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Mediapart
Jeu.18 décembre 201418/12/2014 Édition de la mi-journée

Virus SRAS: deux ministres accusent l'Institut Pasteur de négligences

|  Par Michel de Pracontal

2 300 tubes contenant des fragments de virus du SRAS ont disparu à l'Institut Pasteur. Mediapart révèle une note des ministres Marisol Touraine et Benoît Hamon, qui dénoncent de nombreuses « anomalies » dans la sécurité biologique du laboratoire.

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Le 12 avril, l’Institut Pasteur a divulgué un communiqué sibyllin pour signaler la perte de 2 300 tubes contenant des fragments du virus du SRAS, le syndrome respiratoire aigu sévère. Cette maladie, due à un coronavirus, a provoqué une épidémie mondiale et a tué 774 personnes en 2003. Depuis le communiqué de Pasteur, qui fait état « d’un défaut de traçabilité sur certains échantillons », aucune explication n’a permis de comprendre comment les tubes avaient pu disparaître. Contacté par Mediapart, le directeur général de l’institut, le professeur Christian Bréchot, indique que « les 29 boîtes contenant les échantillons ont probablement été détruites, sans qu’on sache quand ni comment ».

Manipulation en laboratoire confiné de haute sécurité (P3) de la CIBUManipulation en laboratoire confiné de haute sécurité (P3) de la CIBU © CIBU

En l'état actuel des investigations, on ne peut pas dire si les échantillons ont vraiment été détruits, s'ils sont encore à l'intérieur de l'Institut, s'ils se trouvent quelque part hors des murs de Pasteur, ou s'ils ont été dérobés à des fins malveillantes – même si cette dernière hypothèse n'est guère plausible.

Ce mystère, digne d’un thriller sur le bioterrorisme, concerne une installation bien réelle, un laboratoire P3 de haute sécurité de l’Institut Pasteur de Paris, où l'on manipule des « MOT » (micro-organismes et toxines) qui peuvent être très dangereux. Ce laboratoire joue un rôle crucial en cas d’urgence liée à une alerte épidémiologique ou à un attentat utilisant des armes biologiques. Il est associé à la CIBU, la cellule intervention biologique d’urgence. Celle-ci fonctionne sept jours sur sept, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Elle est conçue pour identifier le plus rapidement possible un virus émergent ou un nouvel agent pathogène inconnu.

Le laboratoire est aussi utilisé par le Centre national de référence (CNR) des virus influenzae, autrement dit ceux de la grippe. Les échantillons perdus étaient sous la responsabilité du CNR de la grippe, qui les avait recueillis au moment de l'épidémie de SRAS, afin de pouvoir dépister d'éventuels patients infectés. Le coronavirus du SRAS a une lointaine parenté avec les virus influenzae, et les symptômes de la maladie évoquent ceux de la grippe.

Une note confidentielle datée du 16 avril que Mediapart a pu se procurer, signée de Marisol Touraine, ministre de la santé, et de Benoît Hamon, ministre de l’éducation nationale et de la recherche (dont dépend l’Institut Pasteur), révèle qu’une inspection inopinée a été effectuée dans ce laboratoire par l’ANSM (Agence nationale de la sécurité du médicament). Cette inspection faisait suite au signalement de l’incident par l’Institut Pasteur.

Les deux ministres énumèrent toute une série d’anomalies : « Forte probabilité de destruction (des échantillons) non ordonnée par les responsables et sans traçabilité, retard de deux mois dans la transmission de l’information aux autorités compétentes, listes des personnes habilitées initialement non disponibles, congélateurs non sécurisés, absence de vidéosurveillance, archives non disponibles le week-end. »

Marisol Touraine et Benoît Hamon écrivent également que s’agissant d’une institution « de réputation internationale et opérateur national d’importance vitale, l’ANSM a pris une décision de police sanitaire de suspension de l’habilitation de ce laboratoire ». De plus, l’ANSM a adressé à l’IPP (Institut Pasteur de Paris) une injonction à pratiquer un « inventaire complet et urgent des collections classées MOT ».

Cette note est adressée à Pierre Boissier, chef de l’Igas (inspection générale des affaires sociales), et à Jean-Richard Cytermann, chef de l’Igaenr (inspection générale de l’éducation nationale et de la recherche). Elle charge les deux inspecteurs d’une mission visant à contrôler « l’ensemble des laboratoires de haute sécurité biologique de l’Institut Pasteur », soit dix-huit laboratoires P3 et deux animaleries A3. Cette mission doit vérifier qu’il existe bien des mesures de sécurité adaptées pour tous ces laboratoires, et si elles sont effectivement appliquées. Un premier rapport est attendu pour le 31 mai, et des conclusions définitives fin juillet.

Le niveau de sécurité P3 (ou A3 pour les animaleries) correspond à l'avant-dernier niveau de sécurité des laboratoires de biologie. Il impose toute une série de mesures de sécurité, notamment une installation dans une zone séparée, étanche, avec un sas d'accès et un filtrage de l'air sortant. Seul un nombre restreint de personnes est habilité à entrer dans le laboratoire, et leur accès doit être contrôlé. Précisons qu'il n'existe en France qu'un laboratoire civil P4, soit le plus haut niveau de sécurité, le laboratoire Jean Mérieux à Lyon, destiné à traiter les agents pathogènes les plus dangereux.

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