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Si le Moyen-Orient concentre les plus importantes réserves de pétrole mondiales, l'Afrique, où les pays demeurent ouverts aux investissements étrangers, constitue aujourd'hui un potentiel de développement considérable et attire les compagnies pétrolières du monde entier.
L'exploitation de la rente pétrolière demeure l'un des principaux moteurs des conflits en Afrique, comme l'explique Francis Perrin, directeur de la rédaction de la revue Pétrole et gaz arabe et membre du bureau exécutif d'Amnesty international France.
L'Afrique représente actuellement 12,5 % de la production pétrolière mondiale. Pourquoi la considère-t-on comme une région clé du devenir de l'industrie pétrolière ?
Il y a plusieurs raisons à cela. D'abord parce que ce chiffre peut augmenter avec le temps en raison du potentiel important de l'Afrique. On s'aperçoit qu'il y a eu beaucoup de découvertes de gisements ces dernières années, alors même que l'Afrique demeure un continent largement sous-exploré. On a donc beaucoup de raisons de penser que, dans les années à venir, la production de pétrole africain pourrait croître dans des proportions importantes.
Par ailleurs, le chiffre de 12,5% ne paraît certes pas considérable. Mais il convient de l'insérer dans une perspective géopolitique globale. En matière de pétrole, une région joue un rôle considérable et fait de l'ombre à toutes les autres, c'est le Moyen-Orient. Mais l'Afrique et d'autres régions comme la mer Caspienne sont perçues par les pays consommateurs, les pays exportateurs et l'industrie pétrolière comme un moyen de diminuer leur dépendance vis-à-vis du Moyen-Orient et de sécuriser de nouveaux approvisionnements. Si on enlève le Moyen-Orient, qui est considéré comme politiquement risqué et instable, on voit tout suite la part très importante prise par le pétrole africain par rapport au reste du monde.
Quels sont les pays africains susceptibles d'accroître leur production pétrolière ?
En Afrique, il y a deux régions clés en termes de production et de réserves de pétrole, en l'état des connaissances actuelles des industries pétrolières : l'Afrique du Nord et le golfe de Guinée. Mais ça ne veut pas dire que l'Afrique du pétrole se résume à ces deux régions. Même si le reste du continent demeure sous-exploré, on a déjà trouvé du pétrole en Afrique centrale. Et notamment au Tchad, ce qui a donné lieu au projet de pipeline Tchad-Cameroun bien connu.
On en a trouvé en Afrique orientale. Le Soudan est ainsi devenu un pays producteur en 1999 et conserve une importante marge de progression. On parle beaucoup de pétrole en Somalie, même si ce pays est pour l'instant considéré comme difficile, compte tenu de l'insécurité généralisée qui y règne en l'absence d'un Etat qui puisse rassurer les opérations pétrolières.
Dans le golfe de Guinée, d'autres pays vont devenir producteurs, comme le Ghana. L'Afrique australe semble avoir davantage un profil « gazier » que pétrolier. On a trouvé du gaz au Mozambique, en Namibie, en Afrique du Sud. Mais là encore, rien ne dit qu'une exploration plus intensive ne donnera pas de bons résultats.
Le prix très élevé du baril de pétrole a-t-il joué un rôle important dans la rentabilisation de ces nouvelles réserves pétrolières en Afrique ?
Il est clair que les prix actuels encouragent l'exploration ainsi que le développement de réserves déjà connues mais considérées comme trop coûteuses. Cela dit, beaucoup de pays n'avaient pas besoin de cette hausse. Le Tchad n'avait pas besoin d'un prix aussi élevé pour rentabiliser son projet avec le Cameroun, qui a surtout été freiné pour des raisons politiques.
L'incidence de la hausse des prix dans le développement de projets est davantage déterminante dans le cas de pétrole « très lourd », c'est-à-dire difficile d'accès. Au Sénégal par exemple, qui n'est pas un pays producteur, on sait depuis longtemps qu'il y a du pétrole. Mais à des prix inférieurs à ceux d'aujourd'hui, il n'intéressait personne, parce son exploitation n'aurait pas été rentable. Globalement, à 80 dollars le baril, nous étions déjà dans des prix suffisamment incitatifs pour lancer les explorations dans toute l'Afrique que nous observons aujourd'hui.


