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Sam.28 mars 201528/03/2015 Édition de la mi-journée

Printemps: les millions de commissions promis par le Qatar

|  Par martine orange

Les pratiques qui entourent la cession des grands magasins au Qatar s'apparentent de plus en plus à celles qui entourent les contrats d'armement. Pas loin de 600 millions de commissions prévues. Mediapart révèle de nouveaux documents.

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Pourquoi le Qatar, qui se présente comme un pays moderne et qui bénéficie d’une convention fiscale hors norme en France, éprouve-t-il le besoin d’aller cacher une opération aussi symbolique que le rachat du Printemps en passant par des méandres de sociétés écrans au Luxembourg, prête-noms et intermédiaires de tous ordres ? Au fil de l’avancée du dossier, la question se pose avec de plus en plus d’acuité. Car ce qui devrait relever d’une simple transaction financière et immobilière emprunte de plus en plus à des pratiques, que l’on espérait révolues, des contrats d’armement.

Début février, Mediapart avait révélé les curieuses conditions dans lesquelles le groupe Borletti, actionnaire à 30 % du Printemps, envisageait de céder pour 1,6 milliard d’euros la totalité de la chaîne de grands magasins à la société French Properties, émanation du fonds personnel de l’émir du Qatar, Hamad bin Khalifa al-Thani (lire notre article: Au bonheur du grand capital). Dans un premier temps, le groupe Borletti avait démenti nos informations, en affirmant qu’il resterait bien actionnaire, se faisant seulement aider par un groupement d’investisseurs pour reprendre la participation de 70 % détenue par son partenaire, le fonds RREEF, géré par la Deutsche Bank.

La fiction n’a pas tenu un mois. La semaine dernière, les représentants du groupe Borletti ont reconnu, lors d’un comité central d’entreprises, qu’ils allaient bien vendre la totalité du Printemps. Mais officiellement, le fonds personnel de l’émir du Qatar n’est toujours pas le repreneur. C’est une société luxembourgeoise, Disa – acronyme de Divine investments SA, les financiers ont aussi leur petit coin de poésie –, regroupant des investisseurs qataris et autres, qui se porterait acquéreur de l’ensemble des grands magasins.

Une bien étrange société qui a tout de la coquille vide, au moins pour l’instant, comme l’ont découvert les syndicats du Printemps qui, depuis quelques semaines, s'initient à vitesse accélérée aux mœurs du monde des affaires. Cette société a été créée au sein d’une étude notariale comme le Luxembourg en recèle des centaines, le 14 février dernier (lire, ici, l'intégralité des statuts en version française). Alors qu’elle envisage de réaliser une acquisition d’au moins 1,6 milliard d’euros, cette structure n’a qu’un capital de 31 000 euros, entièrement détenu par une société écran, SGG, domiciliée dans la même étude. Derrière, on retrouve, toujours, le Qatar. La confusion entre le fonds souverain du Qatar, la cassette personnelle de l’émir, celle de sa seconde épouse Moza bint Nasser al-Misnad, et celle de son premier ministre Hamad bin Jassem al-Thani, étant totale, il est difficile de définir quelles sont les parties prenantes réelles de cette société.

Aux côtés de deux administrateurs prête-noms, domiciliés à l’étude du notaire – une pratique très florissante et très rémunératrice dans les paradis fiscaux –, deux administrateurs qataris ont pris place. Selon nos informations, l’un d’entre eux, Victor Nazeem Agha, est dirigeant d'une société en Belgique où la gérante de French Properties, Chadia Clot, siège comme administrateur. Interrogée par Mediapart, cette dernière nous a déclaré n’avoir aucun lien avec la société Disa, et s'est étonnée de voir mentionner sa proximité avec un des administrateurs de Disa. Avant d’ajouter que les informations sur le rachat du Printemps nous seraient données dans quelques semaines. Incidemment, elle reconnaît ainsi être au courant de toutes les tractations sur le rachat du Printemps.

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