live
Mediapart Live

Offre exceptionnelle d'abonnement à Mediapart jusqu'à minuit

Profitez de l'offre 6 mois d'abonnement à Mediapart pour 20€ seulement, au lieu de 54€. En cadeau, le film Looking for Eric à télécharger.

ABONNEZ-VOUS

Mediapart
Jeu.31 juillet 201431/07/2014 Dernière édition

Cécile Wajsbrot: «L'art peut se raconter comme une histoire»

|  Par Christine Marcandier

Cécile Wajsbrot écrit depuis 2007 un cycle nommé Haute Mer, qui interroge la place de l'art dans le monde. Alors que paraît le troisième roman du cycle, Sentinelles, la romancière revient, dans un long entretien, sur cette œuvre singulière et envoûtante.

Partage

Pour rencontrer Cécile Wajsbrot, chez elle à Paris, il faut emprunter un escalier à l'écart, raide, monter sous les toits. Là, beaucoup de livres et de lumière, et du silence. L'écrivain évoque sa vie en équilibre entre Paris et Berlin, ses romans, ses traductions. Et Haute Mer, ce cycle sur l'art qui compte désormais trois tomes : après Conversations avec le maître (2007) et L'Île aux musées (2008) paraît Sentinelles, aux éditions Christian Bourgois, qui accompagnent ce dernier opus de la réédition en poche des deux premiers volumes. (Voir l'entretien en vidéo en page 5 de cet article)

Cécile WajsbrotCécile Wajsbrot
Haute Mer est une série autour de l'œuvre, sa création comme sa réception. Chaque roman est consacré à un art différent : la musique (Conversations avec le maître) ; la peinture et la sculpture (L'Île aux musées) ; la vidéo (Sentinelles). L’art unifie les romans parus et à venir : les personnages principaux en sont des artistes fictifs dont Cécile Wajsbrot imagine l’univers et les œuvres, dans cet entre-deux qui semble gouverner sa vie comme son œuvre.

Cécile Wajsbrot est en pleine écriture du suivant. Sans doute sera-t-il centré sur des images et des notes, interrogation oblique de l'écriture. Haute Mer est une navigation au long cours mais aussi une dérive, à la conquête du roman, défini comme « un espace à conquérir, une Amérique dont les frontières ne cessent de reculer ». Ce qui explique le choix de ce « titre métaphorique qui n’engage pas un contenu mais qui écarte la tentation de revenir au port ».

Les romans du cycle Haute Mer sont des dialogues – jusqu’au chœur de voix de Sentinelles – et des rencontres – Paris-Berlin, deux couples dans L’Île aux musées – autour de personnages anonymes en quête d'un absolu du désir. « Nous sommes tous à la recherche de quelque chose qui nous dépasse, disait le maître », est la dernière phrase de Conversations qui fait retour dans Sentinelles :

« Et pourtant nous cherchons
— Tous
— À saisir
— Quelque chose qui nous dépasse
 »

Les romans du cycle ne passent pas d'un art à un autre : la musique au centre du premier tome revient via la bande-son des vidéos du troisième. Les formes irriguent chaque récit, selon des vagues, un travail de répétition et distorsion – des « reflets / démultipliés / Réfléchissant à l'infini / comme des sons répercutés » – qui articulent collectif et individuel, recherches ontologique et artistique, dans le dédale de la mémoire, le lacis des mots.

Partage

L'entretien avec Cécile Wajsbrot a eu lieu chez elle, à Paris, le 4 février 2013. Le titre de cet article, « L'art peut se raconter comme une histoire », est une citation extraite de L'Île aux musées (éd. Christian Bourgois, “Titres”, p. 89).