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Sam.26 juillet 201426/07/2014 Dernière édition

7. Le FN et l'immigration

|  Par La rédaction de Mediapart

Décryptage des propositions en matière d'immigration de Marine Le Pen.

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Que ferait Marine Le Pen sans les immigrés ? Son premier «grand gain budgétaire phare», elle le leur devrait. Puisqu’elle compte économiser pas moins de 40,8 milliards d’euros en cinq ans grâce à eux… ou plutôt sur leur dos.

  • Les immigrés exclusivement envisagés comme des charges

Xénophobe, son programme est tout à la fois déconnecté des réalités économiques et sociales et trompeur. «L’immigration représente un coût important pour la communauté nationale», ne cesse de répéter la présidente frontiste. Cette assertion mérite d’être déconstruite en premier. Pas la peine de chercher dans ses écrits la méthode de calcul, il n’y en a pas. Elle se contente de citer les travaux d’un démographe et économiste autoproclamé, qui évalue ces dépenses à 70 milliards d’euros par an. Animateur d’une émission sur Radio Courtoisie et invité par le Bloc identitaire, Yves-Marie Laulan est le président de l’Institut de géopolitique des populations, structure au nom ronflant qui fustige sur son site internet «une immigration largement composée d’inactifs et d’assistés sociaux» et s’inquiète de voir «la France que nous avons connue et aimée» devenir «une juxtaposition de communautés étrangères les unes aux autres vivant dans la méfiance, la violence et le soupçon».

Dans cette optique, les immigrés sont considérés exclusivement comme des charges, alors que comme n’importe quelle personne, ils consomment des produits taxés, paient des impôts et contribuent à la solidarité nationale via les charges sociales. Par ailleurs, ayant été le plus souvent formés dans leur pays d’origine, ils n’ont rien ou peu coûté à l’État français en formation. Ils sont plus souvent au chômage, mais, comme ils sont surreprésentés parmi les ouvriers et les employés, ils pèsent moins sur les retraites car ils vivent moins longtemps.
En France, les études sérieuses en la matière sont rares, ce qui est dommageable au débat public. Mais elles existent néanmoins et montrent qu’au total le solde est plutôt positif, dans la mesure où les immigrés dépensent en moyenne plus d’impôts qu’ils ne bénéficient d’aides sociales.

L'étude centrée sur les comptes de la protection sociale, réalisée pour la MIRE, le centre de recherches du ministère de la santé, des affaires sociales et du travail, est l’une des plus reconnues dans le monde de la recherche. Lors des auditions menées en 2010 par des parlementaires de tout bord et l’association Cette France-là, Lionel Ragot, l’un des auteurs, économiste au Centre d’études prospectives et d’informations internationales (Cepeii) en a résumé la teneur : «Globalement, leur contribution au budget des administrations publiques est positive et de l'ordre de 12 milliards d'euros.» Autrement dit, la participation nette d’un immigré est de l'ordre de 2 250 euros par an, alors que celle d’un «natif» est de 1 500 euros. Plus un étranger est qualifié, plus son apport aux finances publiques est important, rappelle-t-il aussi, tout en soulignant que les postes de dépenses que sont le RMI et les aides au logement «sont beaucoup moins importants dans l'ensemble des transferts sociaux» que, par exemple, les retraites et la santé.

Pour s’en tenir à cette vision comptable, à l’avenir, la présence des immigrés sera de plus en plus indispensable au financement des retraites et de la branche maladie, en raison du vieillissement démographique. «Nos résultats sont sans ambiguïté, insiste l’économiste. Sans immigration, en 2050, ce n'est pas 3% du PIB en plus qu'il faut trouver pour financer la protection sociale, c'est quelque chose de l'ordre de 4,3%.»

  • L’immigration ferait baisser les salaires des Français

L’autre argument majeur mis en avant par Marine Le Pen est que l’immigration ferait baisser les salaires des Français. Plus que son père, elle se place du côté du «social», en affirmant que «voulue et sans cesse réclamée par le Medef, la Commission européenne et les grands groupes du CAC 40, l’immigration est une arme au service du grand capital».

Mais, là encore, le raisonnement est erroné. Comme l’indique l’économiste Joël Oudinet, maître de conférences à l'université Paris-Nord 13, qui travaille sur les migrations internationales et les transferts des migrants. «Toutes les études montrent que les effets sont très limités», indique-t-il, les baisses observées pour les métiers peu qualifiés étant compensées par des hausses pour les emplois non substituables. En outre, les «autochtones» ne sont pas les premières victimes. «La concurrence, ajoute-t-il, se joue essentiellement entre les anciens immigrés et les nouveaux arrivants parce qu'ils se retrouvent dans les mêmes secteurs: construction, restauration, commerce, services, ménage...»

Une étude réalisée en 2010 par Javier Ortega, chercheur à la London School of Economics, et Grégory Verdugo, chercheur associé à la Banque de France, avance même que la présence d'immigrés sur le marché de l'emploi aurait plutôt un effet positif sur les revenus des natifs. Ayant étudié la période allant de 1962 à 1999, les auteurs constatent que non seulement «l'immigration a aidé les autochtones à grimper les échelons professionnels», mais que, en plus, «l'arrivée de migrants d'un niveau d'éducation et d'expérience donné aurait permis aux autochtones ayant le même niveau de se libérer de la contrainte d'occuper des emplois peu rémunérés et d'accéder à des postes mieux payés». Ainsi, «une croissance de 10% de l'immigration entraînerait une hausse de l'ordre de 3% des salaires des natifs».

Peut-on parler d’«immigration de masse», comme le fait Marine Le Pen ? Sans entrer dans la polémique qui l’occupe de manière récurrente avec Claude Guéant, le chiffre d’environ 200 000 entrées par an est observé depuis plusieurs années. Aucun de ces deux responsables politiques ne précise qu’environ 100 000 personnes quittent la France chaque année, ce qui divise par deux le nombre d’entrée nettes.

Dans son livre Parlons immigration en 30 questions (La Documentation française, 2012), le démographe François Héran rappelle qu’un quart seulement de la croissance de la population est due aux migrations : «Nos voisins (Allemagne, Suisse, Italie, Espagne) ont autant de décès que de naissances. Ils ne peuvent donc croître que par la migration. Autour de 1990, le grand pays d’immigration massive en Europe était l’Allemagne. Dans les années 2000, le solde migratoire de l’Espagne a culminé à 15 pour mille, six fois plus qu’en France.»

Pour Marine Le Pen, enfin, les étrangers arrivant en France ne seraient plus «assimilables». En réponse à ces déclarations, l’historien Gérard Noiriel rappelle qu’elles sont récurrentes depuis… la fin du XIXe siècle et qu’elles sont particulièrement fréquentes dans les périodes de crise économique et sociale quand les inégalités se creusent et que les gouvernants, incapables de résoudre les problèmes sociaux, cherchent ailleurs des boucs émissaires. En analysant des critères comme l'acquisition de la langue, la fréquence des unions mixtes et la mobilité socio-économique, les travaux scientifiques montrent que l'insertion des migrants dans la société française s'effectue à peu près au même rythme d'une génération à l'autre.

  • Des propositions liberticides et hostiles aux étrangers

Infondées, les analyses de Marine Le Pen se traduisent par des propositions toutes plus liberticides et hostiles aux étrangers les unes que les autres dans la lignée de celles de son père.

Transversale et contraire à l’article premier de la Constitution, la principale est la mise en œuvre de la «priorité nationale», qui favorise, dans tous les domaines de la société (emploi, logement, aides sociales), les nationaux par rapport aux étrangers. Taxant la politique d’immigration de Nicolas Sarkozy de «laxiste», terme que le chef de l’État réserve à la gauche, elle veut «stopper» les entrées d’étrangers, en écho à l’immigration zéro paternelle. Dans une logique dirigiste, elle croit pouvoir faire baisser les arrivées légales de 200.000 à 10.000 par an, soit une division par 20. Cela passerait par la suppression du regroupement familial, mesure irréalisable dans le cadre des textes internationaux, européens et français actuels qui protègent le droit à une «vie familiale normale».

Parmi les mesures les plus extrémistes, elle veut remettre en cause le droit d’asile, mettre fin à la libre circulation au sein de l’Union européenne, interdire les régularisations des sans-papiers, les expulser «systématiquement» et empêcher «les manifestations de clandestins ou de soutien aux clandestins», rétablir la double peine, supprimer l’aide médicale d’État, réduire la durée des cartes de séjour, revenir sur le droit du sol et réformer le code de la nationalité, faire du «racisme anti-Français comme motivation d’un crime ou d’un délit (…) une circonstance aggravante» qui «alourdira la peine encourue» et subordonner les aides au développement à la limitation des «flux» migratoires, voire à leur arrêt… en ce qui concerne les «pays du Maghreb».

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