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Mer. 22 Mai
Portfolio | 24 photos

Fukushima (1/7): le dernier homme

En juin 2012, Mediapart publiait ce portfolio, travail du photojournaliste Antonio Pagnotta, qui durant neuf mois est régulièrement entré dans la zone interdite autour de la centrale de Fukushima au Japon. Il y avait rencontré un homme qui a refusé d'évacuer les lieux. Ce premier portfolio (d'une série de sept à retrouver ici) a donné lieu à un récit Le dernier homme de Fukushima, publié en mars 2013 aux éditions Don Quichotte.

01

4 juin 2011. Naoto Matsumura, 51 ans, est le dernier habitant de Tomioka, une commune proche de Fukushima, qui comptait quelque 17 000 habitants avant la catastrophe. Cet agriculteur refuse d’être évacué malgré la radioactivité.

02

4 juin 2011. Les troupeaux de vaches enfermées dans leurs minuscules enclos ont lentement expiré et les étables sont devenues des charniers de carcasses en putréfaction où les corbeaux se régalent.

03

4 juin 2011. Avant le séisme, le tsunami et la catastrophe nucléaire, la préfecture de Fukushima comptait 3 400 vaches, 31 500 cochons et 630 000 poules, selon le ministère de l'agriculture.

04

4 juin 2011. « Laisser agoniser des centaines d’animaux est un crime ! » s’indigne Naoto Matsumura.

05

9 juillet 2011. Quatre mois après la catastrophe, quelques plantes poussent encore dans la zone interdite, une surface de 20 km de rayon autour de la centrale Fukushima Daiichi.

06

4 juin 2011. La commission sur la sécurité nucléaire du Japon a donné les chiffres de la contamination radioactive : en dose externe accumulée durant la période du 12 mars au 24 avril, un adulte qui serait resté à Tomioka aurait reçu entre 10 et 50 millisieverts (mSv). En France, la limite autorisée pour l'exposition de la population est de 1 mSv par an.

07

4 juin 2011. Matsumura soigne ses abeilles : « Avant j’avais trente ruches, mais depuis l’accident nucléaire, il ne m’en reste que deux et les abeilles y produisent peu de miel. »

08

4 juin 2011. Matsumura refuse d’abandonner les animaux qui ont survécu à une agonie certaine. Chaque matin, il va de maison en maison pour nourrir les chats et les chiens restés sur place parce que trop sauvages pour être capturés ou trop agressifs pour être emmenés dans les refuges. Il nourrit aussi ses sangliers et ses cochons qui cohabitent avec une bande de chats.

09

10 juillet 2011. Au cimetière de la ville, Matsumura continue d'entretenir les tombes.

10

4 juin 2011. Face à l'océan Pacifique, d'où le 11 mars 2011 ont surgi des vagues de plus de 10 mètres de haut. Ce tsunami a été provoqué par un séisme d'une magnitude 9,0 survenu au large des côtes nord-est de l'île de Honshū. Son épicentre se situait à 130 km à l'est de Sendai, ville située à environ 300 km au nord-est de Tokyo.

11

2 novembre 2011. Naoto Matsumura sur les ruines de la maison d'un de ses amis, totalement détruite par le tsunami.

12

2 novembre 2011. Naoto Matsumura dans la maison d'un de ses amis montre une photo du front de mer de Tomioka avant qu'il ne soit complètement détruit par le tsunami.

13

2 novembre 2011. Naoto Matsumura a gardé son humour. Ici, dans la gare de Tomioka où les herbes ont envahi les voies ferrées, il fait mine d'appeler le conducteur d'un train qui n'arrivera plus jamais.

14

2 novembre 2011. Sur le green du club de golf de Tomioka, Matsumura feint de frapper une balle imaginaire.

15

2 novembre 2011. Dans un paysage aux couleurs automnales, le dosimètre indique 5 microsieverts par heure à 1,50 m du sol. Cela correspondrait sur une année à près de 44 fois la dose autorisée pour les populations.

16

2 novembre 2011. Dans la serre d'une ferme abandonnée, les vaches survivantes viennent se réfugier, la nuit.

17

29 octobre 2011. Cette autruche, baptisée Boss, est l'unique survivante de la ferme d'autruches de Okumacho. Naoto Matsumura la nourrit avec des aliments pour animaux.

18

2 novembre 2011. Dans la campagne de Tomioka, les vaches survivantes viennent se faire caresser. Au printemps prochain, les services vétérinaires de la préfecture de Fukushima procéderont à l'abattage de tous les animaux survivants dans la zone interdite de Fukushima. Naoto Matsumura affirme qu'il se battra pour l'empêcher. Il prend des photos pour documenter la survie des animaux, photos mises à disposition des médias.

19

2 novembre 2011. Dans un ancien élevage de poulets en batteries, des araignées de grande taille ont envahi les bâtiments, couvrant tout de leurs toiles.

20

2 novembre 2011. Un ami de Naoto Matsumura, scientifique de l'agence spatiale japonaise, a fait analyser les champignons ramassés autour de sa ferme. Ils concentrent entre 3 000 à 400 000 becquerels par kilo selon les variétés. Naoto Matsumura, qui comme tous les Japonais rafolle des champignons cuisinés, se contente aujourd'hui de les regarder et de humer leurs parfums. 

21

2 novembre 2011. Dans la forêt de Tomioka avec son chien Aki qui lui témoigne toute son affection.

22

12 février 2012. Un peu plus de trois mois plus tard, sa chienne, Aki, a donné naissance à cinq chiots.

23

12 février 2012. Dans la zone évacuée, il n'y a plus de distribution d'eau. Naoto Matsumura récupère celle qui vient de la montagne.

24

9 février 2012. Voilà onze mois que Naoto Matsumura vit seul dans la zone. Ce soir, il dîne d'une boîte de thon. Il n'y a plus d'électricité et il s'éclaire à la bougie.

Tous les commentaires

Emue...

Trsè Très émue ;. E.Gaudin

Merci pour le témoignage et les photos...

DANS LA VEINE FEMININE , je voudrai moi aussi dire un grand merci pour tout le regard du journalisme, mais dire aussi ma grande EMOTION face  à un homme NAOTO MATSUMURA , qui nous reconcilie avec le fait d' être un homme DEBOUT.

Que ce heros ai perdu son identité au cours de vos commentairs à tous m'etonne et je lui rends hommage quand a son grand courage de vivre parmi la mort , de vivre et de prendre soin des animaux survivants dans son environnement proche,   et je m'associe à sa revolte qui consiste a refuser que l'on veuille  abattre ceux -ci  sous  pretexte qu'ils ne sont lus ds les normes d'une societé qui ne prends même pas soin de ses propres concitoyens  !!

je le remercie pour cettegrande lecon d'humanité , un sage dans l'indifference generale!

merci pour votre commentaire; j y souscrit pleinement .

C'est cela être un homme. Quelle générosité, quelle gratuité ; et on le sent pleinement lui-même, en harmonie avec cette nature martyrisée mais ivante, malgré les morts, car leur trace est là.

En même temps, on voit que la vie a quelque chose d'indestructible, les abeilles, les chats, l'herbe, un chien, et qui sait même le golf !

Ces photos pour moi restituent au plus vrai les couleurs de ce qui existe encore et toujours dans l'informe des catastrophes.

Dans combien de temps Naoto Matsumura va déclarer sa leucémie ou son cancer?
Alors qu'il faudrait évacuer une zone beaucoup plus grande, rester dans une zone évacuée, ne semble pa sêtre une bonne idée, sinon pour le lobby nucléaire.

Pas si sûr... A l'époque de la peste tout le monde n'en mourrait pas. Même si on ne comprend pas pourquoi, des êtres survivent dans des conditions réputées invivables.

Il y a aussi :

- des mutations d'espèces survivantes dangereuses pour l'homme comme il est dit dans cette vidéo sur Tchernobyl
- d'autres incidents dans les centrales nucléaires (ex aux Etats-Unis
San Onofre reactors down indefinitely, power shortages possible this summer, By Lisa Brenner with AP)

- l' accumulation des effets de tous ces accidents :  Liste d'accidents nucléaires

 

 

 

C'est une très bonne idéeau contraire, il faut énormément de courage pour rester et pour témoigner contre les ravages du nucléaire et de ces "incidents"!A-t-il encore quelque chose à perdre? Je pense que ce monsieur dérange plus le lobby nucléaire que qui que ce soit d'autre. Dans ce paysage de mort c'est un magnifique hymne à la vie...

Naoto , ou les animaux qui y vivent , doit  savoir qu'il est condamné à terme et malheureusement la mort est déjà en lui et  pourrait faire encore plus d'effet ... une mort lente , lente !

Aux environs de Tchernobyl c'est un vrai parc naturel, des chevaux en voie de disparition y avaient été introduits juste avant l'accident nucléaire, ils se sont adaptés au point de se reproduire ce qu'ils ne faisaient pas en Autriche car ils filtrent la radio activité, des espèces animale (tigre par exemple) que l'on croyait disparues sont venues s'y réfugier.

Le danger est pour l'homme et surout sa progéniture, les enfants dans un rayon de 200 à 400 km ont des os en verre...quand ils naissent viables.

Dernier point l'herbe rousse en novembre, ce n'est pas anormale.

complètement irréel , spectacle apocalyptique de fin du monde...!  merci pour ce témoignage en photos .... cela devrait servir de leçons à nous tous , lobby nucléaire et gouvernants compris !

Bouleversant

Quel témoignage phtographique ! C'est à la fois émouvant et terrifiant.

J'espere que les autorités japonaises proposent des aides a cet homme si généreux .....

Magnifique et terrifiant reportage de fin du monde.....Naoto Matsumura garde son humour ce qui dédramatise la situation.....à diffuser au plus grand nombre.............et aux défenseurs du nucléaire

A l'heure où un capitaine de croisière déserte son navire en perdition chargé de passagers, Naoto Matsumura est un modèle d'humanité, merci pour tout, Antonio Pagnotta

La résilience est aussi possible avant que n'arrive la catastrophe :

Manuel de Transition De la dépendance au pétrole à la résilience locale

Rob Hopkins
Préface de Serge Mongeau

En partenariat avec les Éditions Écosociété
Télécharger le dossier de presse.

une grande leçon d'humilité!

Dommage qu'il soit impossible de voir les photos sur l'app iPhone !

en effet, quel terrible manquement.

Merci pour ce terrible et si émouvant reportage

Un autre monde.  

merci pour ces photos pleines de sensibilité et qui nous donne à réfléchir sur le courage et la volonté des hommes qui ont la volonté de s'en sortir et nous domment un message d'espoir. dans l'avenir

Reportage bouleversant et en même temps ,je ne peux qu'admirer cet homme qui encourage la vie dans ce lieu si dangereux. Je le plains de risquer ainsi sa vie . C'est terrible de penser que chez nous il y a tant de centrales nucléaires ,et c'est un leurre de croire qu'une catastrophe n'arrivera jamais!

Ça rappelle Tchernobyl, et cela n'aura pas plus d'effet sur les mentalités des industriels, politiciens et citoyens lambdas.

Cela n'arrive qu'aux autres et les Français sont bien plus malins : la preuve ils n'ont pas construit de centrales dans des zones régulièrement exposées aux tremblements de terre et aux tsunamis... seulement dans des zones directement exposées à tous les terrorismes (que l'on maîtrise parfaitement ainsi que l'affaire Merad nous l'a demontré) !  

Désolé de vous decevoir, mais plusieurs centrales françaises sont également construites dans des zones sismiques, d'autres dans des zones inondables, d'autres encore - ou les mêmes - en proximité des sites industriels Seveso (un accident simultanné sur un de ces sites et la centrale atomique voisine pourrait être très difficile à gérer).

A part cela, une bonne partie des accidents des centrales est due à des erreurs humaines. C'était le cas à Three Mills Island (USA), à Tchernobyl (Ukraine)... quant à Fulushima on en a commis lors de la construction de cette centrale, puis, lors de l'accident, les erreurs humaines ont aggravé la situation.

Savez-vous, par exemple, que la plus grande centrale française, celle de Gravelines, est restée pendant une année sans aucun système d'alerte de sécurité? Il a été débranché lors de l'entretien, les ouvriers ont oublié de le rebrancher et ne s'en sont apperçu qu'une année plus tard...!

Pour suivre l'actualité de Fukushima, regardez www.gen4.fr

 

 

Intéressant.

Pour le reste, je sais bien que l'on n'est pas à l'abri de catastrophes naturelles, même si on les cumule moins qu'au Japon.

Quant à l'erreur humaine, elle est le propre de l'homme, et l'électronucléaire est déjà en lui-même une erreur humaine.

"Une bonne partie des accidents des centrales est due à des erreurs humaines"...

Evidemment! Tous les accidents de centrale nucléaire sont dus à la mise en oeuvre, décidée politiquement par référence aux valeurs de la société capitaliste mondialisée, d'une technologie:

- insuffisamment maîtrisée par ceux qui s'en proclament spécialistes et décideurs, qui en ont confisqué la mise en oeuvre, l'évaluation, la sécurité et la valorisation

- qui repose sur la condamnation d'aires spatiales et temporelles à des traitements exceptionnels, sécuritaires, attentatoires au statut public de bien humain commun de l'espace, du sol, du sous-sol.

- qui suppose une spoliation de la communauté... au bénéfice du complexe techno-industriel capitaliste.

et le moment venu est indifférente à la vie et à la liberté.

Tout y est "erreur humaine".

 

 

je suis sûr que Kad ne t'en voudra pas.

Très bouleversant reportage photo qui montre d'une part des images de fin du monde entre solitude et désolation mais qui d'autres part font naître l'espoir à travers l'oeuvre de cet homme qui a décidé de se sacrifier pour sauver sa région de la désertification.En tant que témoin il est aussi le symbole du combat des japonais contre le nucléaire.Espéront qu'il vive assez longtemps pour voir ce combat gagné.

Notre monde va t il finir ainsi ?

"Reportage photo dans la zone contaminée / Fukushima : le dernier homme"...

Complaisance dans la mélancolie, le triste, le morbide, ou les soi-disants bons sentiments : complaisance. Et la complaisance est à mes yeux un crime.

Quelle belle gaieté, pour commencer la semaine...

En fait - dans les faits réels -, de quoi empoisonner - véritable poison à avaler -, les Mediapartiens.

Les abstentionnistes rejettent tout cela. Et comme ils ont raison.

  

Entièrement d'accord avec vous, l'esthétisme des photos met au même niveau les ravages du tsunami et la catastrophe nucléaire qui est, elle, produite par l'incurie du gouvernement au pouvoir

Complaisance dans la mélancolie? Venez vous tremper dans les ambiances post industrielles, et vous verrez que ce n'est pas si simple

Mediapart devrait prendre conscience, qu'il distille quotidiennement de la mort fine. Il y a une toute autre façon, selon moi, de faire du journalisme, n'allant pas dans la complaisance ni dans la dénonciation, mais dans la juste énonciation.

@ Mithra-Nomadeblues_    Selon moi ce reportage assume sa propre subjectivité. Il ne s'agit en aucun cas d'une étude. Après, à chacun d'aller chercher l'info - avec internet la pluralité de l'info est accessible à tous -, de vérifier la pertinence des propos tenu par quelqu'un qui n'a besoin de s'investir d'aucune autorité particulière pour s'exprimer. Restent les photos, avec ses désolations mais aussi l'humour de Matsumura et son combat pour la vie : une réalité que vous ne trouverz pas forcément dans cet "autre journalisme" que vous ne nommez pas.

et donc, tu travailles pour quel journal ?

genre Détroit !

J'ai été tellement impressionnée par le HORS propos de vos propos que je suis allée voir un peu plus loin pour comprendre votre PROBLEME.

Que l'histoire de cet homme, Naoto Matsumura, ne vous ait inspiré que de tels propos en dit long sur vous-même. Vous qui aimez les mots serez sans doute intéressée. Le dictionnaire Robert donne 4 définitions du mot complaisance. Celle que vous utilisez correspond à la dernière : sentiment dans lequel on se complait par faiblesse, indulgence, vanité; contentement, délectation. Si je me trompe, vous aurez sans doute l'obligeance, la complaisance (1ère définition) de me le signaler... Oui ? Non ?

Bref, vous écrivez "belle gaieté" pour faire de l'ironie mais elle est ratée. Votre belle gaieté est plutôt la marque d'un égocentrisme forcené, d'une totale insensibilité et d'une tristesse intérieure indicible.

... "De quoi empoisonner les Mediapartiens". Qui êtes-vous pour vous permettre de penser à la place des autres ? Personnellement, je me sens plutôt dés-altérée de lire Mediapart. Le "quoi" en question ? C'est vous-même. Un risque pour les autres.

Enfin, vous parlez des abstentionnistes... ??? Un égarement de votre part, sans doute.

Vous êtes un danger ambulant, une erreur de la nature. Vous me faites penser (cela va peut-être vous flatter... à votre aise!) à celle qui a écrit Belle et Bête, le livre sur DSK. Je ne me souviens plus de son nom.

Je ne vous souhaite rien. Vous avez déjà tant pour vous!

J'ai oublié le principal, la conclusion.

Vous refusez toute complaisance mais vous en acceptez une malgré tout :  celle que vous avez pour vous-même. 

Vous vous délectez de vous-même, c'est un fait, une réalité, révélés dans vos propos.

Ce pourrait demain être des images du PACA

Pas que... les centrales n'ont pas besoin de tremblements de terre ou de tsunamis pour être dangereuses : un simple employé dépressif comme chez France Telecom peut bien décider de s'immoler par le feu nucléaire pour se venger de ce monde definitivement cruel !

Si la machine est difficile à contrôler, l'homme lui est incontrôlable (même si à Polytechnique ou à l'ENA on leur apprend les techniques leur laissant croire qu'il l'est). 

FORT ET INDISPENSABLE!

A rabacher sans cesse!

Naoto Matsumura, quelle classe !

Grâce à la catastrophe de Fukushima, quelques animaux de ferme jadis enfermés/engraissés dans des enclos/cachots répugnants en attendant l'abattage, auront pu gagner quelques mois de liberté au grand air.

Merci pour eux, Naoto Matsumura ...

Du témoin martyre au témoin kamikase... est-ce ainsi que les hommes vivent.

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