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Mediapart
Jeu.31 juillet 201431/07/2014 Édition de la mi-journée

Les documents Takieddine. Le financier secret qui met en danger le clan Sarkozy

|  Par Fabrice Arfi et Karl Laske

Il est le suspect n°1 dans le volet financier de l'affaire Karachi. Il est aussi celui dont les secrets mettent en danger la présidence de la République. Mediapart dévoile une série de documents et de photos inédites entre l’homme d’affaires franco-libanais Ziad Takieddine et le premier cercle du chef de l’État. Sont concernés: Brice Hortefeux, Thierry Gaubert, Jean-François Copé, Claude Guéant, Pierre Charon, Dominique Desseigne...

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Cet homme est une bombe à retardement pour le clan Sarkozy. Connu pour être le principal suspect dans le volet financier de l’affaire Karachi, Ziad Takieddine est bien plus que cela. Mediapart est en mesure d'affirmer qu'il est devenu à partir de 2002 un conseiller occulte et un financier de l’ombre au cœur du sarkozysme, de la conquête du pouvoir jusqu'à aujourd'hui, selon de nombreux documents exclusifs que nous nous sommes procurés.

Dans ce premier volet d’une série d’articles que nous allons consacrer à Ziad Takieddine, Mediapart dévoile plusieurs photos inédites qui attestent de liens jusqu'ici insoupçonnés, pour certains cachés, de l’homme d’affaires franco-libanais avec le premier cercle du chef de l’État. Sont concernés: l’ancien ministre de l’intérieur Brice Hortefeux, l'ancien conseiller de Sarkozy Thierry Gaubert, l'actuel secrétaire général de l’UMP et ex-ministre du budget Jean-François Copé, et Dominique Desseigne, le patron du Fouquet's, où Nicolas Sarkozy a célébré sa victoire à l'élection présidentielle en mai 2007.

De nombreuses notes font également état de relations suivies avec Claude Guéant, proche de toujours de Nicolas Sarkozy et aujourd'hui ministre de l'intérieur. D'autres encore concernent très directement la politique libyenne de réconciliation spectaculaire avec le régime Kadhafi, sur fond de grands contrats, alors que le Parlement doit se prononcer mardi sur la guerre aujourd'hui menée.

Mediapart peut également révéler que M. Takieddine a reçu, entre 1997 et 1998, 91 millions d’euros pour la vente de frégates à l’Arabie Saoudite, validée en novembre 1994 par Nicolas Sarkozy en tant que ministre du budget. Et ce n'est pas tout: à partir de l'année 2003, Ziad Takieddine aurait par ailleurs consacré 11,8 millions d'euros à ce qui est décrit comme des «paiements secrets» en provenancede comptes offshore, selon des documents à notre disposition.

Brice Hortefeux et Ziad Takieddine.Brice Hortefeux et Ziad Takieddine. © Photo Mediapart

À l’évidence, Ziad Takieddine est l'homme qui sait tout et donc trop! En mars dernier, submergé par la colère, il a ainsi menacé de «faire sauter le gouvernement» lors d’une conversation téléphonique avec son ami Thierry Gaubert, qui est aussi un ancien collaborateur de Nicolas Sarkozy (lire notre enquête sur sa mise en cause dans une affaire de 1% logement en cliquant ici et ici). Des douaniers venaient d’interpeller M. Takieddine à l’aéroport du Bourget, porteur d’1,5 million d’euros en espèces alors qu’il revenait de Libye.

L’homme d’affaires de 61 ans raccompagnait ce jour-là en jet privé des journalistes du Journal du Dimanche partis interviewer le colonel Kadhafi. Placé en garde à vue comme un vulgaire “porteur de valises”, Ziad Takieddine avait expliqué, sans convaincre, que ces fonds correspondaient à «un transfert entre sociétés commerciales». La justice a ouvert une enquête préliminaire pour «manquements aux obligations déclaratives» et «suspicion de blanchiment», dont on est sans nouvelles depuis lors.

Z. TakieddineZ. Takieddine © dr

Mais jeudi 7 juillet, c’est au domicile du même Thierry Gaubert que des policiers de la Division nationale des investigations financières (DNIF) ont mené une perquisition. Pour, encore une fois, suivre la piste de Takieddine. De nombreux témoins entendus par les juges Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loire, chargés du volet financier de l’affaire Karachi, l’ont en effet désigné comme l’intermédiaire imposé par le pouvoir balladurien: il s'agissait de s’assurer de substantielles «rétrocommisssions» sur les marchés d’armement signés peu avant la présidentielle de 1995. Rétrocommissions que les juges soupçonnent d'avoir alimenté le financement de la campagne électorale d'Édouard Balladur.

Ziad Takieddine a effectivement rencontré Thierry Gaubert lors de la campagne de Balladur. M. Gaubert avait suivi Nicolas Sarkozy de la mairie de Neuilly au ministère du budget – dans de petites fonctions de communication. Dans le même temps, Takieddine s’était également rapproché du couple Léotard qui venait skier dans la station Isola 2000 (Alpes-Maritimes), station qu’il avait gérée jusqu’en 1992. Les deux hommes avaient partagé bien des secrets de cette campagne électorale.

L’élection perdue, M. Takieddine a néanmoins multiplié par 100 sa surface financière grâce aux marchés d’armement signés en 1994 par le gouvernement Balladur − François Léotard était alors le ministre de la défense.

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Après plusieurs semaines d'enquête, Mediapart commence la publication d'une série d'articles consacrés à l'homme d'affaires franco-libanais Ziad Takieddine. Nous avons eu pour cela accès à des documents inédits, en particulier à plusieurs dizaines de photographies. Nous avons retenu et choisi de publier uniquement les documents et photographies qui ont un intérêt public, permettant de développer une information à caractère général.

 

Tout ce qui pourrait éventuellement relever de la vie privée a été écarté. Nous avons ainsi choisi de masquer les visages des personnes qui apparaissent sur les photographies mais ne sont pas en prise directe sur les affaires publiques évoquées (par exemple les épouses ou les proches ou les membres de la famille des personnalités publiques évoquées).

 

Connu pour être le principal suspect du volet financier de l'affaire Karachi, Ziad Takieddine apparaît aujourd'hui, grâce aux documents que nous avons pu recueillir, comme le fil conducteur de la part d'ombre d'un clan: celui du chef de l'État.

 

Ce premier volet est consacré aux relations de l'homme d'affaires avec les plus proches collaborateurs et amis de Nicolas Sarkozy, ainsi qu'à l'origine d'une partie de son immense fortune grâce aux ventes d'armes. Nous publierons les jours prochains la suite de notre enquête.