Mardi 1er juillet. Les inscriptions pour le plan de départs volontaires sont closes, au journal Le Monde. Devant les chefs de service, le patron du groupe de presse et directeur du quotidien fait ses comptes: 103 candidats au départ enregistrés, dont 60 «cartes de presse» (expression utilisée pour englober aussi bien les journalistes «d'active» et ceux de l'état-major du boulevard Blanqui), 27 cadres et 16 employés.
L'objectif fixé par le «plan de redressement du quotidien» (129 licenciements dont 70 journalistes) est en passe d'être atteint, et la direction ne devrait donc pas avoir à établir des listes de départs contraints. Surtout que, sous la pression des syndicats, la direction est passé à un objectif en termes de masse salariale — 9,4 millions d'euros à économiser — plutôt qu'en nombres de postes. Et qu'on compterait beaucoup de journalistes seniors — donc à gros salaire — parmi les volontaires. On cite les noms d'Eric Le Boucher, éditorialiste, chroniqueur économique et ancien membre de la commission Attali; de Claire Blandin, éditrice du «Monde 2», ancien responsable du service économique du quotidien; de Patrick Jarreau, longtemps chef du service politique, un temps rédacteur en chef, avant d'être mis au placard pour avoir envisagé de former avec Gérard Courtois un ticket pour renverser Eric Fottorino; Daniel Vernet, actuel «directeur des relations internationales» du Monde, ancien directeur de la rédaction et candidat au poste de directeur du journal au tournant des années 1990; de Thomas Ferenczi, ancien directeur de la rédaction et chef du bureau de Bruxelles ou du responsable de la page Europe à Paris, Henri de Bresson.
Dominique Dhombres, actuel chroniqueur télé; Françoise Chipaux, correspondante à Islamabad ou Francis Deron, correspondant à Bangkok seraient sur le départ, tout comme Michel Samson, correspondant à Marseille ou de nombreux éditeurs et la plupart des pigistes. A ces inscrits au plan s'ajoutent de récents départs intervenus ces derniers mois, démissions ou départs simples, comme celui d'Ariane Chemin au Nouvel Observateur ou d'Henri Tincq, l'ancien chroniqueur religieux.
Les conditions négociées finalement le 5 juin étaient très intéressantes. Pour les journalistes, par exemple, elles prévoyaient des indemnités d'1,2 mois de salaire brut par année de présence jusqu'à 20 ans, 1 mois de 20 à 25 ans, 0,75 de 26 à 30 ans et 0,2 au-delà. Pour les cadres et les employés, des planchers respectifs de 45.000 euros et de 35.000 euros et un bonus de 5 mois de salaire en plus des indemnités conventionnelles.
Depuis cette annonce, de nouvelles candidatures sont arrivées, qui portent à la mi-journée ce chiffre à 114 candidats, ce qui permettrait à la direction de refuser certains départs ou d'en différer d'autres. Eric Fottorino conclut, selon des témoins, par une délicate remarque: «Il ne faut pas se réjouir trop vite: il peut y avoir des désistements...»


Tous les commentaires
Je me pose la question de savoir comment le Monde va continuer à fournir des articles, à ce rythme de départs annoncés... Je ne suis pas sure qu'ils conserveront leurs abonnés actuels. Je ne suis pas même moi très sure de rester abonné en ligne encore longtemps. Pourtant, j'aime lire encore ces longs articles parfois, quoique de plus en plus court, quoique de moins en moins poussés, quoique se voulant fun et suivant l'actualité la plus courante. Enfin..... cela doit tout de même être un peu triste, même si je me doute que certains doivent, finalement être contents de partir.
Délicate épitaphe, en effet ! Quelle humanité ! C'était à Lagardère qu'il s'adressait en particulier ou à son personnel (celui qui part, et celui qui va rester avec des conditions de travail inimaginables ) ? On l'avait présenté il n'y a pas si longtemps comme l'homme providentiel... On croit rêver ! Vous avez dit presse libre, indépendante et de qualité ? Il n'y a plus d'abonné au numéro que vous avez demandé...
Ca fait mal au cœur de voir cette bonne vieille maison partir en fumée, en effet. On se demande pour qui bosse Fottorino, pour ses lecteurs ou ses premiers actionnaires? Ne me donnez pas la réponse, j'aimerais être encore adolescent quand je dévorais des articles, des lignes, des mots comme un môme découvre "le monde". Ca a été pendant plusieurs années mon petit plaisir du matin (combien de jolies filles ai-je perdues par sa faute?), courir à la boite aux lettres, pour prendre le café, seul au milieu de milliers d'ombres, de visages, de continents! On ne voyait plus mon sol avant que je ne me décide à trouver un carton assez grand, puis deux, puis trois... puis d'autres vents, puis la fatigue, puis la lucidité avant que je ne me décide à jeter tous ces milliers de numéros à la poubelle, en me disant qu'il y a toujours les bibliothèques, les CD-Rom, puis le jour où on finit par acheter un papier qui vous dure cinq minutes entre les mains. Le dernier a encore fini dans celles du voisin: Le Monde n'est plus "le monde"... Vive Médiapart!