En un an, le Parti socialiste a perdu 40% de ses adhérents

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    «Dire qu’il est compliqué d’avoir les chiffres du PS est faux. C’est juste que nous ne les connaissons pas encore précisément.» Le 12 mars, au premier étage du siège du parti socialiste, le responsable du bureau national des adhésions, Philippe-Xavier Bonnefoy, tente d’expliquer le plus clairement possible la difficulté du recensement des adhérents. «Nous ne connaîtrons l’effectif exact du PS au 31 décembre 2007 que début avril, le temps pour nous de finir de traiter les remontées des fédérations, à qui on laisse traditionnellement un délai jusqu’à mi-février. Actuellement, nous en sommes à un peu plus de 150.000. On devrait donc être autour de 160.000 membres en tout».

    En revanche, connaître l’ampleur du nombre des adhérents qui n’ont pas renouvelé leur carte semble plus embarrassant. Jusqu’ici, le chiffre maximal admis par la direction du PS était celui de 220.000 membres, soit le nombre de votants lors du vote d'investiture de Ségolène Royal comme candidate du parti à la présidence de la République. Problème, le 26 novembre 2006, à la tribune du congrès extraordinaire d’investiture, avant de proclamer le résultat de la primaire socialiste, le n°2 du PS, François Rebsamen, lançait à la tribune: «Compter 220.000 adhérents est en soi un événement historique pour le Parti socialiste. Mais vous devez savoir que nous n’avons jamais cessé d’enregistrer de nouvelles demandes d’adhésions et que le Parti socialiste, mon cher François, tu le sais, notre parti est désormais fort de quelque 280.000 adhérents.»

    Vincent Feltesse, secrétaire national du PS aux nouvelles technologies, le confirme: «Fin 2006, on a frôlé les 300.000 adhérents. Jack Lang (alors responsable de la campagne d’adhésion) et François Hollande s’attendaient à un afflux de 25.000 nouveaux adhérents, sensiblement autant qu’après le 21 avril 2002. Or, il y en a eu plus de 100.000. Et les trois quarts sont repartis depuis.» Dimanche 16 mars, Philippe-Xavier Bonnefoy communique à Mediapart le chiffre officiel du “maximum socialiste” : 276.500. Le PS a donc perdu autour de 40% de ses membres depuis la dernière présidentielle.

  • Les raisons de la fuite

    Cause principale de l’hémorragie militante du PS, le passage éclair des fameux «militants Internet» à 20 euros. Venus en masse et sociologiquement plus «féminisés, rajeunis, urbains et diplômés» que les adhérents classiques (lire l’étude réalisée sur 8.500 d’entre eux par le parti), leur attachement au parti est moindre et leur inscription a été «pour une majeure partie d’entre eux un achat de droit de vote aux dernières primaires», ainsi que le résume le député strauss-kahnien Jean-Christophe Cambadélis.

    Selon le politologue Rémi Lefebvre (chercheur au CERAPS de Lille II), «les nouveaux adhérents ont reçu le pire des accueils par les vieux militants. La tonalité générale des entretiens que je continue à mener sur le sujet, c’est: “Qu’est-ce qu’ils foutent là!” C’est le vieux conflit entre sympathisants et militants qui se joue une nouvelle fois. Sauf que là, cela a ressemblé à une stratégie consciente: un afflux d’adhérents faiblement politisés pour submerger la vieille école».

    Or, poursuit Rémi Lefebvre, «le parti n’est pas à l’aise avec un trop grand nombre de militants, lui qui a toujours compté autour de 120.000 adhérents. Malgré un turnover incessant de ses membres, il n’a connu que deux “excroissances militantes” en trente ans, en 1981 et en 2005». Jean-Christophe Cambadélis rappelle d’ailleurs que «lors du congrès de Valence, en 1981, Lionel Jospin qualifiait déjà le PS non pas comme un parti de masse, mais comme un “gros parti d’avant-garde”. Cette logique d’un parti de cadres a prévalu jusqu’en 2006 et arrangeait tout le monde, car elle permet la maîtrise du périmètre électoral».

    En spécialiste attentif du parti à la rose, Rémi Lefebvre (auteur avec Frédéric Sawicki de «La Société des socialistes») explique la complexité des rapports du PS avec ses adhérents: «En fait, le parti n’a jamais cherché à recruter. Deux logiques en tension permanente guident le comportement des élus locaux, qui varient entre un enracinement notabilier hors la section et la nécessité de “faire des cartes” pour assurer son investiture et peser lors d’un congrès.» En 2003, le fabiusien Henri Weber, longtemps responsable de la formation au parti, dressait déjà ce constat dans la Revue socialiste: «Beaucoup de sections, non seulement sont rétives à tout prosélytisme, mais encore pratiquent un vrai barrage à l’entrée. Le nouvel adhérent voilà l’ennemi! Il vient perturber de savants équilibres entre notables et entre courants établis au fil des ans, donc la répartition des responsabilités et des mandats. Le recrutement se fait au compte-gouttes pour remplacer les départs, en prenant toutes les garanties».

  • Ton temps de parole et ta cotisation

    «C’est un vrai gâchis, confirme Vincent Feltesse, car la grande majorité de ces nouveaux adhérents venus en masse était composée de gens investis dans la vie citoyenne, associative ou syndicale. Si on était allé au bout du projet, on aurait dû fidéliser ces nouveaux membres dans des sections internet, sorte de communautés thématiques en fonction de leurs centres d’intérêt (culture, vie associative, recherche, etc.), en s’inspirant du modèle américain du Parti démocrate. Cela aurait permis de les laisser en dehors des sections souvent hostiles à leur égard. Mais la défaite à la présidentielle a brisé cet élan et le parti n’a pas renouvelé les contrats du chef de projet internet et du reste de l’équipe.»

    Suscitée à l’époque pour contrer la communication de l’UMP basée sur le recrutement de masse, la campagne d’adhésion avait soulevé un vif débat en interne. Les adhérents «on-line» à tarif réduit (20 euros) ont été 68.049 à participer au vote (sur un corps électoral de 220.269 adhérents alors), influençant grandement la désignation du candidat à la présidentielle. Un poids vécu comme une dépossession du parti par les militants traditionnels. Cette fracture a laissé des stigmates ravageurs sitôt la présidentielle passée. Le député européen Benoît Hamon cite ainsi le cas du Finistère, «une fédé pourtant très “auto-régulée”, où j’ai vu en septembre dernier un climat détestable lors d’une fête de la Rose, avec une envie d’en découdre tout à fait inhabituelle: quand un représentant des nouveaux adhérents a voulu s’exprimer, on lui a balancé: “Ton temps de parole est proportionnel au montant de ta cotisation”!»

    Ancien président du MJS et bon connaisseur des arcanes socialistes, David Lebon souligne un autre effet néfaste de cette «expansion mal maîtrisée»: «On a vu le départ de nombreux “anciens” déçus par la reconnaissance de ce néo-militantisme. Cela s’est concrétisé lors des dernières municipales, avec beaucoup de dissidences dans des villes où les votes d’investiture ont été bouleversés par l’arrivée de “nouveaux” qui sont restés et ont fait le choix de poursuivre leur engagement.» Rien n'interdit toutefois les adhérents déçus du PS d'intervenir à nouveau. En se mettant à jour de cotisation au moment du prochain congrès, ils auront la possibilité de pouvoir voter et de bouleverser à nouveau les équilibres figés de l'appareil.

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- Sur un sujet réputé “sensible”, la disponibilité et l'attention de Philippe-Xavier Bonnefoy a été totale. Le responsable du bureau national des adhésions du PS n'a à aucun moment refusé de répondre à mes questions.

- Sans la présence d'archives de L'Hebdo des socialistes sur Internet, qui m'a permis de retrouver le discours de François Rebsamen évoquant le chiffre de 280.000 adhérents, le résultat de l'enquête n'aurait sans doute pas mené le parti à reconnaître 276.500 adhérents comme maximum de ses forces passées.

- L'entretien avec l'universitaire Rémi Lefebvre, ainsi que ses travaux (qu'il m'a cordialement transmis), m'ont conforté dans l'idée que le monde de la recherche est une aide précieuse pour le journaliste. Ce recours aux sciences humaines sera multiplié autant que possible.

 

- Lire l'intervention de Rémi Lefebvre (université de Lille II), lors d'un colloque de juin 2007 à Sciences-Po Toulouse sur la démocratisation des partis. Une contribution “généreusement transmise par l'auteur” aux lecteurs de Médiapart: «Le sens flottant de l'engagement socialiste»

(PDF, 360 Ko, 19 pages)

 

- Lire l'étude réalisée par le PS sur 8.500 de ses nouveaux adhérents, en juin 2006

- Lire un article de Rue89 sur les nouveaux adhérents parisiens restés au parti, le 20 octobre 2007

- Lire un article du Figaro sur l'ambition de Ségolène Royal, imaginant un «parti à 3 millions d'adhérents», le 6 mars 2008

Le type même d'article introuvable sur d'autres média. J'ai fait partie de ces militants à 20 euros. Il s'agissait d'un retour puisque j'avais été exclu lorsdes municipales de 1995 (liste dissidente). Je n'ai pas renouvelé mon adhésion. Le PS est devenue une machine à faire élire et ne mène aucune réflexion de fonds. Le témoignage de Larrouturou dans son excellent "livre noir sur le libéralisme" recoupe totalement mes observations.

N'exagérez pas : Rue89 a consacré (au mois de janvier, je crois) un article à ce sujet. Cela dit, je trouve celui-ci plus approfondi.

La rubrique "boîte noire" à la fin des articles est inédite. Je la trouve très pertinente.
Bravo à toute l'équipe de Médiapart pour votre inauguration réussie !

Très bon article, intéressant, traité comme nul par ailleurs.
Mention spéciale pour la boite noire... J'adore. Félicitations.
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GOMBERT François
http://www.bozarblog.info/
http://www.montpelloueb.fr/
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Article de fond,Interessant et clairvoyant
Un parti qui refuse du sang neuf donc se remettre en question,est une démarche sectaire en soi.Plus préoccupé à maintenir en place leurs réseaux d'influence économique et politique donc sauvegarder un pouvoir qui pourrait etre remis en cause par l'arrivée du'une nouvelle conception de la démocratie dans un parti politique donc en général.

Cet article nous permet de comprendre l’origine profonde de la sclérose qui a envahi le PS et qui explique pourquoi ce parti est devenu incapable de gagner des élections majeures. Et sur ce sujet je vais en rajouter une couche en faisant découvrir (peut être) à certains, qu’il circule en ce moment sur internet une pétition ( que vous pourrez trouver à l’adresse : www.nouvellegauche.fr. ). Cette pétition s’intitule : “Appel pour que le PS se remette au travail”. Il parait que si cette pétition recueille 5000 signatures de militants PS ou 50000 signatures de citoyens non-PS, le PS et l’ensemble de la gauche se remettront au travail. Je ne sais pas s’il s’agit d’une blague, mais quand je vois les premiers signataires de cette pétition je reste sidéré. Les premiers signataires sont composés de députés, de sénateurs, de vice-présidents de région et il y a même un ancien premier ministre, c’est à dire des gens qui sont au coeur du système, qui se sont appuyés sur le PS pour se faire élire et qui devraient être les animateurs de ce travail collectif qui fait tant défaut à ce parti et qui sont sans aucun doute les premiers responsables de l’ immobilisme constaté. J’ai envie de leur dire : “Avez-vous réellement besoin de ma signature pour vous mettre au travail?”
En tout cas il faut qu’ils sachent qu’ils n’ont pas gagné ces élections intermédiaires, c’est la droite qui les a perdues, et s’ils ont obtenus autant de voix, c’est parce qu’il n’y a pas de réelle alternative à gauche. Au boulot!

kairos

La question ne porte-elle pas au fond sur le "militantisme" lui-même? Sur une époque où le "consommateur" prime "l'acteur"? De l'engagement à l'engouement... On joue le coup et puis on passe à autre chose de plus excitant... Sans doute l'illusion politique n'est-elle plus assez prégnante...

Plutot sur l'engagement sur des idees que le "militantisme".
Le "militantisme" releve plus des atitudes publiques qu'helas des comportements intimes ( cf la question des hierarques qui appellent a reformer le PS)
En y regardant de plus pres si il doit y avoir un changement au PS celui ci sera apporte par les militants a 20 euros et c'est difficile d'etre oblige en fait de se battre de l'interieur pour faire change une structure qui , cela a ete rappele appartient aux adherents.

Effectivement, Thierry, Rue 89 a réalisé le 25 février dernier un article sur ce sujet (mais en minorant les chiffres), où l'on peut trouver d'intéressants témoignages de militants (notamment dans les commentaires).
http://www.rue89.com/2008/02/25/comment-le-ps-a-perdu-le-tie...
Pour continuer dans l'esprit "boite noire", cet article a été publié cinq jours après que j'ai commencé mon travail. Si j'avais déjà rencontré Rémi Lefebvre (également cité dans l'article), je n'avais pas encore envisagé de rencontrer Philippe-Xavier (et non Yves) Bonnefoy. Donc, merci Rue89…

Pour ce qui est de la pétition de www.nouvellegauche.fr, a16al, je n'en avais pas connaissance. Ce qui est amusant, à la lecture des signatures, c'est qu'elle regroupe des rescapés de l'ancien courant rocardien des années 90, et utilise comme nom celui d'une sensibilité bien connue des jeunes du parti (Nouvelle gauche, dit "NG"). Fondé par Benoit Hamon, ce sous-courant (majoritaire au MJS et à l'Unef) a commencé proche de Rocard, puis a accompagné Martine Aubry, avant de prendre part à l'éphémère aventure du NPS (avec Peillon et Montebourg).

Sur la question du militantisme, je pense en effet que l'on assiste à une mutation des pratiques. Pour mémoire, voici ce que m'avait dit Marc Dolez (héraut nordiste de la gauche du PS) il y a trois ans (le 28 février 2005), alors que je travaillais sur la campagne d'adhésion internet pour Libération: « On trouve une place à ceux qui veulent penser mais qui ne veulent pas militer. Le PS traite l’individualisme comme il traite le libéralisme, en s’y soumettant »

Malgré mon jeune demi siècle, j'avais accepté de m'encarter à 20 euros (trop indépendant pour m'asservir à une doctrine partisane, j'avais rompu un voeu de 35 ans d'âge). Je voulais "faire monter "une femme qui se trouvait être par le plus grand des hasards historiques Ségolène (j'avoue que je croyais plus en Elisabeth G. voire Martine A. à gauche, et en Simone W. à droite). Faut croire que l'Histoire ne voulait pas d'elle, ... et moi non plus ensuite. Quelle déception, quelle grande désillusion ! ... Je n'ai pas renouvellé mon adhésion devant la querelle de "petits chefs" qui a suivi à l'échec magistral du PS ; je n'ai pas renouvelé non plus face à la pauvreté des débats entre militants ; je n'ai pas renouvelé car il n'y a plus de débats d'idées, il n'y a même plus d'idées à débattre ... Ceci ne m'a pourtant pas empêché d'aider mes camarades à se battre pour les municipales (je devais être le seul assesseur titulaire PS inscrit sur aucune liste électorale !). A défaut d'adhérents, allons voir du côté des sympathisants, il y en a sûrement plus que cela ...
Frédéric de Paris

bravo à Mediapart
votre formole est vraiment interessante
j'ai aimé cet article, adhérente moi même à 20 euros dès mars 2006, j'ai eu l'énorme chance d'être très bien accueillie dans ma section grâce à notre secrétaire de section qui a vu les nouveaux adhérents lui apporter une grande bouffée d'oxygène dans une section divisée pleine de conflits!!!
la campagne présidentielle a été enthousiasmante , certains 'anciens se sont éloignés furieux de voir leur section transformée! et finalement nous les nouveaux sommes restés nombreux!!
plus de conflits à présent seulement une grande diversité de courants!!!! ( je crois qu'ils sont tous représentés!!) mais la campagne municipale s'est faite avec moins d'enthousiasme mais de façon unitaire
des liens d'amitié se sont crées parmi les militants
je ne suis pas naïve , je sais que les discussions pour le congrès seront difficiles mais le lien qui existe entre nous empêchera j'espère les grandes tensions que nous avons vécu pendant la campagne interne!
et il est faux de dire que seuls les nouveaux adhérents étaient partisans de Ségolène Royal!!

Effectivement, Semiramide, nouvel adhérent à 20 euros ne signifie pas forcément ségoliste. Ce point a été évoqué avec Rémi Lefebvre au cours de l'enquête. Ce dernier m'a confirmé que tous les candidats ont profité des voix des nouveaux venus. Mais faute de ressources disponibles sur le sujet, on ne peut en dire plus que les intuitions. C'est-à-dire que Royal et DSK, surtout à Paris, ont tout de même été favorisés par cet afflux de cartes. En outre, après un entretien avec Guillaume Balas (vice-président PS de la région Île-de-France), celui-ci m'a confirmé qu'à Paris, de nombreuses sections ont conservé leurs "nouveaux". Ceci s'explique aussi par la multireprésentativité des divers courants socialistes dans une fédé que l'on ne peut qualifier de "tenue".

Très bon article, bien documenté et soutenu par une présentation de plusieurs hypothèses intéressantes.
Je trouve certaines des réactions une peu courte par rapport au problème. Je tiens à dire tout d'abord que je suis partisan de l'accueil des nouveaux militants, de leur donner toute leur place dans les débats et les campagnes. et ces deux dernières années nous avons été gâtés avec 4 campagnes à organiser et soutenir. Je suis aussi partisan de mettre en oeuvre une démocratie participative autour des diverses assemblées dès que l'on peut. Enfin, je milite pour une acclimatation au système français des "primaires" permettant de désigner le candidat de la gauche de façon unitaire et en impliquant le plus grand nombre de citoyens.
Ceci dit, je ne voudrais pas que les lecteurs basculent facilement dans la dénonciation de la "caste des élus", des militants de longues traditions... Cela rappelle la dénonciation des "bureaucraties" qui ont bon dos quand on se contente de commenter. Ou est-il dit que la politique est un chemin de rose où tout le monde il est gentil. La politique, c'est la gestion des affaires de la cité, justement parce que nous ne sommes pas des "clients" mais des "citoyens engagés et responsables" il n'y a pas d'autre voie que de s'engager, de s'impliquer, de s'accrocher pour défendre ses idées, participer aux mobilisations, bousculer les traditions et immobilismes. Il n'y a pas d'autre voie que celle de l'engagement, l'investissement de temps, de suivi de ses idées et volontés. Le reste est bla-bla. Savoir que les nouveaux adhérents sont venus et repartis dans leur majorité, c'est bien, savoir qu'une partie, même minoritaire, s'accroche et poursuit sa démarche, et pourrait peser sur le prochain congrès, voila l'intérêt de l'article.

Difficile de s'identifier à un parti qui ne sait pas, ou donne l'impression de ne pas savoir exactement dans quelle direction il doit aller... Les courants qui s'expriment à l'intérieur du PS ont historiques et ont déjà créé un schisme, et ce ne sont pas les nouveaux adhérents qui allaient cimenter cette architecture baroque. Alors tant que le PS n'aura pas tranché, les flux migratoires seront encore nombreux..

Et si les "nouveaux adhérents" du PS avaient adhéré comme ils adhèrent à tant d'autres courants, modes de pensée et objets de consommation : d'une façon limitée dans le temps, sans esprit de fidélité, sans engagement à vie et surtout sans obligation d'une "adhésion de conviction" ?
Il est connu et démontré que la signification et l'inscription dans le temps de nos modes de consommation ne sont plus ceux de nos parents ou grands parents. Nos parents (et certains de nous) ont longtemps reproduit leur mode de consommation et d'engagement politique ou syndical selon un mode hérité des générations précédentes. Des familles d'adhérents ou de sympathisants à tel parti politique ou telle centrale syndicale pouvaient prolonger l'adhésion ou le vote de leurs parents voire de leurs grands-parents d'abord par fidélité familiale ou de classe (ce qui n'exclue pas une profonde conviction personnelle), par souci (ou obligation inconsciente) de prolonger les pratiques antérieures.
Aujourd'hui, nos pratiques courantes s'inscrivent dans une temporalité qui n'est plus celle d'une génération mais celle de quelques années, voire même de quelques mois. Cela a été écrit et démontré avec une régularité sans faille depuis une quarantaine d'années. Nous sommes exposés et même fortement invités, voire contraints, à des modes de consommation qui ne sont plus ceux d'hier. Nous pouvons changer tous les mois nos abonnements à des chaînes de télévision, aux formules des opérateurs de téléphonie mobile, tout comme nous pouvons parcourir des journaux gratuits (sans même en regarder le titre) et les jeter lorsque nous sommes arrivés à destination, après quelques minutes de trajets.
Alors pourquoi l'adhésion à un parti ne pourrait pas être à l'image de la façon d'adopter un produit ou une marque, par effet de mode, "pour voir ce que ça fait", parce qu'on a un peu de temps à y consacrer, parce qu'on peut le quitter simplement, sans mauvaise conscience, sans avoir besoin de déchirer sa carte ni sans risquer un procès ou une excommunication pour traîtrise à sa classe ?
Et, de la même façon, si adhérer à Mediapart était à l'image d'une adhésion à 20€ au PS ? C'est rapide, facile, je ne suis pas engagé pour très longtemps, ça ne me paraît pas trop cher...et en plus "ça peut faire bien".
Je n'affirme pas que "c'était mieux avant". Je ne fais que m'interroger et livrer ici une piste de réflexion ou même de débat.