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Ven.19 décembre 201419/12/2014 Dernière édition

La salsa du dragon

Photographe : Jordan Pouille

Il y a onze ans, l'ouvrier Zhao Lianqi introduisait la salsa dans une cité minière de l'Anhui, une province pauvre à l'est de la Chine. Aujourd'hui, son « Jardin de la Danse de la Terre de Chine » forme 300 danseurs âgés de 5 à 12 ans. Reportage auprès de ces mini-miss du pays de l'enfant unique, et leurs cavaliers.

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  1. © Jordan Pouille

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    Le « Jardin de la Danse de la Terre de Chine », côté filles. L’association sportive du professeur Zhao Lianqi, 51 ans, a été créée à Suzhou (Anhui), une cité sans charme de 1,7 million d’habitants cernée par les mines de charbon, les carrières de marbre, les champs de plantes médicinales et bientôt les exploitations de gaz de schiste.

  2. © Jordan Pouille

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    Le « Jardin de la Danse de la Terre de Chine », côté garçons. En 2002, à l'ouverture de l'école, le Parti communiste local a cédé à Zhao Lianqi une vieille salle de banquet pour ses répétitions. Cette année, l'école a déménagé sur le trottoir d'en face, dans un ancien karaoké.

  3. © Jordan Pouille

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    Les trois cents élèves du « Jardin de la Danse de la Terre de Chine » s’entraînent deux à quatre heures par jour entre mai et octobre, puis cinq heures par semaine de novembre à avril, pour ne pas bousculer leur scolarité.

  4. © Jordan Pouille

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    Zhao Lianqi (le grand au centre) a découvert la danse latine par hasard, à 36 ans. « C’était en 1998, sur la CCTV (chaîne de télévision d’État) : les danseurs étaient beaux et souriants dans leurs costumes à paillettes. » Et conquis. Aussitôt, il supplie son patron de l’affecter à la surveillance de nuit. Ses nouveaux horaires lui permettent d'assister aux cours d’un professeur taïwanais, à Hefei, la capitale de province. « J’étais le plus vieux des danseurs mais aussi le plus déterminé. Il faut dire que ma condition physique était excellente. Au boulot, je portais les ouvrières sur mes épaules pour parvenir jusqu’à la mine. » Sa femme, Shen Yiqin, rêvait d'en finir avec son travail de serveuse : elle exhorte son mari à persévérer. En 2002, il inaugure son école de danse latine ; elle tient la caisse.

  5. © Jordan Pouille

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    Outre Zhao Lianqi et son épouse, l'école emploie leur fille de vingt ans, Zhao Ya (la grande au centre), qu’il faut surnommer « Cherry ». Elle aussi se destine à une carrière artistique. Grâce à sa prospère école, son père a pu l'inscrire « à l’Académie de Dalian où c’est très différent. On s’entraîne sans relâche pour un concours à Séoul et les professeurs nous demandent de mettre de l’huile de bronzage sur le corps, afin de ressembler aux danseurs argentins. » dit Zhao Ya.L’an prochain, elle ouvrira son école de danse latine à Bengbu, une autre petite ville, à 90 kilomètres de Suzhou. « Ce sera la première là-bas », assure-t-elle, persuadée de reproduire le business paternel.

  6. © Jordan Pouille

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    Pour les fillettes, robes à volants, tulle, maquillages et faux cils. Les élèves ont entre 5 et 12 ans. « Au départ, j'avais dans l'idée de proposer cette danse aux adultes mais j'ai vite laissé tomber », dit Zhao Lianqi.

  7. © Jordan Pouille

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    Les mères assistent aux cours. « Elles ont cru que la salsa était un sport pratiqué par les enfants de riches, en Occident. Je n’ai pas voulu les décevoir, raconte Zhao Lianqi. Tous ces parents sont prêts à sacrifier beaucoup pour réussir l’éducation du petit. » Un an de cours au « Jardin de la Danse de la Terre de Chine » coûte 1 400 yuans (171 euros). Le salaire mensuel de base à Suzhou s'élève à 1 010 yuans (124 euros).

  8. © Jordan Pouille

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    Une maman et sa fille danseuse, en route pour la place du Siècle. C'est ici, dans le centre-ville de Suzhou que plusieurs centaines d'enfants, des meilleures écoles de la ville, se retrouvent chaque soir de l'été, pour un paso-doble, une salsa ou un tango.

  9. © Jordan Pouille

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    Bu Junfan, 11 ans, et sa maman. Il rentre de l'école de danse. À peine le repas avalé qu'il se prépare pour son show nocturne sur la place du Siècle, dans une demi-heure chrono.

  10. © Jordan Pouille

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    Bu Junfan est bientôt prêt à entrer en scène. Sa mère vient de lui appliquer une laque dorée sur les cheveux. Son fils devra faire forte impression auprès des habitants de Suzhou qui, après le travail, aiment se retrouver sur la place.

  11. © Jordan Pouille

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    Les dix costumes de scène que porte Bu Junfan ont été confectionnés par sa maman : « Je trouve les motifs sur Internet, les tissus au marché. Et puis je rajoute toujours des brillants », précise-t-elle. Les commerçants ambulants de Suzhou se sont mis à la page et proposent à leur tour des tenues de danse latine à prix cassé.

  12. © Jordan Pouille

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    Les soirs d'été, à 19 heures, la monumentale place du Siècle de Suzhou est frappée par la fièvre latine. La sono est si forte qu’elle masque les cris des vendeurs de brochettes ou la musique hypnotique débitée par les enceintes du Carrefour mitoyen, l'unique hypermarché de la ville, inauguré il y a deux ans.

  13. © Jordan Pouille

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    En costumes de scène, filles et garçons enchaînent paso doble, tango, salsa et cha-cha-cha. À Pékin en revanche, la danse latine est l'apanage des adultes. David Huo Yaofei l'enseigne depuis quinze ans, après huit séjours à Cuba. « J’ai connu une période où nous étions vingt établissements, pour des adultes chinois ou expatriés. Cette année, nous ne sommes plus que sept ou huit car le business ici n’est plus rentable. Les loyers sont devenus très élevés. »

  14. © Jordan Pouille

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    Aujourd’hui, Suzhou compte vingt écoles de danse latine, de 200 à 300 élèves chacune, qui s’affrontent lors de compétitions. Le président du jury n’est autre que Zhao Lianqi : « C’est bien normal puisque je suis le seul juge assermenté pour l’instant. Ça m’a quand même coûté 10 000 yuans (1 220 euros) ! »

  15. © Jordan Pouille

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    A l'issue du championnat, les trois meilleures écoles de Suzhou obtiennent le privilège de faire danser leurs élèves sur la place du Siècle, devant les familles admiratives.

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