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Mediapart
Lun.28 juillet 201428/07/2014 Édition de la mi-journée

La fin du pétrole-4. La malédiction de l'or noir dans le delta du Niger

|  Par Thomas Cantaloube

Le photo-reporter américain Ed Kashi vient de publier un ouvrage sur l'exploitation pétrolière au Nigeria, Curse of the Black Gold. Il a autorisé Mediapart à publier ses images pour illustrer notre série sur le pétrole, et explique comment l'extraction de la matière première a ravagé cette région d'Afrique. Lire notre article et regarder le diaporama.

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Irlande du Nord, Kurdistan, Irak, Gaza, Vietnam, des guerres, des révolutions, des famines... Ed Kashi, photojournaliste américain de cinquante ans, a bourlingué dans tous les endroits de la planète, particulièrement les plus tendus et les plus dramatiques. Mais quand il a débarqué dans le delta du Niger en 2004, poussé par Michael Watts, un universitaire californien spécialiste de l'Afrique, il est saisi par le genre de contraste social et visuel qui démange les phalanges des professionnels du déclencheur. « Je suis tombé sur l'exemple le plus graphique d'injustice sociale que j'aie jamais rencontré », explique-t-il au téléphone.

Diaporama présentant l'ouvrage d'Ed Kashi Curse of the Black Gold

Le Nigeria est le douzième producteur de pétrole au monde (et son huitième exportateur), mais sa population est l'une des plus pauvres (au 183e rang mondial en matière de PNB par habitant). « Port Harcourt, la principale ville du delta du Niger, devrait être l'équivalent de Koweït City ou de Dubaï. Il devrait au moins y avoir des routes goudronnées, de l'électricité, un système d'égouts... », poursuit Ed Kashi. « Mais il n'y a rien de tout cela. Les gens vivent dans des huttes en feuilles de bananiers dans des conditions effroyables, alors qu'à 250 mètres de chez eux de fabuleuses richesses sont extraites du sous-sol, des millions de dollars chaque jour. »

Dans un reportage paru dans le magazine Vanity Fair en février 2007, le journaliste Sebastian Junger décrit un rendez-vous nocturne dans l'enceinte du pétrolier Shell, où tout est illuminé, y compris un court de tennis désert, alors que de l'autre côté du grillage, un village est plongé dans les ténèbres. L'employé de Shell qu'il interroge explique avoir un jour proposé de tendre une ligne électrique jusqu'au village. On lui a répondu « : « Et puis quoi encore ? Si on le fait pour ce village, tous les autres voudront la même chose ! ».

Image 4_2.png © Ed Kashi

Beaucoup d'autres endroits en Afrique sont d'une pauvreté également affligeante, mais ce qui enrage Ed Kashi et tous ceux qui visitent la région c'est la proximité immédiate d'une abondante source de richesse et du dénuement le plus complet. « C'est comme si les compagnies pétrolières venaient forer des derricks dans votre jardin, pompaient, devenaient millionnaires, et ne vous laissaient rien en échange », raconte Ed Kashi. Rien sauf les dégâts collatéraux : une pollution immense. Du pétrole qui se répand dans les cours d'eau et les nappes phréatiques, du gaz naturel qui s'échappe dans l'atmosphère et provoque des pluies acides qui détruisent la mangrove, les poissons qui disparaissent, et des pipelines qui explosent quand certains essaient de siphonner un peu d'or noir pour le vendre au marché de la même couleur.

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Les photos publiées pour notre série «La fin du pétrole» sont extraites de Curse of the Black Gold, livre du photo-reporter américain Ed Kashi. Nous avons donc voulu en savoir davantage sur son travail et la façon dont il a appréhendé la situation du Niger.