Un rapport officiel veut casser le salaire minimum

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    C’est la charge la plus violente qui ait jamais été menée contre le Smic. Dans un rapport, encore confidentiel, dont Mediapart a obtenu une copie dans une version préliminaire en date du 18 mars (document PDF de 1 Mo que l’on peut télécharger ici), trois économistes siégeant au Conseil d’analyse économique (CAE), Pierre Cahuc (chargé de mission au Crest-Insee et professeur à l’Ecole Polytechnique), Gilbert Cette (économiste à la Banque de France) et André Zylberberg (directeur de recherche au CNRS) proposent de modifier radicalement les règles actuelles d’indexation du salaire minimum.

     

    Intitulée «Smic, revenu minimum et coût du travail: quelle articulation pour combiner justice sociale, incitation au travail et compétitivité?», cette étude risque d’attiser une vive controverse, qui couve déjà depuis que le gouvernement a lui-même fait savoir, en décembre 2007, qu’il réfléchissait à modifier les règles actuelles du jeu et qu’il était demandeur de suggestions.

     

     

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    En se saisissant de ce dossier, les membres du CAE (une assemblée d’une trentaine d’économistes de différentes sensibilités, chargée d’éclairer le Premier ministre sur les grandes questions économiques) savaient, certes, qu’ils avançaient en terrain politiquement sensible. Ils ont donc cherché à progresser avec circonspection.

     

    Des débats qui ont eu lieu, le 18 mars, dans cette enceinte autour du rapport des trois économistes, rien n’a filtré dans la presse. Et des consignes très strictes ont été données à tous les membres du CAE pour qu’ils ne diffusent pas le fameux document. Une fois qu’on l’a lu, on comprend mieux pourquoi : sur le fond, ce rapport se distingue par sa radicalité.


    Tout au long de leur étude (85 pages), les auteurs multiplient les critiques contre le salaire minimum. Estimant qu’il « couvre en France une proportion de salariés plus importante que dans les autres pays de l’OCDE » et déplorant qu’il soit « fixé par voie légale, de manière uniforme », ils font ce constat central : « Le salaire minimum n’est pas un instrument efficace de lutte contre les inégalités. »

     

    « L’idée selon laquelle le salaire minimum réduit les inégalités à un coût moindre pour la société que des politiques fiscales distributives (qui prélèvent des impôts et versent des prestations sociales) est erronée. En réalité, la politique du salaire minimum légal uniforme et élevé comprime la distribution des salaires et contribue à réduire le dialogue social, sans grande efficacité pour lutter contre la pauvreté », écrivent-ils.

  • Indexation seulement sur l'inflation


    De ce constat, qui ne manquera sans doute pas d'être discuté et récusé par d'autres chercheurs, les trois économistes tirent des propositions, elles aussi, radicales. D’abord, ils reprennent à leur compte une proposition déjà formulée le 6 février 2008 par le Conseil d’orientation pour l’emploi (un autre organisme consultatif regroupant des experts, mais aussi les partenaires sociaux) visant à la création d’une commission d’experts indépendants chargée de suivre les évolutions du salaire minimum et de faire des recommandations à la puissance publique.

     

    « Les recommandations de revalorisation du Smic données par une telle commission indépendante pourraient aider à dépolitiser et dépassionner progressivement les débats dans un domaine aussi crucial pour l’économie française », lit-on dans le rapport du CAE.


    Mais les trois économistes vont beaucoup plus loin. Ils suggèrent de modifier les règles d’indexation. Actuellement, l’obligation légale est que le salaire minimum soit revalorisé au 1er juillet de chaque année du montant de l’inflation, plus de la moitié des gains de pouvoir d’achat du salaire horaire de base ouvrier (SHBO). Le gouvernement a par ailleurs la faculté d’accroître un peu cette revalorisation (par exemple en prenant en compte non pas 50% mais 100% du SHBO) : c’est ce que l’on appelle communément un « coup de pouce ».


    Pour le mécanisme automatique de revalorisation codifié par la loi, les trois économistes suggèrent donc de conserver « la revalorisation du Smic en fonction de l’évolution des prix » mais « l’indexation automatique sur la moitié des gains de pouvoir d’achat du SHBO serait supprimée ».

     

    La commission indépendante serait donc chargée de donner « un avis sur l’évolution du Smic au-delà de l’indexation sur l’inflation ». C’est donc, en termes pas même voilés, une politique de forte rigueur qui est proposée pour le SMIC, dans « la perspective d’une diminution de la fréquence des coups de pouce ».

  • Hausse du Smic le 1er mai

    Les trois experts estiment que cette politique d’économies, notamment pour les finances publiques, pourrait permettre de dégager de nouveaux moyens « pour financer des prestations plus efficaces pour lutter contre l’inégalité et la pauvreté ». S’inscrivant dans la logique du Revenu de solidarité active (RSA) pour lequel bataille avec quelques difficultés Martin Hirsch, le Haut commissaire aux solidarités actives, ils plaident en particulier pour une unification des minima sociaux et pour un élargissement à tous les adultes dès 18 ans du bénéfice de ces minima sociaux unifiés.

     

    Ce rapport s’inscrit donc dans une longue filiation intellectuelle, celle qu’a par exemple longtemps incarnée la Fondation Saint-Simon, défendant l’idée que des salaires trop élevés font le lit du chômage. C’est la thèse qui était ainsi au centre d'une « note » fameuse de la fondation, « La préférence française pour le chômage », écrite en février 1994 par Denis Olivennes, le nouveau patron du Nouvel Observateur.

     

    Clin d’œil de l’histoire : si ce rapport sur le SMIC peut être très favorablement accueilli par le patronat et les milieux de droite les plus libéraux, il n’en a pas moins été co-rédigé par un économiste de la Banque de France, Gilbert Cette, réputé de gauche, qui a aussi été l’un des experts consultés par Ségolène Royal pendant la campagne présidentielle.


    Reste une inconnue – et elle est de taille : quelle suite le gouvernement voudra-t-il donner à ces recommandations ? Avant même que ce rapport ne voit le jour, le 20 décembre 1997, le ministre du Travail, Xavier Bertrand, avait saisi le COE pour qu’il lui donne son avis sur deux projets de loi, dont un sur le Smic, prévoyant en particulier la création d'une « commission d’experts indépendants dénommée “Commission du salaire minimum interprofessionnel de croissance” ».

     

    Dans un avis en date du 6 février 2008, le COE avait validé cette idée de création de commission. Mais la recommandation rejetait tout radicalisme. Elle soulignait que « le Smic fait partie des consensus nationaux structurants » et qu’il « fait partie intégrante de notre contrat social ».


    C’est donc avec ce souci de prudence que rompt le Conseil d’analyse économique. De son propre chef ? On ne peut l’exclure, car François Fillon ne porte pas beaucoup d’attention aux travaux du CAE, qui du même coup a perdu beaucoup de son influence ces derniers mois. Mais il est aussi possible que ce rapport soit un ballon d’essai, dans la perspective d’une réforme plus radicale que prévu.

     

    Pour l’heure, le gouvernement n’en a, certes, rien laissé transparaître. Il s'est bien gardé de se mêler aux joutes intellectuelles qui ont commencé par médias interposés dès avant ce rapport entre les trois économistes et d'autres experts du bord opposé, tels les économistes Pierre-Alain Muet ou Philippe Askenazy.

     

    Officiellement, donc rien est tranché. Et puisque la loi veut que le Smic soit revalorisé sans attendre le rendez-vous habituel du 1er juillet dès que l’inflation atteint 2% depuis la précédente revalorisation, ce pourrait être le cas dès le 1er mai. Mais peut-être s’agira-t-il de la dernière revalorisation du Smic suivant les règles anciennes d’indexation.

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Offrir un article à un ami

* Mediapart a récemment consacré un article à une étude sur le Smic, rédigée par Philippe Askenazy. Cet article, qui critiquait certaines des thèses défendues par Pierre Cahuc, Gilbert Cette et André Zylberberg, est consultable dans son intégralité sur le site internet La vie des idées

* A la fin de leur rapport, les trois économistes du CAE citent de nombreuses références d'ouvrages ou d'études que l'on peut utilement consulter sur ce sujet: une étude de François Bourguignon sur le revenu minimum, publié par Economie et statistiques; un rapport du Conseil d'orientation pour l'emploi relatif aux aides publiques; un rapport du CSERC sur le Smic; une étude de la Dares sur la revalorisation du Smic; et une seconde du même organisme sur les smicards en 2002.

Complexe… car L. Mauduit sait bien que le Smic a des effets pervers : si la France compte autant de "smicards", c'est parce que les patrons en ont profité pour écraser la grille des revenus, partant du principe de "bon sens" que les salariés au bas de l'échelle sont plus nombreux.

Cela dit, on sait parfaitement à quoi conduirait une suppression du Smic dans un pays où le marché de l'emploi est si peu dynamique et le niveau de qualification, en particulier des jeunes, est relativement faible : baisse drastique des salaires les plus bas, baisse de la qualification des personnes employées à ces niveaux-là, etc. Avec un modèle : les employés de Wall Mart qui ne peuvent pas se payer autre chose que des produits Wall Mart avec leur maigre salaire.

Quant aux auteurs de l'étude, on aimerait connaître leur salaire – une telle indication me paraîtrait un préalable "méthodologique" sain (de même qu'on aurait aimé connaître l'étendue des privilèges de l'inénarrable Closet, François de, grand pourfendeur de privilèges).

J. A.

Excellente idée : Que tous ces " EXPERTS " qui dissertent allégrement sur la façon de rémunérer- et donc, d' une certaine façon-
sur les conditions de VIE des AUTRES, commencent par indiquer quels sont leurs revenus, à eux. ( de plus, éventuellement, on aimerait bien savoir quelles ont été leurs derniéres contributions réussies à " l' amélioration de la condition humaine".)
Remettre en cause un SMIC indécemment Bas, alors que les inégalités de revenus n' ont jamais été aussi importantes...et continuent
de " progresser ! ", évoquer le RSA alors que celui- ci semble -aujourd'hui même -remis en cause, quelle honte.
Mais, dans les 53 % du joli mois de Mai 2007 il devait bien avoir des " gagnepetits ", non ?
Alors, peut-être que ceux-ci n' ont QUE ce qu' ils avaient cherché!.

Je garde toujours en tête cette chose, là, de l'OCDE, en 2006 pour le pays de France : "Réduire le coût minimum de la main-d’oeuvre - Enjeux et recommandations : Les coûts totaux de main-d’oeuvre au salaire minimum (SMIC), mesurés par rapport aux coûts moyens, sont élevés en France, réduisant la demande de travail pour les jeunes et les travailleurs peu qualifiés en particulier. Pour améliorer les perspectives d’emploi de ces groupes, il était recommandé de laisser le SMIC diminuer par rapport au salaire moyen et de développer les programmes de formation en cours d’emploi, où le stagiaire peut être rémunéré au-dessous du salaire minimum.". Aussi ne suis pas surpris par l'objet nouveau. Ni, du reste, que l'un des protagonistes puisse avoir des liens "PS". Car entendre ce parti décliner sur tous les tons la joyeuseté d'une "formation tout au long de la vie" m'offre, je ne sais pas pourquoi, mais immédiatement, les préceptes OCDE comme un écran à mon bonheur citoyen de base...

Bonjour Guy,
Personnellement je suis anaimatrice-formatrice TICs et suis tout à fait d'accord pour répondre à l'aspiration de nombreuse personnes à l'éducation par un droit à l'éducation "tout au long de la vie." En effet, en France les personnes qui ont le plus bénéficiées de formation sont les cadres. Voir les statistiques.
Moi-même , j'en ai bénéficié, j'ai repris des études universitaires (grâge à mai 68 les universités ont été accessibles aux non bachelier via l'examen spécial d'entrée à l'université) alors que j'étais âgée de presque 30 ans. Et je réclame aujourd'hui - âgée de 61 ans - le droit à la formation professionnelle à mon employeur la Ville de Paris. Je désire suivre une formation pour formateur TICs au Quebec organisée par l'Unesco. Ceci pour pouvoir continuer à former à la gestion de l'information.
Et toi que fais tu ? Quel est ton niveau d'études ?

Merci de mettre en alerte les lecteurs sur de tels projets. Mais classifier de droite ou de gauche tel économiste ou tel autre n'a guère de sens aujourd'hui alors que le gros bataillon des économistes exprime une même sensibilité libérale teintée de plus ou moins de préoccupations sociales. Ce sont ceux qui occupent les media, qui conseillent nos dirigeants et dont les débats soit disant contradictoires sur une mesure particulière n'apportent rien. Il y a pourtant des écoles de pensée (avec des économistes réputés) très différentes dont les media ne se font jamais ou rarement l'écho. Je pense par exemple à Jean Paul Fitoussi qui vient de participer à un débat éclairant sur Marianne 2. Ou encore à Joseph Stiglitz dont l'analyse sur la crise actuelle est sensiblement différente de celle communément diffusée dans les media français. L'économie n'étant pas une science exacte, il serait intéressante d'exposer les différents courants existants sur une approche globale de l'économie d'où découleraient ensuite des applications différentes.
C'est ce qui me semble le plus manquer aujourd'hui au débat sur l'économie.

Il faut lancer un appel aux spécialistes qui peuvent calculer l'incidence de la modification de la méthode de calcul. Faire faire une projection sur trois ans en comparant la méthode actuelle à la méthode proposée pour voir les résultats.
Il est vrai que l'existence d'un SMIC défini nationalement viens limiter les écarts de salaires surtout dans les premières tranches de salaires. Lorsqu'il n'y a pas de SMIC, des salaires peuvent commencer très bas. C'est le cas aux USA on l'on trouve une catégorie de "travailleurs pauvres" travaillant à plein temps dans certains secteurs et gagnant des salaires en dessous du seuil de pauvreté. Il sera intéressant de voir comment les auteurs du rapport articulent leur proposition à cette connaissance précise.
Sinon leur proposition de reformer le calcul du SMIC pour privilégier les politiques comme le RSA, ne seront que démagogie, politique de mensonges, d'autant que le gouvernement est en train d'abandonner l'impact réel du RSA en proposant de le faire à moindre coût.

Ne pourrait-on aussi réfléchir sur l'instauration d'un SMID : le Salaire Interprofessionnel Maximum des Dirigeants ?

Pour ma part, je pense que le problème ne vient pas tant du SMIC en lui-même que des allègements de charges consentis par les gouvernements successifs sur les bas salaires.

Ce sont ces allègements qui sont responsables du resserement de la grille des salaires vers le bas car il y a une différence de coût important entre des bas salaires "allégés" et des salaires moyens "sans allègement". Ainsi les patrons, toujours tentés d'économiser sur leur masse salariale, ont clairement intérêt à payer leurs salariés au SMIC et pas au dessus. De plus, l'autre effet pervers de ces allègements, c'est que l'état récupère moins d'argent via les cotisations sociales (nous connaissons tous l'état de notre sécurité sociale).

Ce n'est pas parce que le SMIC augmentera moins vite que les patrons vont augmenter les revenus de leurs employés, bien au contraire (la belle aubaine !) et l'état se leurre (ou nous leurre) s'il affirme qu'il dégagera plus d'argent pour les aides sociales ainsi.

Et puis, même cette logique est contestable à mon sens. Un SMIC moins généreux pour mieux faire fonctionner les aides sociales ??? Evidément, les travailleurs pauvres - ceux justement dont le SMIC ne suffira plus pour les faire vivre - auront bien besoin de ces aides une fois cette réforme mise en place, c'est sûr !

Comment concurrencer le "dumping social" made in Chinois :
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C'est connu, les salaires "made in france" sont orientés depuis quelques années vers le pôle "super" attractif qu'est le SMIC (sauf pour notre président), toutes les exonérations sont adossés à celui-ci... Il est vrai aussi que la France a un tissus industriel qui ressemble plus à une morne plaine qu'autre chose et que les sociétés de service (en expansion en france) sont vecteurs d'aucune richesse... Moralité, les salariés trinquent par l'incompétence de nos dirigeants

L'un des trois auteurs, Pierre Cahuc, nous adresse ce mercredi matin un message, dont nous faisons bien volontiers état, au sujet de ce rapport: "nous ne l'avons pas fini, c'est une version provisoire, avec des préconisations sur lesquelles nous sommes en train de travailler. Nous ne pouvons bien évidemment vous demander de le retirer, bien qu'il soit assez désagréable de voir circuler un texte qui n'est pas fini. Néanmoins, nous vous serions reconnaissant de bien vouloir indiquer que c'est une version provisoire".
Cette précision figurait, néanmoins déjà dans notre article. Dès la deuxième phrase, nous signalions que ce rapport que nous mettions en ligne était , "une version préliminaire en date du 18 mars".
S.B et L.M.

Effectivement, nous avions bien lu "version préliminaire"... ce qui n'altère en rien la tonalité et le sens du rapport.

" Les trois experts estiment que cette politique d’économies ... pourrait permettre de dégager de nouveaux moyens « pour financer des prestations plus efficaces pour lutter contre l’inégalité et la pauvreté »."
Ces trois experts semblent ignorer qu'avec le gouvernement actuel les nouveaux moyens dégagés permettront sans doute de baisser les impôts des tranches supérieures afin de " libérer les forces vives de la nation ", et après on dira "les caisses sont vides, il ne faut pas aggraver le déficit".

Baisser encore et encore par petites doses les bas salaires ne changera rien.
Mettons immédiatement les salaires à 50 euros par mois sans charges sociales et le problème de compétitivité sera réglé. Voilà vers quelle pente nous nous acheminons. Mais alors qui seront les acheteurs, les consommateurs des marchandises de plus en plus produites en grand nombre. Je pense que l'imagination n'est pas au pouvoir, juste le suivisme.

Bonjour à tous,

Ce qui m'étonne est plus la présence de Gilbert Cette que celle de Pierre Cahuc et André Zylberberg. C'est que ces deux derniers multiplient depuis une dizaine d'année les pamphlets et attaques contre la légendaire "rigidité" du marché du travail français. Leur croyance dans un marché autorégulateur les rend à mes yeux suspects d'analyser la réalité économique française dans le but tacite de la faire rentrer dans les schéma théoriques néoclasiques. Bien qu'ici leur raisonnement dialectique : "Baissons le salaire minimum et les salaires augmenteront" s'appuie sur des considérations concrètes et validées par les perversités du système des allégements dont parle Ife01, de nombreux articles écrits conjointement parlent plus directement de la vertu des bas salaires sur l'economie et sur la nécessité de libérer toujours plus le marché du travail.

Je ne crois pas à ces fables décorées de statistiques et de superbes courbes représentant par exemple la "préférence des français pour le chômage" (voir Denis Olivennes). Les technocrates actuels tentent de bidouiller la machinerie juridique pour que l'économie incorpore les hommes dans le système. La question, plus pertinente selon moi, serait: que signifie un système qui rejette les jeunes, les anciens, les pays maintenus dans la pauvreté, la nature, notre liberté?

Amicalement, un horrible gauchiste du FDI.

Pourrais t on licencier ce gouvernement de casseurs sans indemnité ?

Pour élargir le champ d'analyse, il ne s'agit pas tant d'incompétences techniques que d'utopie libérale servant les intérêts particuliers des nouveaux seigneurs propriétaires du monde globalisé. La grande "privatisation du monde", à l'oeuvre depuis plus de vingt ans, nous enfonce chaque jour un peu plus dans la logique absurde d'une prédation violente, aveugle et cyniquement inégalitaire.

Dans l'incapacité qu'ils sont à trouver des solutions à la (re-) création d'emplois, et d'emplois industriels, ces zexperts cherchent par tous les moyens à réduire le coût du travail, c'est à dire à appauvrir les salariés déjà pauvres. Je rejoins Hervé, dans son commentaire de ce jour (11h.45). S'il vous plaît ouvrez vos colonnes à d'autres auteurs qui proposent d'autres solutions : Jacques Sapir, Maurice Allais, Jacques Généreux, Jean-Luc Gréau, ... Ne laissez pas, s'il vous plaît, Mediapart subir l'extraordinaire "verouillage" de la quasi totalité des autres médias dans ces domaines. Allez, parlons de réindustrialisation de la France par l'installation intelligente de montants compensatoires aux frontières et nous verrons que le financement de la protection sociale sera moins compliqué, que le RSA pourra resté un projet, et que la question du SMIC sera sans objet.

Cher Gérard Voinnet, je veux vous répondre pour qu'il n'y ait pas de quiproquo. Dans le choix que nous avons fait de présenter ce rapport, il n'y a pas de "penchant" éditorial. Nous ne faisons-là que notre métier de journaliste: puisqu'un rapport est écrit sur un sujet aussi sensible que le SMIC et par surcroit sous l'égide d'un organisme placé auprès de Matignon, au moment précis où le gouvernement prépare une réforme sur le même sujet...il est logique que nous portions ce document à votre connaissance. Parce que ce rapport risque de peser sur les arbitrages publics.
Et si nous publions ce rapport, c'est pour lancer un débat public. Pour que les avis opposés s'expriment. Et dans cette logique, vous n'avez pas besoin de nous demander "d'ouvrir nos colonnes" à d'autres sensibilités. Si nous avons créé Mediapart... c'est précisément pour cela: pour créer un media... participatif. C'est la raison d'être du Club: que tout le monde puisse prendre la parole. Et certains économistes que vous citez m'en sont témoin: je les ai convié personnellement à venir tenir leur blog ici, à constituer avec nous, avec vous, un très grand agora de qualité.

Bonjour Monsieur Mauduit
Lorsque nous vous demandons de la diversité, loin de nous l'idée de contester votre article. Au contraire, il est normal que vous portiez à la connaissance de vos lecteurs les mesures en cours de préparation ... et nous apprécions de type d'articles qui répond à la fonction journalistique. Simplement, à côté de ce type d'information, nous souhaiterions que s'ouvre un débat sur les différentes politiques économiques qui pourraient être mises en oeuvre. Ceci n'est pas de l'information "pure" mais une participation au débat d'idées. Bon nombre de vos lecteurs sont sans doute "fatigués" à la lecture de cette multitude de journaux papier ou net, TV qui ne diffusent qu'un courant de pensée. TINA (there is no alternative ). Votre initiative de permettre au club de créer ce débat est la bienvenue. Les tenants d'une autre politique qui pourtant sont peu présents dans les média refusent-ils cette opportunité ?

Les partisans de "l'autre politique" sont les bienvenus dans notre club, comme ceux d'autres sensibilités. Ils y trouveront leur place. Notre ambition est précisément de créer un lieu, vif et honnête, de confrontation. Vous nous y aiderez... Observez d'ailleurs que juste avant ce rapport, nous avons présenté le travail de Philippe Askenazy qui défend sur le Smic une position strictement opposée à celle des 3 économistes du CAE.

Merci pour ce rappel à l'ordre. Je viens de relire l'article sur le travail de Philippe Askenazy et la comparaison des 2 positions est édifiante. Vous avez souhaité réalisé un journal exigeant. Certains de vos lecteurs, de ce fait, le deviennent plus que vous. C'est sans doute dû à ce sentiment d'insatisfaction généré depuis plusieurs années par une presse de moins en moins rigoureuse et auquel Mediapart tente de répondre à notre satisfaction.

Cher Laurent Mauduit,
Merci d'éliminer le quiproquo que j'ai moi-même contribué à créer. Je ne souhaitais en aucune façon faire de critique sur votre article en soi, que j'ai beaucoup apprécié. C'est simplement le fait de retrouver une fois encore des "experts" "de sensibilités différentes", comme on l'entend souvent dire, qui m'a mis en colère, alors qu'ils concourent tous à accréditer la même logique politique sous le couvert de l'expertise économique, nouvelle pensée unique. La création de Mediapart et son originalité représentent pour moi une vraie bouffée d'oxygène en matière de diversité de l'information, notamment dans le domaine économique. Aussi, veuillez me pardonner si mes commentaires sont quelquefois maladroitement écrits.

Bravo une fois de plus pour l'article mais aussi pour l'excellent niveau des commentaires.
Oui,il serait utile, pour ne pas dire necessaire et urgent, que d'autres economistes s'expriment et proposent des solutions pour sortir les travalleurs pauvres de la pauvreté.
Par ailleurs Mr Olivennes est cité dans le texte,les positions de ce Monsieur sont indecentes compte tenu des revenus et parachutes dont il a pu profiter.!

Merci de rejoindre notre position. Je viens de lire une analyse de la crise de Subprimes par Joseph Stiglitz (prix Nobel d'économie 2001, ancien vice président de la Banque Mondiale) qui fait une analyse assortie de propositions que je n'ai relevé nul part dans la presse française. Nul ne sait si sa position est intéressante mais elle vaut la peine d'être diffusée. C'est de ce débat d'idées que nous manquons le plus cruellement pour nous éclairer.

Alors même que les Français voient leur pouvoir d'achat en chute libre, et que le gouvernement leur promet sans cesse monts et merveilles pour tenter d'augmenter un minimum celui-ci, comment, s'il le souhaite bien entendu, Nicolas Sarkozy compte faire passer la pilule d'une diminution significative du SMIC ?

« Les recommandations de revalorisation du Smic données par une telle commission indépendante pourraient aider à dépolitiser et dépassionner progressivement les débats dans un domaine aussi crucial pour l’économie française ».

Cette phrase est révélatrice de ce à quoi on assiste aujourd'hui, une dépolitisation de plus en plus importante des affaires publiques au profit d'expert, de technicien que l'on appelle les "technocrates". Il s'agit à tout prix de mettre l'économie et ses règles en dehors de tout contrôle politique afin de mettre hors de portée des citoyens ce type de décisions et de s'assurer que la politique qu'ils vont décider d'emprunter (à "notre" place) aillent dans leur sens. Ce n'est pas surprenant, c'est une attitude profondément libérale, mais elle n'est pas démocratique. Attention, ce qui n'est pas démocratique n'est pas spécialement dictatorial. L'absence de démocratie n'est pas, contrairement à ce que l'on peut entendre sans arrêt, le signe d'une tyrannie ou d'absence de liberté publique. Au contraire, une régime de type libérale place la liberté au dessus de la démocratie et de ses excès. Ce qu'ils appellent démocratie libérale n'en est pas une, de démocratie. On peut très bien s'en réjouir et considérer que les libertés valent mieux que la démocratie, mais dans ce cas, il ne faut pas parler de "démocratie". A quoi sert d'élire des représentants si ceux-ci n'ont plus le droit de décider de rien ? Alors on va soumettre telle décision à telle commission, telle autre à telle autre, ajoutant à cela des décisions au niveau internationale obligeant à des consensus qui excluent les citoyens de toutes possibilités d'agir, au nom de la complexité, de la technicité, de la nécessité de consensus.
En l'espèce, il ne s'agit que d'un rapport "préliminaire", mais il en dit long sur la volonté d'une catégorie de personne à l'idéologie libérale (ou néolibérale si l'on considère que le libéralisme a aussi des principes contraires aux préceptes économiques en présence) d'en finir avec le contrôle politique. Un peu à l'image de la Banque Centrale Européenne qui travaille sans que les pouvoirs politiques européens ne puissent orienter en rien la politique monétaire européenne.

Quant à l'envie de se débarrasser du droit du travail, elle est patente. Mais plutôt que tout casser en une seule fois, on préfère détricoter petit à petit chaque parcelle de ce droit complexifié. Ce rapport propose une action de plus en ce sens.

Ce mot "dépolitiser" m'avait aussi frappé; et c'est la raison pour laquelle nous l'avons cité. C'est le passage au "pilotage automatique", au gouvernement des experts... Inquiétant!

Il semblerait qu'il s'agisse tout simplement d'appliquer à l'Etat les méthodes de l'entreprise. On fait appel à des bureaux d'étude extérieurs pour analyser et faire des recommandations. Ces "conseillers extérieurs" passent dans tous les services, interrogent les responsables et rendent leurs conclusions : il convient de réorganiser en licenciant la moitié du personnel. Puis après avoir touché leurs honoraires ils partent vers de nouveaux horizons sans être impliqués dans la suite des évènements. Le personnel qualifié n'est pas consulté ... c'est le mode de gouvernance des conseillers au chevet de l'entreprise mais cette fois appliqué à l'état ... d'où effectivement l'abandon du politique.

Je crains hélas que vous n'ayez raison.
Votre analyse me fait penser à la bonne vieille histoire de l'expert qui vient "auditer" un orchestre.
Vous savez, celui qui constate que les premiers violons jouent tous la même chose. Il préconise de n'en garder qu'un. Les trombones restent 143 mesures sans rien jouer. On peut les employer à d'autres tâches pendant ce temps, etc.
Oui, combien d'"experts" viennent, voient et cassent...

"Les tenants d'une autre politique qui pourtant sont peu présents dans les média refusent-ils cette opportunité ?"

==> Un coup d'eil rapide a Wikipedia France ou a Agravox permet de se rendre compte que les tenants d'une autre politique dont lin d'etre absents

Sinon, je n'arrive pas a comprendre pourquoi un autre aspect du debat, l'inegalite devant le smic, est toujours absebt du debat.
Est ce que 1000 euris achetent la meme chose a Paris ou une chambre de bonne se loue 400 euros par mois et dans la Creuse ou on a une maison 4 pieces pour le meme prix ?
L'egalitarisme republicain se mue en inegalite pratique ! D 'ou la difficulte a dire que le SMIC est un vrai minimum.

Si l'on veut réellement faire de la lutte contre le chômage une priorité, il faut accepter de se poser ces questions là. Confier à des économistes talentueux le souci de le faire n'a rien de "technocratique", c'est logique d'autant que les auteurs en question se penchent depuis longtemps et de façon précise et prudente sur les questions de l'emploi. Je vous renvoie au livre "Le chômage, fatalité et necessité?" de Cahuc et Zylberberg et notamment au chapitre3 "Le salaire n'est pas (toujours) l'ennemi de l'emploi". Tout est dans la parenthèse puisqu'il s'avère qu'en France le salaire minimum est l'ennemi de l'emploi. Cette constatation n'a rien d'idéologique et ne correspond en rien à une volonté d'imposer la conspiration néolibérale comme je le vois écrit ici et ailleurs.

Il s'agit de reconnaitre que des politiques publiques louables dans leurs objectifs peuvent avoir des effets pervers aboutissant à plus de chômage. Reconnaître cette réalité, c'est effectuer la moitié du chemin pour EFFECTIVEMENT lutter contre le chômage et non simplement le déclamer. Mais peut être que tous les crieurs ne sont pas réellement intérressé par le sort de chômeurs mais par le souci de se donner bonne conscience en hurlant au scandale.

Il y a nécessité de se placer dans un cadre pragmatique et de faire confiance (sans attribuer de blanc seing) à des personnes compétentes pour se donner les instruments efficaces de lutte contre la pauvreté.

Dépolitiser la question su SMIG!!!! Quelle folie!

messieurs les commentateurs technocrates combien dépensez vous par semaine??

Le smig net c'est 984 euros : il faut un sacré culot pour trouver que c'est trop!!!

Bien sûr chaque système a ses effets pervers, mais ne croyez pas qu'en abandonnant le smig on donnera plus à ceux qui ont moins!!

Parisot toujours prompte à défendre les hauts salaires et stocks options, veut casser le Smig et les conquêtes sociales, surveiller les chômeurs...certes plus faciles à contrôler que les comptes du MEDEF...Ce qui fait l'intérêt de l'un fait l'exploitation de l'autre, hélas, il faut bien y revenir...

Mediapart ne pourrait -il pas nous renvoyer à des tableaux chiffrés sur les comparaisons en termes d'inégalités de revenu des divers pays développés?