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Mediapart
Jeu.18 décembre 201418/12/2014 Dernière édition

Le plaidoyer d’Ayrault pour le traité européen

|  Par Stéphane Alliès et Lénaïg Bredoux et Edwy Plenel

Dans un entretien à Mediapart, Jean-Marc Ayrault s’explique sur le fond du débat européen. Au lendemain du refus des écologistes de voter le traité (TSCG) et à deux semaines du débat parlementaire, le premier ministre affirme que « ce qui a été obtenu est considérable ». « Nous allons jusqu’au bout de la défense de l’euro », dit-il.

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Dans un entretien à Mediapart, Jean-Marc Ayrault s’explique pour la première fois sur le fond du débat européen. Au lendemain du refus des écologistes de voter le traité (TSCG) et à deux semaines du débat parlementaire, le premier ministre affirme que « ce qui a été obtenu est considérable ». « Nous allons jusqu’au bout de la défense de l’euro », dit-il, ajoutant à l’adresse des adversaires du traité : « La conséquence logique de leur démarche serait la sortie de l'euro. » « Le TSCG n’est pas l’alpha et l’oméga de notre politique européenne. C’est la première étape d’une réorientation de l’Europe », insiste M. Ayrault qui détaille « le paquet » qu’il entend présenter au Parlement. Mais, prévient-il, « on ne fera pas une avancée de plus sans démocratie supplémentaire ».

François Hollande a fait sa campagne avec un refrain : « Je ne ferai que ce que je promets, et je tiendrai mes promesses. » Dans cette campagne, il s’était très clairement engagé à renégocier le traité européen élaboré par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel. Aujourd’hui, vous présentez au Parlement le même traité, à la virgule près. Pourquoi ne pas dire simplement la vérité aux Français, c’est-à-dire que vous n’avez pas pu renégocier ce traité ?

Il y a bien eu négociation. Devant l’Assemblée nationale, le 2 octobre, puis le Sénat, le 9, c’est un paquet que je vais présenter, et non le seul traité soumis à ratification. D’un point de vue juridique, c’est vrai, le traité est le même. Mais est-ce que la donne politique, le contexte et les perspectives que nous pouvons imaginer sont les mêmes ? Non. La réorientation de l’Europe est redevenue possible : les engagements ont donc été tenus.

On peut toujours disserter sur la bouteille à moitié vide ou à moitié pleine. Mais ce qui a été obtenu est considérable, et c’est le fruit de l’élection présidentielle française. S’il n’y avait pas eu de changement politique en France, rien n’aurait changé en Europe. C’est un fait politique, qui n’était pas acquis d’avance. Les lignes bougent fortement, mais l’Europe est une construction politique complexe, faite de compromis entre des points de vue souvent très éloignés, avec des résistances au changement. Quand François Hollande est allé à Berlin, dès le 15 mai, il n’est pas allé à Canossa ! Il a expliqué avoir un mandat des Français pour travailler à la réorientation de l’Europe.

La discussion s’est poursuivie depuis, dans un conseil informel très difficile, face à des positions très libérales. Mais ensuite les choses ont bougé. Et les 28 et 29 juin, le conseil européen a décidé d’un pacte de croissance et d’emploi, de la mise en place de la taxe sur les transactions financières, réclamée depuis quinze ans par la gauche, et de la supervision bancaire. Et les choses continuent à bouger, comme on l’a vu avec les récentes décisions de la Banque centrale européenne (BCE), qui a enfin décidé d'intervenir sur les marchés.

Sans la présidentielle et une très large majorité obtenue à l’Assemblée nationale, la situation aurait continué à se dégrader. Désormais s’ouvre un nouveau chemin. Pour moi, le mandat donné par les Français a été respecté.


Quelles garanties peut-on avoir que l’évolution promise soit différente de celle de la dernière expérience de la gauche au pouvoir en 1997 ? À l’époque, Lionel Jospin avait fait campagne pour la remise en cause du traité d’Amsterdam, avant de finalement renoncer en promettant que les avancées viendraient après. Or, et alors même que 13 pays sur 15 dans l’Union européenne étaient à l’époque dirigés par les sociaux-démocrates, c’est le traité de Nice qui en est sorti, un texte qui a aggravé le hiatus entre les pouvoirs et les peuples. Pourquoi cela serait-il différent cette fois ?

D’abord parce que les Européens sont face à un choix historique. Les gouvernements et les chefs d’État doivent prendre leurs responsabilités. Soit ils sauvent l’euro, soit ils laissent se dérouler le cours des choses, et le risque d'un cataclysme économique et social est immense. Et la France, le président de la République et moi-même, ne prendrons jamais la responsabilité de laisser disparaître l’euro. Je suis convaincu qu’il y a eu énormément de faiblesses politiques et de manque de vision depuis le début de la crise. Quand on pense que la crise grecque dure depuis deux ans et demi, que la Grèce ne représente que 2 % du PIB de la zone euro… Et que les dirigeants européens n'ont pas su prendre à temps leurs responsabilités !

Aujourd’hui, les choses ont aussi bougé sur ce point. Même si la Grèce a des faiblesses, une administration faible, des inégalités sociales qui persistent, un système fiscal injuste et peu fiable, nous allons l’aider à retrouver une économie de production. La Troïka (Union européenne, Fonds monétaire international, Banque centrale européenne – ndlr) a désormais une approche plus pragmatique et réaliste. Quelque chose s’est produit chez les dirigeants européens, y compris en Allemagne : on est en train de prendre conscience des risques majeurs dans lesquels nous serions plongés en cas de sortie de la Grèce de l’euro. Ce serait en tout cas pour les peuples européens une régression économique et sociale considérable. Ce serait peut-être le début de la fin du projet européen.

Je constate d’ailleurs que les principaux dirigeants allemands ont compris qu’un manque de sens des réalités par rapport à la Grèce nous lancerait dans une aventure absolument pas maîtrisable. Beaucoup commencent aussi à dire qu’il est injuste que l’Italie continue d’emprunter à 5/6%, malgré les efforts du gouvernement de Mario Monti. Le rôle de la BCE doit aussi être consolidé.

Je le dis à ceux qui nous reprochent de ne pas avoir obtenu assez, notamment à une partie de la gauche. Qu’ils disent tout haut ce qu’ils pensent tout bas ! Pour l’instant, ils n’osent le dire car ils savent que l’opinion ne les suivrait pas. La conséquence logique de leur démarche, c'est la sortie de l'euro! Nous, nous allons jusqu’au bout de la défense de l’euro. Non par dogmatisme mais par sens des réalités.

Beaucoup d’économistes disent que les plans mis en œuvre pour la Grèce ne lui permettront pas de sortir de la crise qu'elle connaît. Le remède choisi est extrêmement contesté, et pas seulement par la gauche de la gauche…

La solution ne peut être la sortie de la Grèce de l’euro. On peut déjà lui donner plus de temps pour s’en sortir…

Vous y êtes favorable ?

Oui. À une condition, celle que la Grèce soit sincère dans l'engagement des réformes, notamment fiscale.

Vous pensez qu’elle l’est ?

J’en ai discuté avec Evangelos Venizelos (l’actuel leader du Pasok, le parti socialiste grec – ndlr) au mois d’août et les Grecs butent pour l’instant sur leur réforme fiscale. Ils n’arrivent pas à faire payer les armateurs et ceux qui ont beaucoup d’argent en Grèce investissent dans l’immobilier, à l’étranger… Tout cela est immoral. La crise grecque est structurelle, mais aussi politique.

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Cet entretien a été recueilli à l'hôtel Matignon, vendredi matin 21 septembre, et a duré une heure. Il a été relu par le premier ministre ce week-end qui n'y a apporté aucune modification de fond, seulement des corrections de forme. La vidéo a été réalisée par Simon Castel et Liza Fabbian.