live
Mediapart Live

Offre exceptionnelle disponible jusqu'à minuit !

6 mois d'abonnement à Mediapart pour 20€ seulement, au lieu de 54€. N'attendez pas ! En cadeau, le dernier ebook de la rédaction Le FN à l'oeuvre.

ABONNEZ-VOUS

Mediapart
Dim.29 mars 201529/03/2015 Édition de la mi-journée

Néandertal: il n'est pas l'homme que vous croyez

|  Par Michel de Pracontal

En à peine deux ans, un ensemble sans précédent de résultats scientifiques révolutionne l'histoire de l'homme de Néandertal, prédécesseur de notre espèce en Europe. Ces travaux éclairent les relations entre les hommes modernes et les Néandertaliens, cette deuxième espèce humaine qui passionne les paléontologues depuis un siècle et demi.

Partage

Il y a 430 000 ans, un groupe d’humains primitifs a vécu au nord de l’Espagne, dans la sierra de Atapuerca, une formation de roches calcaires et argileuses, creusée de galeries et de grottes souterraines. Vingt-huit individus ont été ensevelis dans une cavité au fond d’un puits de 14 mètres appelé la Sima de los Huesos, la « grotte des os », peut-être noyés par les eaux de pluie pendant qu’ils exploraient les galeries. Leurs restes, qui constituent la plus grande accumulation de fossiles humains jamais retrouvée en un même lieu, sont en train de révolutionner l’histoire de l’homme de Néandertal, prédécesseur de l’Homo sapiens en Europe.

Juan Luis Arsuaga pendant une fouille dans la Sima de los HuesosJuan Luis Arsuaga pendant une fouille dans la Sima de los Huesos © Reuters

Les crânes de dix-sept hommes de la Sima de los Huesos ont été étudiés par l’équipe du paléontologue espagnol Juan Luis Arsuaga. Ils présentent des caractères typiquement néandertaliens : arcades sourcilières proéminentes, pommettes effacées, fortes mâchoires avec des molaires plates et larges. La Sima de los Huesos, où l’on a dénombré plus de 6 000 fragments d’os, apparaît donc comme l’un des premiers berceaux de la lignée néandertalienne. Cette dernière, dont on a longtemps situé l’origine à environ 250 000 ans, remonterait en réalité à près d’un demi-million d’années.

Depuis 2012, en deux ans à peine, une série de travaux scientifiques a totalement renouvelé les connaissances sur les Néandertaliens. Publié dans Science, l’article d’Arsuaga et de ses collègues de l’université Complutense de Madrid vient s’ajouter à une série d’études génétiques toutes récentes sur l’ADN des anciens Européens. Ces travaux, menés pour l’essentiel par un groupe de généticiens de Leipzig, ont éclairé les relations entre les hommes modernes et les Néandertaliens, cette deuxième espèce humaine qui passionne les paléontologues depuis un siècle et demi.

Qui étaient ces autres hommes, premiers habitants réguliers de l’Europe occidentale ? D’où venaient-ils ? Étaient-ils très différents des Homo sapiens ? Pourquoi ont-ils disparu ? Que nous apprennent-ils sur notre propre espèce ? Retraçons les principales découvertes qui redessinent la figure de l’homme de Néandertal. 

UNE LIGNÉE ANCIENNE QUI A ÉVOLUÉ PAR ÉTAPES

« Il y a une décennie, on pensait que les Néandertaliens remontaient à 250 000 ans, dit Jean-Jacques Hublin, professeur à l’Institut Max Planck d’anthropologie évolutionniste de Leipzig (lire son analyse – en anglais – dans Science). De leur côté, les généticiens ont affirmé, en se basant sur l’horloge moléculaire, qu’ils ne pouvaient remonter à plus de 350 000 ans. Mais on trouve des caractères néandertaliens chez des fossiles de 400 000 ans ou plus, comme l’homme de Tautavel ou celui de Swanscombe, en Angleterre. C’est pourquoi j’ai défendu l’idée d’une origine plus ancienne des Néandertaliens. »

Trois des crânes de la Sima de los Huesos étudiés par l'équipe d'ArsuagaTrois des crânes de la Sima de los Huesos étudiés par l'équipe d'Arsuaga © Science

 

Il y a cependant une difficulté : les fossiles de Tautavel et Swanscombe ont des traits néandertaliens, mais ils ont aussi des caractères plus archaïques. Cela a conduit Jean-Jacques Hublin à proposer un scénario d’évolution par « accrétion » de caractères. Selon ce scénario d’accrétion, la lignée néandertalienne aurait commencé à se différencier il y a 400 000 à 500 000 ans, en acquérant de nouveaux caractères par étapes successives, plutôt que par une transformation globale. Les Néandertaliens se seraient d’abord distingués par les caractères de la face – mâchoires, dents, arcades sourcilières – avant d’acquérir d’autres traits morphologiques.

Mais jusqu’ici, la chronologie adoptée pour la Sima de los Huesos ne s’accordait pas avec le scénario d’accrétion de Hublin. Les paléontologues espagnols l’avaient en effet datée de 600 000 ans, un âge trop élevé pour des Néandertaliens, même anciens. De ce fait, les fossiles de la Sima de los Huesos avaient été classés dans l’espèce ancestrale Homo heidelbergensis. Mais alors, comment expliquer le visage néandertalien de ces fossiles ?

Arsuaga et ses collègues ont réévalué l’âge du site, en utilisant plusieurs techniques différentes. Ils sont parvenus à une nouvelle date qui cadre mieux avec l’ensemble des données dont on dispose, soit 430 000 ans. De plus, les paléontologues espagnols estiment désormais que les fossiles de la Sima de los Huesos suivent le scénario d’accrétion proposé par Hublin. Ils ont un visage néandertalien, mais conservent aussi des traits plus primitifs. En particulier, ils ont une tête relativement petite avec une capacité crânienne nettement inférieure à celles des Néandertaliens classiques.

« La partie avant du crâne, la mandibule et les dents des fossiles de la Sima de los Huesos sont néandertaliens, commente Hublin. C’est un phénotype qui commence à se disséminer en Europe il y a 400 000 ou 500 000 ans. On connaît des Néandertaliens dans toute l’Europe occidentale au-dessous de 52° de latitude nord, et aussi plus à l’est, jusque dans l’Altaï, au sud de la Sibérie. Le site espagnol est à l'extrémité ouest de leur zone. »

Partage