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Jeu.31 juillet 201431/07/2014 Édition de la mi-journée

Le faux mystère des sangliers de Morieux

|  Par Michel de Pracontal

Trente-six sangliers sont morts dans les environs d'une plage des Côtes-d'Armor. Mystérieuse hécatombe? L'explication la plus plausible est connue: l'hydrogène sulfuré produit par les algues vertes en décomposition. Mais l'admettre officiellement conduit à remettre en cause les méthodes de l'agriculture intensive.

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Entre le 7 et le 29 juillet, trente-six sangliers ont été retrouvés morts dans la zone de l’estuaire du Gouessant et de son prolongement naturel, la plage Saint-Maurice, près de Morieux, dans la baie de Saint-Brieuc (Côtes d’Armor). Cette hécatombe sans précédent intrigue autant qu’elle inquiète. Qu’est-il arrivé à ces suidés sauvages, en parfaite santé peu de temps avant l’événement fatal? A l’heure où nous mettons en ligne, la piste la plus sérieuse est celle d’une intoxication due à l’hydrogène sulfuré produit par la décomposition d’algues vertes. Mais cette hypothèse plausible n’est pas prouvée avec certitude. Si elle se confirme, comment les sangliers ont-ils pu être exposés au gaz toxiques ? Si l’H2S n’est pas en cause, quel autre facteur létal peut être incriminé? Un événement particulier explique-t-il que les sangliers soient morts ces jours-ci plutôt qu’à un autre moment ? Mediapart a mené l’enquête auprès des vétérinaires, toxicologues, spécialistes de l’environnement et membres des associations de protection de la nature de la région.

 

Sanglier mort à MorieuxSanglier mort à Morieux © Jean-Paul Guyomarc'h

1. Qu’allaient faire les sangliers sur la plage Saint-Maurice ?

Il peut sembler curieux que des cochons sauvages se rendent sur une plage, lieu dont la fréquentation estivale est plus souvent associée à des baigneurs humains. En fait, la plage Saint-Maurice se situe à l’issue de l’estuaire du Gouessant, rivière qui traverse la ville de Lamballe et le territoire de la commune de Morieux. L’estuaire et la plage se trouvent dans la réserve naturelle de Saint-Brieuc, zone de lande et de forêt entourée de champs. «Les sangliers morts faisaient partie d’une harde d’une quarantaine d’individus qui s’est installée dans la réserve il y a deux-trois ans, explique Guillaume Rulin, de l’Oncfs (Office nationale de la chasse et de la faune sauvage). La harde circulait dans la réserve et aux abords de celle-ci. Les sangliers sont omnivores et mangent ce qu’ils trouvent, tubercules, glands, blé, maïs, etc. Ils apprécient les vers de vase qu’ils vont chercher en fouissant sur les bords de l’estuaire ou sur la plage. Ils ne le font pas en plein jour, l’essentiel de leur activité est nocturne et ils sont très discrets pendant la période diurne. Les cadavres ont été retrouvés dans l’embouchure du Gouessant ou en amont, dans l’estuaire.» Soulignons que le sanglier est un bon nageur. Ceux de Morieux ont été vus en train de traverser l’estuaire du Gouessant, sans que cela leur pose la moindre difficulté. La plus grande partie de la troupe a été tuée. D’après Guillaume Rulin, les survivants, dont des traces fraîches ont été repérées le 29 juillet, sont une laie et quatre ou cinq marcassins.

 

2. Les deux premiers marcassins trouvés morts ont-ils été «étouffés» ?

 Deux marcassins ont été découverts le 7 juillet, tandis que tous les autres sangliers ont été retrouvés entre entre le samedi 23 et le vendredi 29 juillet. Selon le laboratoire chargé de l’affaire, le LDA22 de Ploufragan, les deux premiers marcassins retrouvés à Morieux auraient été étouffés par de la vase.  Les deux petits sangliers, dont le laboratoire a divulgué le rapport d’autopsie, seraient donc morts en enfonçant leur groin dans la vase. Un vétérinaire que nous avons interrogés juge cette explication peu vraisemblable. Le sanglier est un animal fouisseur et il est capable d’aller chercher dans la terre ou dans la boue des vers ou des truffes à une profondeur de dix ou vingt centimètres. Sans s’étouffer, sinon l’espèce aurait depuis longtemps disparu de nos régions ! La quête du vers de vase, mets apprécié par notre animal, ne devrait pas lui poser de problème particulier, surtout s’il est en bonne santé, comme c’était le cas de nos deux marcassins avant leur mort subite, d’après le laboratoire. Notre vétérinaire note aussi qu’il y a dans le rapport d’autopsie la mention de «contenu spumeux dans la trachée et les bronches», ce qui peut être un signe de noyade. Mais pourquoi les marcassins se seraient-ils noyés alors que cet animal, encore une fois, est un bon nageur? Le plus plausible est qu’une autre cause, qui pourrait être une intoxication au gaz ou par des toxines bactériennes, a provoqué chez les marcassins un malaise et qu’ils se sont noyés ensuite. Quant à la vase, elle a pu s’introduire après la mort des animaux. Or, les autorités n’ont pas fait effectuer d’examens complémentaires qui permettraient de confirmer une éventuelle intoxication. La conclusion officielle selon laquelle la mort des deux marcassins trouvés le 7 juillet n’a rien à voir avec les algues vertes est peut-être hâtive.

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