plus prestigieux des centres de recherches universitaires, le Massachusetts Institute of Technology (MIT), où il participe à des rencontres et des tables rondes. Celles-ci lui permettent de côtoyer le gratin du web. À 14 ans, l’adolescent est intégré au groupe de travail chargé d’élaborer la norme RSS, destinée à gérer les flux RSS aujourd’hui utilisés par tous les sites pour diffuser leurs contenus.

Aaron est aussi très tôt un militant engagé, convaincu que la mission du réseau est de diffuser au plus grand nombre le savoir. Pour lui, « l’information est un pouvoir » et le but de la révolution numérique est de rendre ce pouvoir accessible à tous. À l’âge de 15 ans, il fréquente déjà depuis plusieurs années certains grands noms de « l’hacktivisme » et pose en photo avec Lawrence Lessig, célèbre juriste américain et grande figure de la défense des libertés sur internet.

Comme beaucoup de sa génération, il abandonne très tôt la fac pour fonder une start-up, Infogami. En 2005, celle-ci fusionne avec le tout récent site Reddit, aujourd’hui l’un des sites communautaires les plus influents. Mais en 2007, Aaron Swartz est poussé vers la sortie, un événement qui l’aurait fortement marqué, le plongeant depuis un état de dépression chronique dont il ne se serait jamais vraiment sorti.

Il continue cependant à s’impliquer dans tous les combats contre les diverses tentatives de filtrage du web ou de renforcement des textes sur le copyright, que ce soit Sopa, Pipa ou Acta. En 2008, il publie un texte remarqué, largement rediffusé depuis son décès, « Le Manifeste de la guérilla pour le libre accès », dans lequel il appelle les internautes à « prendre l’information, peu importe où elle est stockée, faire nos propres copies, et les partager avec le monde ». Un combat mené, notamment, via l’association DemandProgress qu’il fonde en 2010 et qui a été particulièrement active dans la lutte contre les projets de loi Sopa et Pipa. Aaron était également un internaute particulièrement actif sur de nombreux sites sociaux et notamment Wikipedia où il était un contributeur parmi les plus productifs.

Mais face à un monde toujours plus fermé et copyrighté, Aaron a connu le même sort que bien d’autres. Le 6 janvier 2011, il est interpellé pour avoir téléchargé, via un ordinateur du MIT, 4 millions d’articles tirés de la publication scientifique, normalement payante, Jstor. Lors de son procès, qui devait se tenir au mois d’avril, il risquait jusqu’à 32 années de prison et 4 millions de dollars d’amende.

Sa comparution était attendue par beaucoup comme l’occasion d’une tribune pour le libre partage de l’information. L’accusé était d’ailleurs soutenu par de nombreuses associations, comme l’Electronic Frontier Association. Mais selon ses proches, il était terrorisé à l’idée de comparaître devant la justice. D’autres appellent à la prudence, soulignant que le jeune homme était dépressif depuis quelques années. Quoi qu’il en soit, Aaron s’est pendu, vendredi, dans sa chambre.

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