Trois mois que les Hautecœur n'étaient pas rentrés dans cette maison qui leur pourrit la vie, un rez-de-chaussée au centre-ville. Rien à faire, les fissures se sont encore agrandies. Elles éventrent le mur de la cuisine, ont déchiré le papier peint jaune aux dessins naïfs. En haut, dans la grande pièce, une faille large comme le poing court le long du mur. Dans la cour, des lézardes partout. Sonia et Jean-René Hautecœur ont acheté une maison qui s'écroule. Lors de la vente, en juin 2008, ils n'avaient rien vu. Contacté, l'ancien propriétaire a nié, «vous n'allez pas faire des histoires pour quelques fissures». L'huissier qui est venu constater l'état de ruine leur a dit : «Vous vous êtes bien fait arnaquer.»
La maison a été classée en “péril imminent”. Ils ne l'habiteront jamais. «Acheter une maison, c'était notre rêve depuis longtemps, dit Sonia. On voulait une maison pour nos enfants, avoir un but. Mais aujourd'hui, c'est même plus une maison, c'est une ruine, un château de cartes.» 100.000 euros sur trente ans, empruntés à taux variable, partis en fumée. A moins qu'ils n'obtiennent l'annulation de la vente au tribunal. Depuis deux ans, Sonia ne dort plus. Elle a les yeux rougis par les soucis, la fatigue, le découragement.
Au Cateau-Cambrésis, l'insalubrité des immeubles du centre-ville est un fléau. La faute à la pauvreté. Dans cette petite ville du Nord, 7000 habitants au cœur d'un territoire rural, la crise ne date pas d'hier. Le travail manque : 25% de chômage. La population, peu qualifiée, est peu mobile. «C'est une culture», déplore Roger Vandrepotte, directeur territorial de Pôle emploi, héritée du temps pas si lointain où les villages vivaient en quasi-autarcie. Comme Sonia et son mari, un habitant du Cateau sur cinq vit au-dessous du seuil de pauvreté. En France, ils sont huit millions. (détails sous l'onglet Prolonger)

