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Mediapart
Jeu.18 décembre 201418/12/2014 Dernière édition

Les documents Takieddine. Livré par le clan Sarkozy, le 4×4 français qui protège Kadhafi

|  Par Fabrice Arfi et Karl Laske

Avec la bénédiction de Nicolas Sarkozy, Ziad Takieddine a fourni en 2008 au dictateur libyen un 4×4 ultra-sécurisé fabriqué par la société française Bull-Amesys. Vendu 4 millions d'euros, ce véhicule furtif devait permettre à Mouammar Kadhafi de passer entre les bombes. Mediapart publie de nouveaux documents exclusifs sur les relations franco-libyennes d'avant guerre.

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Mouammar Kadhafi, l'introuvable «leader» libyen, est-il encore protégé par la France ? C'est un détail que Nicolas Sarkozy n'a pas osé évoquer lors de son voyage «triomphal» à Tripoli la semaine dernière. Mis en examen mercredi dernier par le juge Renaud Van Ruymbeke dans l'affaire des ventes d'armes à l'Arabie saoudite et au Pakistan, Ziad Takieddine a fourni au régime lybien, en 2008, un 4×4 furtif fabriqué par la société française Bull-Amesys (ex-i2e) afin de sécuriser les déplacements de Mouammar Kadhafi. Un véhicule qui peut être aujourd'hui extrêmement utile pour la fuite du leader déchu.

La vente de ce matériel a bénéficié, dès 2007, de l'appui du ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy, et de son directeur de cabinet d'alors, Claude Guéant. L'engin a finalement été livré à partir de 2008, avec le feu vert, cette fois, de l'Elysée.

25 juillet 2007, Tripoli25 juillet 2007, Tripoli © Reuters

Contrat à l'appui, Mediapart peut dévoiler les spécifications techniques de ce concentré de technologie livré aux Libyens, pour la somme de 4 millions d'euros. Il s'agit d'un 4×4 ML blindé de chez Mercedes équipé d'une cage de Faraday – qui protège les occupants des champs électriques extérieurs – et d'un dispositif électronique de brouillage capable de neutraliser toutes les fréquences radio dans un rayon de cent mètres autour du véhicule.

Depuis, l'électronique du 4×4 de Kadhafi est commercialisée par Bull-Amesys sous le nom de « système Shadow ». Il s'agit d'un brouilleur « intelligent (...) basé sur une technologie unique au monde », qui couvre à la fois « l'interception, le brouillage et la neutralisation » des engins explosifs télécommandés, peut-on lire dans un document de présentation d'avril 2011. Un matériel également « capable de détecter instantanément plus de 2.000 menaces ».

« Shadow est destiné aux forces armées et répond également aux besoins en matière de sécurité intérieure, signale Bull. Il permet non seulement la protection de passagers de véhicules et de zones critiques contre les engins explosifs télécommandés mais aussi l'identification de communications ennemies et le contrôle des radiocommunications. »

Shadow « n'émet que sur présence d'une menace et se reconfigure automatiquement en fonction de sa localisation – en tenant compte des plans de fréquence internationaux », précise encore Bull.

La mise au point de la voiture de Kadhafi n'a pas été sans frayeur chez Amesys. « On ne pouvait plus téléphoner au siège quand ils testaient le système: les portables ne fonctionnaient plus, se souvient un cadre. La voiture émet comme un four à micro-ondes à l'extérieur. Il ne vaut mieux pas s'en approcher. »

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Le 10 juillet, Mediapart, s'appuyant sur des documents inédits, a commencé la publication d'une série d'articles consacrés à l'homme d'affaires franco-libanais Ziad Takieddine.

Connu pour être le principal suspect du volet financier de l'affaire Karachi, et pour son rôle dans les ventes d'armes conclues par le gouvernement Balladur, M. Takieddine apparaît à travers notre enquête comme l'un des conseillers occultes du clan Sarkozy, et ce depuis 2002.

Réagissant à nos informations, plusieurs hauts responsables de la majorité, Claude Guéant, Brice Hortefeux et Jean-François Copé ont admis une relation personnelle, voire amicale, avec le marchand d'armes. Mais sans jamais expliquer les faveurs, ou la mansuétude, de l'Etat français à son égard.

Fiscalement domicilié en France, M. Takieddine, dont les seuls biens immobiliers sont évalués à près de 100 millions d'euros, est parvenu à ne pas y payer d'impôts ces dix dernières années. Questionnée par la justice, la DGSE a prétendu ne pas avoir connaissance de son activité depuis les années 1980.

Notre enquête a mis au jour ses missions d'émissaire secret en Arabie saoudite, en Libye et en Syrie, révélant la part d'ombre du chef de l'État et de son entourage. Des documents que nous avons publiés mettent aussi en cause les groupes Total et Bull, dans les paiements de commissions occultes à l'intermédiaire, pour des contrats pétroliers et d'électronique militaire.

Des analyses sur l'affaire Takieddine ont été publiées, sur Mediapart, par Edwy Plenel (lire ici) et François Bonnet (lire ici). Enfin, nous mettons au fur et à mesure de nos révélations les documents utilisés dans nos articles en libre accès sur FrenchLeaks.