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Jeu.18 décembre 201418/12/2014 Édition de la mi-journée

EADS : la République des intouchables

|  Par martine orange

En annonçant la nomination de Jean-Claude Trichet et d'Anne Lauvergeon au nouveau conseil d'administration d'EADS, le gouvernement n'a créé aucune surprise. Depuis trente ans, ce sont les mêmes personnages qui s’échangent les postes et les fonctions, quel que soit leur bilan, quels que soient les gouvernements. Une nouvelle illustration de la dérive de nos institutions.

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Comme un air de déjà-vu. En annonçant dimanche la nomination des administrateurs représentant l’État français au nouveau conseil d’EADS, l’agence des participations de l’État a tout sauf créé une surprise. Anne Lauvergeon, ingénieur du Corps des mines et ancienne présidente d’Areva, Jean-Claude Trichet, inspecteur des finances et ancien président de la BCE. Combien de fois n’a-t-on déjà entendu ces noms ? L’affaire semblait si évidente que, dès décembre, la reconduction de Jean-Claude Trichet était considérée comme acquise. Quant à Anne Lauvergeon, la nouvelle organisation actionnariale du groupe aéronautique était à peine annoncée, qu’elle était déjà sur les rangs pour prendre la présidence non exécutive du groupe aéronautique avec le soutien du corps des mines, comme l’avait révélé Mediapart en décembre.

Anne LauvergeonAnne Lauvergeon

Le plus étrange dans ces annonces est qu’elles ne suscitent plus aucune réaction. Comme si elles relevaient de la gestion normale de l’État. François Hollande, qui, dans sa campagne présidentielle, avait promis « le changement » et « la rupture » pour édifier une République exemplaire, a en la matière choisi de ne pas bousculer les usages. Depuis trente ans, les mêmes personnages – presque aucune personnalité nouvelle ne parvient à émerger – circulent, vont et viennent, sortent par la porte et reviennent par la fenêtre, s’échangent les postes et les fonctions, quel que soit leur bilan, quels que soient les gouvernements. Critiquant à tout propos le pouvoir de l’État, ne rêvant souvent que de privatisation, cette nouvelle « noblesse de robe » est pourtant la première à réclamer du même pouvoir charges et privilèges. En attendant peut-être que ceux-ci deviennent héréditaires.

Cette captation d’une partie du pouvoir économique n’est qu’une illustration supplémentaire de la dérive de nos institutions. À ce spectacle, l’avertissement de l’historien Marc Bloch, décrivant dans l’étrange défaite les maux qui avaient conduit à l’effondrement de la République en 1940, revient comme une alarme : « Quelle que soit la nature du gouvernement, le pays souffre si les instruments du pouvoir sont hostiles à l’esprit même des institutions publiques. À une monarchie, il faut un personnel monarchiste. Une démocratie tombe en faiblesse, pour le plus grand mal des intérêts communs, si ses hauts fonctionnaires, formés à la mépriser et, par nécessité de fortune, issus des classes mêmes dont elle a prétendu abolir l’empire, ne la servent qu’à contrecœur. »

La nomination d’Anne Lauvergeon au conseil d’administration d’EADS, et peut-être ultérieurement à la présidence non exécutive du groupe aéronautique, comme le souhaite l’Élysée, s’inscrit dans ce schéma. C’est par « nécessité de fortune » que l’ancienne présidente d’Areva arrive dans le groupe. Malgré ses qualités, immenses comme il se doit, celle-ci n’a pas trouvé de nouveau poste après son non-renouvellement à la tête du groupe nucléaire. Son désir de partir aux États-Unis, pays où les talents sont censément reconnus à leur juste valeur, n’a jamais pu se concrétiser. Se morfondant à la présidence du conseil de surveillance de Libération, dans un fonds d’investissement pour les  entreprises innovantes, Efficency capital, un fonds de réinsertion sociale (A2i) financé par l’UIMM, Anne Lauvergeon a veillé à ce qu’on ne l’oublie pas après son départ d’Areva en 2011.

Depuis l’arrivée de la gauche au pouvoir, elle fut donnée successivement au gouvernement, à la banque publique d’investissement, à EDF et la semaine dernière encore à France Télécom, toutes des entreprises publiques. Car bien que militant pendant des années pour la privatisation d’Areva et une rupture ferme avec l’État, l’ancienne présidente attend encore beaucoup du public. L’État lui doit bien une réparation, elle qui était tombée sous les assauts conjugués de Nicolas Sarkozy et d’Henri Proglio, le président d’EDF, maîtres d’œuvre, à l’entendre, d’un « système de clan, de bandes et de prébendes », comme elle le dit dans son livre.

 

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