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En Navarre, "Ah, comme elle est belle mon éolienne!"

| Par Claude-Marie Vadrot

De notre envoyé spécial en Navarre

 

Avec ses 10.000 kilomètres carrés et ses 600.000 habitants, la Navarre s'offre rien de moins que 1.164 éoliennes réparties dans 34 parcs. Sans révolution, sans levée de boucliers, sans clameurs effarouchées des défenseurs du paysage, cela s'est fait sous les yeux ravis d'une population qui avoue facilement et presque naïvement sa fierté de faire de l'écologie.

 

Clairement, la Navarre n'est pas la France où après avoir contesté le nucléaire sur tous les tons, des écologistes du paysage s'époumonent contre l'usage du vent au nom de leurs vieilles demeures ou de leurs résidences secondaires. Cette authentique et féroce polémique à la française, avec force anathèmes et arguments, va resurgir à l'occasion des « Journées européennes du vent » qui se tiennent du 13 au 15 juin (1).


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L'histoire de l'éolien en Navarre commence en 1994, quand le gouvernement de cette région autonome espagnole décide que son avenir énergétique doit passer par les sources renouvelables. Il mène à bien ce projet avec efficacité mais sans se cacher.

 

Fernando Puras, alors ministre du « gouvernement » de Navarre, se souvient : « En 1995, quand nous avons commencé à imaginer que l'avenir énergétique de la Navarre, voire de l'Espagne, pouvait en partie reposer sur le vent, nous avons décidé d'installer 6 machines dans un lieu élevé, pour que la moitié des habitants de notre région puisse les apercevoir. Nous voulions mesurer, au-delà des arguments écologiques classiques et de la réduction de la production de gaz à effet de serre, les réactions de la population. La contestation ayant été ultra-minoritaire, nous avons compris que nous pouvions nous lancer. Pour les communes, qui sont plus grandes qu'en France, l'intérêt économique était faible car la présence des parcs éoliens ne leur procure pas de gros revenus. Notre projet de plan éolien reposait en grande partie sur la certitude qu'il relevait plus de l'intérêt général que des intérêts particuliers ou locaux.»


Près de San Martin de Unx, à une cinquantaine de kilomètres au sud-est de la capitale, Pampelune, les agriculteurs ne prêtent même plus attention aux machines qui tournent au-dessus de leurs champs. Pas plus que les vignerons qui assurent en riant que leur vin n'a pas été gâté par le bruissement des pales : au pied des mâts d'une quarantaine de mètres, on ne perçoit effectivement qu'un chuintement qui ne couvre même pas une conversation.

 

Les touristes, espagnols ou étrangers, qui s'offrent avec ravissement la balade sur l'une des pistes qui parcourent les parcs éoliens, en paraissent tout surpris. Le vacarme parfois dénoncé est aux abonnés absents et les oiseaux qui volent sur une garrigue parfumée par le thym en fleurs ne s'effarouchent pas plus qu'ils ne sont hachés par les pales qui tournent lentement.

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