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Lun.20 octobre 201420/10/2014 Dernière édition

Marine Le Pen en plein conflit d'intérêts au Parlement européen

|  Par Ludovic Lamant et Marine Turchi

La présidente du FN salarie depuis deux ans comme assistant à Strasbourg le numéro deux de son parti, à qui elle verse plus de 5 000 euros en brut par mois, pour un temps partiel. Problème, Louis Aliot est aussi son compagnon. À l'été 2012, les services du parlement européen ont tiqué. Ils ont également tiqué sur l'emploi comme assistant pendant la campagne présidentielle de Florian Philippot, qui était, tout comme Aliot, directeur de campagne.

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Au Front national, les liens politiques, financiers et familiaux s’entremêlent, à la lisière de la légalité. Alors qu'elle n'a de cesse de dénoncer le népotisme et les conflits d'intérêts de la classe politique, Marine Le Pen salarie depuis l'été 2011 comme assistant au parlement européen son compagnon et numéro deux du parti, à qui elle verse plus de 5 000 euros brut par mois, pour un temps partiel. Aux yeux de l'institution, l'embauche de Louis Aliot pose question, à plusieurs titres : d'après nos informations, la présidente du FN a dû répondre, à l'été 2012, à une enquête des services financiers du parlement. 

Selon le contrat de travail, signé à Nanterre le 1er juillet 2011 entre Marine Le Pen et Louis Aliot, et que Mediapart s'est procuré (voir ci-dessous), le vice-président du FN est rémunéré à hauteur de 5 006,95 euros brut. Une somme particulièrement généreuse, alors que Louis Aliot n'est ici employé qu'à temps partiel : 17,5 heures par semaine (voire, parfois, « 19,25 heures par semaine, heures complémentaires comprises »).

 


Cette embauche a attiré l'attention du Parlement européen l'été dernier. Selon nos informations, les services financiers de l'hémicycle ont demandé, dans un courrier daté du 25 juillet 2012, des explications à la présidente du FN sur le contrat, en s’appuyant sur l'article 43 d'un règlement du Parlement européen entré en vigueur en juillet 2009. Celui-ci stipule que l'enveloppe mise à disposition par le parlement, pour chaque eurodéputé, ne peut pas « financer les contrats permettant l'emploi ou l'utilisation des services des conjoints des députés ou de leurs partenaires stables non matrimoniaux ».

Marine Le Pen s'est défendue, dans un courrier daté du 18 septembre 2012, que le Front national nous a transmis. Elle refuse de considérer Louis Aliot comme un « conjoint » ou « partenaire stable non matrimonial ». « Je ne suis ni mariée à Louis Aliot, ni liée avec lui par un Pacte civil de solidarité (PACS, ndlr), ni par une déclaration fiscale commune, ni par un quelconque statut reconnu par l’État français, toujours au titre de l’article 58 » des mesures d’application du statut des députés au Parlement européen, écrit-elle.

Si Marine Le Pen et Louis Aliot ne sont effectivement pas mariés, ils ne cachent pas leur relation. Pendant la campagne présidentielle de 2012, le couple a posé dans Paris Match, et s'est exprimé sur le sujet dans plusieurs médias (exemples dans l’émission de Thierry Ardisson, dans Le ParisienRue89, ou encore Le Nouvel Obs).

L'article paru dans Paris Match (février 2012).L'article paru dans Paris Match (février 2012). © Capture d'écran Paris Match
 

Plus problématique encore, Marine Le Pen est liée à Louis Aliot au sein d'une société civile immobilière (SCI) qui lui a permis d'acheter en 2010, avec son compagnon, une maison à Millas, près de Perpignan, où Aliot, docteur en droit, a installé son cabinet d'avocat. Voici le document, où la présidente du FN apparaît sous son prénom d'état civil, Marion : 


Contacté, Louis Aliot se défend avec les mêmes arguments que Marine Le Pen. Il plaide le caractère juridiquement informel de sa relation avec elle et estime donc n'être « pas concerné par ce texte ». Quant à l'existence de la SCI détenue en commun, il se contente d'affirmer que sa « situation de copropriétaire » – « Millas étant ma résidence principale » – est « connue par le Parlement européen et évoquée dans son courrier » et qu'elle « n'a aucune incidence ». Il estime que le Parlement « a entériné la validité » de son contrat, puisqu'il n'a effectué aucune réclamation supplémentaire depuis l'échange de courriers avec Marine Le Pen l'an dernier.

Pour Gérard Onesta, un ancien vice-président du parlement européen, qui fut l'un des principaux rédacteurs du statut des assistants aujourd'hui en vigueur, le texte est « fluctuant » en ce qui concerne les règles sur l'embauche de son partenaire comme assistant : « Nous ne voulions pas faire la "police des braguettes" – c'est l'expression qui avait été utilisée dans les débats à l'époque. Nous avons donc décidé que l'on renvoyait aux règles légales en vigueur dans le pays dont est originaire l'eurodéputé. » Un flou juridique qui profite au couple Le Pen-Aliot. 

L'existence d'une SCI en commun confirme en tout cas que Marine Le Pen et Louis Aliot sont aussi liés financièrement, à travers cet achat, au regard de la loi française. Mais là encore, Aliot nie tout conflit d'intérêts : « Ce serait un conflit d’intérêts si ce n’était pas une SCI », plaide le vice-président du FN, sans en dire davantage (lire notre boîte noire).

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Sollicitée par l'intermédiaire de sa directrice de cabinet et d'Alain Vizier, le directeur de communication du FN, Marine Le Pen, en vacances, n'a pas donné suite à notre demande. 

Les vice-présidents du FN Louis Aliot et Florian Philippot, Ludovic de Danne (conseiller aux affaires européennes de Marine Le Pen) et Charles Van Houte (assistant accrédité de Marine Le Pen au Parlement européen), ont été joints les 15 et 16 juillet.

Joint sur son portable, Louis Aliot a dans un premier temps évoqué un décret de 1991 régissant la profession d'avocat qui le placerait dans un régime spécial, tout en refusant d'expliquer en quoi ce décret, de droit français, le dédouane de respecter les règles fixées par le parlement européen « Je n’ai pas à répondre à ce genre d’argumentation qui relève de la Gestapo. Dans ma famille, on a beaucoup souffert de la Gestapo et c’était des gens comme vous, exactement pareil. J’attendrai votre article pour y répondre point par point, y compris devant les tribunaux. » Nous lui avons ensuite renvoyé nos questions précises par mail. Il nous a fourni des réponses différentes, qui figurent dans l'article.

Lire aussi notre onglet "Prolonger".