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Mediapart
Jeu.31 juillet 201431/07/2014 Édition de la mi-journée

Clément, mort «tabassé» pour avoir tenté de gagner l'Europe

|  Par Carine Fouteau

En route vers l'Europe, un migrant camerounais, prénommé Clément, est décédé en mars au Maroc, des suites de ses blessures, après avoir tenté de franchir les clôtures barbelées devant Melilla, enclave espagnole. Selon des témoins, il aurait été « tabassé » par des policiers. Une réalisatrice a filmé ses derniers instants. Mediapart s'est procuré ce document inédit.

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Des migrants continuent de mourir aux portes de l’Europe. C’est d’un homme prénommé Clément dont il s’agit ici. Il n’était pas français, mais camerounais et avait quitté son pays et sa famille en décembre 2012 en quête d’une vie meilleure. Il était parti vers le nord, en direction de l’Union européenne. Il avait traversé la zone sahélienne et était parvenu jusqu’au Maroc. Le 11 mars 2013, il a tenté de franchir les clôtures barbelées de trois à six mètres de haut qui encerclent l’enclave espagnole de Melilla située en bordure méditerranéenne du royaume de Mohammed VI.

Clément, un migrant camerounais, est décédé au Maroc des suites de ses blessures.Clément, un migrant camerounais, est décédé au Maroc des suites de ses blessures.

Selon les témoignages recueillis par plusieurs associations, il a été arrêté par les policiers, tabassé et transféré à l’hôpital de Nador, à quelques kilomètres de là. Blessé à la tête, il aurait eu le bras et la jambe fracturés. Toujours d’après les récits, il était encore très faible lorsque l’établissement dans lequel il avait été soigné l’a renvoyé. Il est retourné dans la forêt de Gourougou, zone à l’écart des regards, où les migrants se retrouvent et tentent de reprendre des forces avant d’essayer de nouveau d’escalader les barrières.

Une mission associative s’est rendue sur place le 16 mars pour rencontrer les blessés et témoigner des coups délivrés par les policiers espagnols de la Guardia civil et les forces auxiliaires marocaines constituées d’agents de sécurité sous statut militaire dépendant du ministère de l’intérieur. La petite équipe, accompagnée d’une réalisatrice italienne, Sara Creta, croise alors Clément en train de mourir des suites de ses blessures. La caméra filme.

Mediapart présente ce document vidéo inédit (à visionner dans son intégralité en bas de la page), intitulé « n°9 », en référence au tee-shirt que portait le Camerounais, celui des avants-centres chargés de marquer les buts dans le football. Ce film d’une quinzaine de minutes, proposé avec deux extraits (ci-dessous), apporte la preuve des violences infligées aux migrants. Il est simultanément diffusé à Rabat ce 28 juin, lors d’une conférence de presse organisée pour le lancement d’une campagne initiée par les associations de défense des droits des étrangers au Maroc (lire le témoignage de Sara Creta sous l’onglet Prolonger). Officiellement, Clément est mort le 18 mars à l'hôpital, mais selon ses compagnons, il avait perdu la vie avant.

Cet extrait montre la colère du migrant qui transporte Clément sur son dos le 16 mars 2013 dans la forêt de Gourougou au Maroc.

 

Cet autre extrait montre les derniers instants de Clément

Des milliers d’exilés subsahariens sont passés, un jour ou l’autre, par cette forêt, de laquelle un bout de l’Espagne est visible, en contre-bas entre les branchages. « C’est l’enfer », « c’est l’apocalypse », disent-ils. Ce jour de mars, un lundi, à 5 heures du matin, après la prière, ils sont nombreux à avoir essayé de franchir les clôtures, entre cent à cent-cinquante selon eux, des Gabonais, des Camerounais, des Maliens, des Burkinabés, des Guinéens, des Tchadiens et des Sénégalais. Plusieurs ont réussi. D’autres non. Comme Clément, vingt-cinq personnes auraient été gravement blessées, parfois interceptées entre l’une des trois barrières successives. Transportées à l’hôpital, elles ont échappé au refoulement à la frontière avec l’Algérie.

Le film de Sara Creta, «n°9», dans son intégralité.

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Plusieurs journaux en Europe et au Maroc, dont Mediapart, ont été destinataires du film réalisé par Sara Creta. Stéphane Julinet, du Groupe antiraciste d’accompagnement et de défense des étrangers et migrants (Gadem), raconte le cheminement de la vidéo : « Le film était prêt fin mars. Les associations sur place ont rapidement eu connaissance de l’existence de ce document qui pour nous est essentiel parce qu’il montre jusqu’où peuvent aller les violences policières. On a décidé avec Sara Creta qu'il fallait, pour protéger les témoins qui parlent à visage découvert, et pour obtenir l’impact le plus fort possible, organiser la diffusion de la vidéo. »