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Les Dubois (photo) sont sacrément contents de l'aubaine. A Walincourt, ils ont trouvé le logis idéal pour abriter leurs cinq enfants. Plus grand, moins cher. A Douai, en ville, la location de leur maison coûtait 780 euros. Ici, c'est 540 euros, une bonne partie payée par la Caf (Caisse d'allocations familiales). Le propriétaire, Michael Delœuvre, leur a même promis une maison en travaux dans la cour. «On peut lui demander ce qu'on veut, dit Frédéric Dubois. Il est allé avec nous à Brico Dépôt pour qu'on choisisse la cuisine! Et comme je n'aime pas les plaques à induction, il a promis de faire installer une cuisinière à gaz.» Comme eux, plusieurs familles viennent de s'installer au 7, rue de Cambrai, en plein centre de la bourgade. En majorité, des familles pauvres ou des mères seules, inactives et bénéficiaires du RSA, arrivées de Cambrai, Aniche, Douai ou même Arras, à plus de 60 kilomètres.
D'habitude, la pauvreté des campagnes est cachée. «Taiseuse», dit un rapport récent du ministère de l'agriculture qui a étudié le phénomène (voir sous l'onglet Prolonger). Dans la région, elle touche pourtant un rural sur cinq. A Walincourt-Selvigny, avec cette colonie de pauvres en plein centre-ville, elle éclate au grand jour. Et elle dérange. «Des cas sociaux...», lancent des habitants, comme si la présence de ce voisinage les dévalorisait. Le patron du bar: «Dans le village, ça commence à ronfler.» On jase. «Il paraît que c'est terrible là-dedans», dit une travailleuse sociale qui n'y a jamais mis les pieds. Derrière ces commentaires, une peur: que leur campagne devienne un lieu de relégation pour les pauvres exclus de la ville...
Avant d'emménager, Frédéric Dubois et son épouse Cécile ne connaissaient même pas Walincourt-Selvigny, 2047 habitants, gros village un peu à l'écart de la route qui mène du Cateau (Nord) à Saint-Quentin (Aisne). Ils en ont entendu parler par une amie d'enfance de Cécile, qui vit désormais au rez-de-chaussée. Quelques mois après, l'été dernier, ils emménageaient.
Le propriétaire, Michael Delœuvre, ne connaissait pas non plus. Originaire de Cambrai, à 15 kilomètres, il a découvert le magnifique bâtiment de briques en vente dans une agence immobilière: l'ancienne usine Miersman, un des fleurons régionaux du textile, délocalisée en 1988 (elle a finalement disparu en 2009, terrassée par la crise). Issu «de la basse classe» comme il dit, Delœuvre a racheté un premier bâtiment en 2005, puis un second, en passe d'être terminé. Celui dans lequel les Dubois habitent désormais.


