Il y a vingt-quatre ans, une jeune journaliste italienne obstinée et amoureuse d’un livre est venue frapper à la porte de Marguerite Duras. Elle a renoncé au magnéto comme aux notes, écouté, retranscrit chaque nuit. Pendant deux ans, selon libertés et horaires de trains. Grâce à René de Ceccatty, ces 160 pages où Marguerite Duras tantôt dynamite la logique biographique, tantôt accepte de jouer le jeu, ment et dit le vrai de son écriture, sont aujourd’hui publiées en français. Entretien avec Leopoldina Pallotta della Torre en vidéo.
Cécile Wajsbrot écrit depuis 2007 un cycle nommé Haute Mer, qui interroge la place de l'art dans le monde. Alors que paraît le troisième roman du cycle, Sentinelles, la romancière revient, dans un long entretien, sur cette œuvre singulière et envoûtante.
Fanny Chiarello est fascinée par les fins et les disparitions. Après L'Éternité n'est pas si longue, elle publie Une faiblesse de Carlotta Delmont, art de la fugue et cartographie de ses « paysages mentaux habituels ».
Huit récits qui n’en font qu’un, un kibboutz en clair-obscur, des désirs et bien plus de renoncements, un petit chef-d’œuvre narratif, économe de ses moyens, ironique et empreint d’une nostalgie pour un rêve, décrit au moment où précisément il s’émiette. Amos Oz, de passage à Paris après s’être beaucoup investi dans les élections israéliennes, parle de son livre Entre amis, du kibboutz où il a vécu trente ans, et bien sûr, de politique.
Trois romans remarquables viennent de paraître : Fin de mi-temps pour le soldat Billy Lynn, Le Livre de Jonas et Yellow Birds. Ils illustrent combien la fiction permet de mettre le réel en perspective. Lectures, entretiens et extraits.
Plusieurs livres racontent et questionnent la guerre américaine en Irak par le biais de la fiction. Parmi eux, Mission accomplie de Nick McDonell, écrivain et journaliste au Time, qui analyse la question de la représentation des conflits, de leur couverture médiatique comme celle de l'engagement littéraire. Rencontre vidéo.
Michèle Audin, fille de ce jeune militant communiste mort à Alger entre les mains de l’armée française en 1957, mathématicienne, membre de l’Oulipo, publie Une vie brève, petit chef-d’œuvre de concision évocatrice, qui à partir d’une liste de courses parvient à dire une époque, un parcours politique, un père.
Résistante, déportée, engagée toujours, écrivaine plus souvent honorée à l’étranger qu’en France, depuis sa mort en 1985: Charlotte Delbo. Pour le centenaire de sa naissance, plus de vingt manifestations lui rendront hommage, en France et en Europe. En ouverture, une biographie publiée par les éditions Fayard, raconte cette fille d’émigrés italiens qui fut aussi assistante de Louis Jouvet et Henri Lefebvre, et dont la vie, comme l’œuvre, célèbre la solidarité.
Liao Yiwu était un poète beatnik. Quatre années d'emprisonnement, dix ans d'écriture, d'interpellations, de solitude l'ont transformé en dissident. Puis en exilé au verbe haut. Son livre, Dans l'empire des ténèbres, raconte les sans-grade d'un terrible système pénitentiaire et l'envers du décor de la Chine nouvelle. Entretien vidéo et bonnes feuilles.
Jeffrey Eugenides poursuit une œuvre sans concession : vingt ans après Virgin Suicides, dix ans après Middlesex, l'écrivain américain publie Le Roman du mariage. Où l'on apprend que « la lecture est une chose dangereuse et très puissante ». Rencontre vidéo et lecture des premières pages du livre par l'auteur.
Bruit et fureur autour de Belle et Bête (Stock), le récit de Marcela Iacub. Elle décrit, avec égarement et précision, lucidité clinique et insanité grinçante, sa relation avec un cochon jamais nommé Strauss-Kahn. Celui-ci, atteint dans sa dignité, poursuit en justice et obtient un encart. Compte-rendu de l'audience et du livre...
En 1913, à la veille de la Grande Guerre, paraissent deux œuvres poétiques majeures de la modernité : Alcools d’Apollinaire et La Prose du Transsibérien et de la Petite Jehanne de France de Cendrars. Placées sous le signe de l’ouverture au monde entier, on leur reconnaît pourtant peu d’héritiers directs en langue française. On peut même comme le poète Jacques Darras parler d’une tradition « inexplicablement interrompue ».
Retour de l’écrivain, vingt- trois ans après son départ, dans la ville-mère. Son nouveau récit Lumières de Pointe-Noire (Seuil) est un « film congolais », drôle, complexe, déchiré, dont l’écrivain parle superbement, en vidéo. Extrait du livre en fin d'article.
Jonathan Dee construit sans doute l’une des œuvres les plus stimulantes de la scène littéraire américaine (Les Privilèges, La Fabrique des illusions). Pour lui, « les romanciers écrivent en opposition au récit majoritaire, à la culture dominante, ils œuvrent à une contre-culture».
Dans Les Étrangers, Sándor Márai, mort en 1989, raconte la France de l’entre-deux-guerres : amour déçu, xénophobie rampante et Bretagne magnifiée. Dans son journal 2001-2003, Imre Kertész reçoit le Nobel, quitte Budapest pour Berlin. Langue superbe de l’un, exigence à vif du second, ils nous parlent de l’autre Europe, celle de l’esprit et de l’échange, mise à mal par le totalitarisme, le tout-économique ou la tentation du repli.
Embarras et excuses en haut lieu: Péter Esterházy, multi-primé, traduit en plus de vingt langues, a été censuré par une radio hongroise. En fond, la reprise en main de la culture par le gouvernement Orbán. En fond aussi, l’immense talent de l’écrivain qui, dans Pas question d’art, tire le portrait d’une Hongrie déconstruite et vivante.
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