1. Il y a d'abord le retour d'un agacement ancien. A 16h30 lundi 18 mai, l'ambiance qui précède la projection du nouveau film d'Alain Cavalier, Irène, est lourde. Compassée. Tout respire la solennité, des mots de Thierry Frémaux à ceux des producteurs. L'œil levé vers les hauteurs de la salle, le cinéaste confie que certains édifices religieux devraient être jaloux de l'amphithéâtre Debussy. Malédiction! La messe est tombée un lundi, cette semaine.
Puis Cavalier se demande si ce grand objet – la salle – pourra harmonieusement se marier avec le petit objet – une caméra DV – avec lequel il a tourné Irène. Comme si la question était neuve, comme si elle n'était pas celle de tout le cinéma, aujourd'hui. Mais pourquoi diable? Pourquoi continue-t-on à faire comme si Cavalier avait inventé la DV et continuait à en avoir l'exclusive, alors que le numérique est désormais partout, de Pedro Costa à Francis Ford Coppola en passant, je ne sais pas, par les studios Pixar?
L'agacement qui revient est donc le suivant. S'il y a quelque chose d'admirable dans le parcours, la ténacité et la solitude assumée de Cavalier, il y a également une injustice à le voir acclamé, lui, avant même le lever de rideau, pour des prodiges qui sont à présent monnaie courante, et tant mieux: le journal filmé documentaire, l'auto-cinéma en numérique, l'herbier d'images, la ciné-lettre adressée au monde depuis ma cuisine, ma chambre, ma salle-de-bains...

