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Mediapart
Jeu.18 décembre 201418/12/2014 Édition de la mi-journée

Mediapart porte plainte contre Sarkozy pour dénonciation calomnieuse

|  Par La rédaction de Mediapart

Mediapart a déposé plainte, mercredi 2 mai, auprès du procureur de la République de Paris contre Nicolas Sarkozy et X... du chef de dénonciation calomnieuse. Cette plainte vise celle déposée, lundi 30 avril, contre nous par l'actuel président de la République et candidat à sa réélection. Mediapart maintient l'intégralité de ses informations et estime que l'accusation de faux portée contre lui est une calomnie. Nous publions le texte intégral de la plainte.

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Mediapart a déposé plainte, mercredi 2 mai, auprès du procureur de la République de Paris contre Nicolas Sarkozy et X... du chef de dénonciation calomnieuse. Cette plainte déposée au nom de notre journal, de son directeur, Edwy Plenel, et de ses journalistes Fabrice Arfi et Karl Laske, vise la plainte déposée, lundi 30 avril, contre nous par l'actuel président de la République et candidat à sa réélection. Mediapart maintient l'intégralité de ses informations et estime que l'accusation de faux portée contre lui est une calomnie. Nous publions le texte intégral de la plainte déposée par nos avocats, Mes Jean-Pierre Mignard et Emmanuel Tordjman, et vous pouvez la télécharger ici en format PDF.

*

Monsieur le Procureur de la République,

Nous avons l’honneur de porter plainte contre Monsieur Nicolas SARKOZY et X du chef de dénonciation calomnieuse, infraction prévue et réprimée par l’article 226-10 du Code Pénal, à la suite de la plainte qu’il a déposée contre nous le 30 avril 2012, et plus généralement pour toute infraction que l’enquête permettra d’établir.

1.

La presse s’est en effet fait l’écho de ce que Monsieur Nicolas SARKOZY aurait déposé entre vos mains le 30 avril 2012 une plainte contre nous des chefs de faux, usage de faux, recel de faux et publication de fausses nouvelles.

Il semblerait que très peu de temps après une enquête préliminaire ait été ouverte et confiée à la Direction régionale de la police judiciaire.

Monsieur Nicolas SARKOZY a dénoncé à l’autorité judicaire des faits calomnieux en ce qu’il savait que nous n’avions ni fabriqué de faux document, ni utilisé un document que nous savions faux et encore moins diffusé sciemment de fausses nouvelles. 

Cette plainte confirme les propos tenus par Monsieur Nicolas SARKOZY devant divers médias nous accusant explicitement de confectionner de faux documents aux fins de servir des intérêts politiques partisans. Ces propos portent gravement atteinte à l’honneur et à la considération de la SOCIETE EDITRICE DE MEDIAPART et font l’objet d’une procédure pour diffamation publique distincte.

Ce faisant, Monsieur Nicolas SARKOZY a commis le délit de dénonciation calomnieuse, tel que prévu et réprimé par l’article 226-10 du Code Pénal.

2.

La plainte de Monsieur Nicolas SARKOZY a, toujours selon la presse, été déposée le 30 avril 2012, en fin d’après-midi soit plus de 48 heures après la mise en ligne le 28 avril 2012 sur notre site d’un article intitulé « Sarkozy-Kadhafi : la preuve du financement ».

Cet article visait à informer le public de la découverte que nous venions de faire portant sur l’existence d’un document émanant des services secrets libyens signé de Monsieur Moussa KOUSSA à destination de Monsieur Bachir SALEH et daté du 10 décembre 2006.

Cette note confirme expressément l’accord qui aurait été donné par la Libye de soutenir la campagne présidentielle de Monsieur Nicolas SARKOZY en 2007 pour une valeur équivalente à près de 50 millions d’euros. 

Nous affirmons que nous ne sommes jamais intervenus dans la confection de ce document qui nous a été remis par d’anciens hauts dignitaires libyens aujourd’hui dans la clandestinité. 

3.

Nous nous sommes évidemment interrogés préalablement sur l’authenticité de ce document avant de le publier.

Pour ce faire nous l’avons soumis à des sachants qui nous ont renseignés sur sa conformité avec le formalisme bureaucratique de ce régime. Outre celle du calendrier grégorien, la deuxième date qui y figure correspond ainsi au calendrier imposé par l’ancien dictateur, qui part de l'année du décès du prophète Mahomet, en l'an 632.

Nous l’avons par ailleurs montrée à Monsieur Ziad TIAKEDDINE, personnalité en conflit judiciaire notoire avec MEDIAPART, qui nous a indiqué, par l’intermédiaire de son avocate, que cette note « était crédible vu la date et les personnes qui [y] apparaissent ». Il a d’ailleurs confirmé au journal LIBERATION, daté du 30 avril dernier « avoir peu de doute sur l’authenticité » de ce document.

De surcroît, il est établi que cette personnalité se trouvait à Tripoli la veille de la rédaction de la note de Monsieur Moussa KOUSSA, soit le 9 décembre 2006.

4.

Surtout la production de ce document intervient après que nous ayons mené une enquête journalistique de près de 10 mois, rencontré de nombreuses sources, pour certaines à l’étranger, collecté et analysé de très nombreuses pièces suggérant un soutien illicite au profit de Monsieur Nicolas SARKOZY lors de sa première campagne présidentielle de 2007.

Cette enquête journalistique a débuté en juin 2011 par la découverte des archives personnelles de l’homme d’affaires et intermédiaire franco-libanais Monsieur Ziad TAKIEDDINE.

Le premier article de notre série baptisée “Les Documents Takieddine” a été publié, le 10 juillet 2011, sous le titre « Le financier secret qui met en danger le clan Sarkozy ».

Dès l’été 2011, plusieurs articles seront ainsi consacrés à ce que nous avons appelé « le secret libyen de Sarkozy » :

- Les négociations secrètes de l'Élysée pour blanchir le bras droit de Kadhafi (22 juillet 2011)

- Sarkozy-Guéant: le grand soupçon libyen (28 juillet 2011)

- Le marchand d'armes, le neveu Kadhafi et les prostituées tabassées à Londres (12 août 2011)

- L'émissaire du clan Sarkozy en Libye rétribué secrètement par Total (18 août 2011)

- Livré par le clan Sarkozy, le 4×4 français qui protège Kadhafi (18 septembre 2011)

- Les preuves de l’espionnage français du net libyen (6 octobre 2011)

- La justice enquête sur l’espionnage du Net libyen  (17 décembre 2011)

Notre enquête, s’appuyant au fil des mois sur la découverte de nouveaux documents inédits et de nombreux témoignages recoupés provenant d’acteurs de premier plan, nous a amenés à nous pencher plus particulièrement sur les fondements des soupçons de financements politiques occultes de Monsieur Nicolas SARKOZY par le régime de Monsieur Mouammar KADHAFI.

Ces articles faisaient état ouvertement de négociations secrètes menées, entre 2005 et 2007, par Monsieur Ziad TAKIEDDINE, entre la LIBYE et les proches du Ministre de l’Intérieur de l’époque Monsieur Nicolas SARKOZY, notamment Messieurs Claude GUEANT et Brice HORTEFEUX.

Plus précisément nous révélions une note de Monsieur Ziad TAKIEDDINE à Monsieur Claude GUEANT, datée du 6 septembre 2005 visant à organiser la première visite officielle de Monsieur Nicolas SARKOZY à Tripoli, qui précisait que certains pourparlers franco-libyens devraient « revêtir un caractère secret » qui apporterait cet « autre avantage : plus d’aise pour évoquer l’autre sujet important, de la manière la plus directe… ».

Partage

Cette plainte a été déposée mercredi 2 mai, en fin d'après-midi, auprès du procureur de la République de Paris. Elle sera accompagnée de tous les documents annexes qui attestent de notre enquête et des faits qu'elle a mis au jour. Elle sera suivie d'une plainte en diffamation sur l'accusation d'« officine » proférée contre Mediapart par le pouvoir sortant, du président de la République au premier ministre.

Cette contre-attaque de Mediapart sur le terrain judiciaire est une nécessité face à la violence des accusations lancées contre nous et face à la disproportion du rapport de forces, entre le journal indépendant que nous sommes et ceux qui, pour l'heure, ont toute autorité sur les institutions de l'Etat. Pour ceux qui auraient manqué les derniers épisodes, ils peuvent lire ici notre réaction après les premières déclarations de MM. Sarkozy et Fillon contre Mediapart et là notre communiqué après l'annonce de la plainte nous visant déposée par le candidat et président sortant.

Merci enfin à tous nos lecteurs, de plus en plus nombreux, qui nous soutiennent avec tant de chaleur dans cet ultime face à face de Mediapart avec cette présidence que nous n'avons cessé de mettre à nu.