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Sam.28 mars 201528/03/2015 Édition de la mi-journée

Jérôme Cahuzac et l'injure faite à la nation

|  Par Antoine Perraud

M. Cahuzac reconnaît devant les juges les faits révélés par Mediapart. En mentant hier à la représentation nationale, il a fait sombrer davantage la Ve République dans la régression démocratique. Leçons d'un parjure.

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Jérôme Cahuzac doit être entendu, sur sa demande, par la justice afin d'avouer ses comptes à l'étranger. Il a perdu son poste de ministre du budget. Il a également gaspillé son honneur. Non pas avec ce message (tweet) à sa façon qui, en décembre, accueillait les informations de Mediapart concernant ses manigances helvètes, si peu faites pour donner l'exemple en nos temps de crise et de rigueur.

Ce n'est pas non plus avec ces propos de matamore tenus au micro de RTL, face à un Jean-Michel Aphatie moins préoccupé par la lune que par le doigt qui la montre : Mediapart, le journal osant déranger l'ordre établi des Assis, l'ordre de ceux qui psalmodient depuis des siècles : « Le Roy ne saurait mal faire »...

La très grande faute de Jérôme Cahuzac, c'est bien cette déclaration solennelle, à l'Assemblée nationale, le mercredi 5 décembre 2012, lors des questions au gouvernement, suite à une interpellation de l'UMP Daniel Fasquelle : « Je n'ai pas, Monsieur le député, je n'ai jamais eu de compte à l'étranger, ni maintenant, ni avant. »


Dans quel mépris Jérôme Cahuzac tient-il la représentation nationale ! En notre Ve République finissante et furieusement “monarchienne”, bien des commentateurs ont eu un seul critère en tête : le ministre avait juré de son innocence, les yeux dans les yeux, lors d'un tête-à-tête avec François Hollande. Nous étions là dans l'ordre symbolique et magico-religieux de l'Ancien Régime, quand les princes n'avaient de compte à rendre qu'à Dieu...

Or nous sommes en République. Mentir au Président lors d'un conciliabule n'est pas un crime. Mais mentir au Parlement est une forfaiture. Que pensent de tout cela les ministres ainsi pris en otages le 5 décembre dernier à l'Assemblée nationale ? Comment réagissent les députés ainsi maltraités, floués, outragés ? Et les citoyens ne sont-ils pas en droit de s'offusquer, face à cette dégradation de la parole publique de la part d'une élite prompte à ravaler toute contestation au rang de populisme ?

Ce qu'a commis Jérôme Cahuzac relève du blasphème laïque et républicain : c'est un parjure. C'est la négation du principe de responsabilité, gage de la démocratie. Le ministre du budget a voulu étendre sur lui cet indécrottable principe d'irresponsabilité, dont est chez nous paré le chef de l'État (sauf en cas de haute trahison). En s'arrogeant une telle puissance, le ministre menteur s'est livré à un coup de force régressif. Il a sapé la démocratie en retrouvant les vieux réflexes antidémocratiques français, quand Napoléon III justifiait, en 1852, que son action fût « libre et sans entrave ». Le peuple doit consentir et la presse se taire, pour ne laisser toute décision et toute action qu'à la libre appréciation des principaux intéressés : ces dirigeants qui ne font guère cas d'un Parlement croupion !

Il faut en revenir au droit politique, il faut réinventer le contrôle démocratique des erreurs de nos gouvernants de rencontre. Il faut, toute honte bue, s'inspirer du Royaume-Uni voire des États-Unis d'Amérique. Des commissions d'enquête dignes de ce nom y sont diligentées. Et le parjure de M. Cahuzac y serait, à juste titre, sévèrement sanctionné.

Pas de pouvoir sans responsabilité politico-judiciaire, voilà ce qu'exige le constitutionnalisme démocratique.

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