La France est en guerre.
Depuis plus de six ans.
Qui s'en soucie ?
Ce conflit se déroule en Afghanistan, loin des yeux et, semble-t-il, loin du cœur et de l'esprit des Français. Aucun débat n'a jamais eu lieu au Parlement. Quasiment personne ne connaît le nombre exact de soldats français tués, et l'État-major des armées renâcle à en communiquer la liste. Le futur président Sarkozy en campagne avait pu annoncer qu'il rapatrierait les troupes ; le nouveau président élu Sarkozy a annoncé qu'il les maintiendrait. Et, aujourd'hui, tout semble indiquer que leur nombre va augmenter, d'au moins un millier d'hommes.
Certains optimistes avancent que cette ignorance découle d'une absence de querelle politique. Quasiment tout le monde, du PS à l'UMP, soutient l'intervention française et, selon le député socialiste Jean-Michel Boucheron, «s'il y avait des gens contre, ils feraient des articles dans Le Monde, or personne n'en écrit !». Jean-Vincent Brisset, général en retraite de l'armée de l'air et directeur de recherche à l'IRIS, pense lui aussi que «puisqu'il n'y a pas de polémique, on n'en parle pas». Il suggère également une autre piste : «Nous avons un problème de communautarisme en France et il ne faut pas trop dire que nous nous battons là-bas contre des musulmans. Le silence est préférable.»
Il existe toutefois une autre possibilité expliquant le hors-champ de cette guerre. Personne ne sait vraiment ce que font les soldats français dans les montagnes afghanes. Ou plutôt, quel est leur objectif ? Combattre les talibans ? Éradiquer Al Qaïda ? Construire des routes et des écoles ? Bâtir un Etat de droit ? Policer les rues de Kaboul ? Former l'armée afghane ? Appuyer les Américains ? Remplir les obligations contenues dans la charte de l'OTAN ? Affirmer la capacité de projection de la France ? À dire vrai, les forces françaises remplissent un peu de toutes ces tâches qui, pour la plupart, s'avèrent sans fin. Ce faisant, elles n'obéissent pas aux règles cardinales définies par Colin Powell, qui fut un bien meilleur général que secrétaire d'Etat : avoir une mission claire et un plan de retrait bien défini.

