Peintre, puis photographe humaniste de la génération de Brassaï, Doisneau, Ronis, Émile Savitry (1903-1967) évolua dans le quartier de Montparnasse des années 1930 à 1950 au milieu des artistes et intellectuels de son temps. Une large rétrospective lui est consacrée, du 25 octobre au 27 janvier, à la Maison de la photographie Robert Doisneau de Gentilly.

Dans un bar de Pigalle, un “apache” et sa protégée, Paris, 1938.

Intérieur d'une boîte de nuit de Pigalle, Paris, 1938.

Nu de l'Académie de la Grande Chaumière à Montparnasse, 1950-1951.

Bar de La Coupole de nuit, Paris, 1935-1939.

Anton Prinner, artiste d'origine hongroise, dans son atelier de la rue Pernety à côté de sa sculpture La Femme aux grandes oreilles, Paris, 1946.

Bougnat sur le boulevard Saint-Jacques, Paris, années 1940.

Couteau surréaliste, projet d’illustration du livre de Marcel Jean et Arpad Mezei : Les Chants de Maldoror. Essai sur Lautréamont et son œuvre, Paris, Nizet, 1947.

Anouk Aimée (Barbara) et son chat Tulipe à Belle-Île en 1947 sur le tournage du film inachevé de Marcel Carné et Jacques Prévert, La Fleur de l'âge. Elle a 15 ans. C’est à Belle-Île que Prévert lui donne son nom – Aimée – « parce que tout le monde l’aimait ». Elle l’adopte définitivement.

Charlie Chaplin à Paris au palais de la Mutualité alors qu'il pose pour l'affiche d'un film destiné à la télévision britannique, Paris, 1949.

Réfugiés espagnols à Perpignan, probablement en 1939, après la chute de Barcelone.
A lire : Émile Savitry, un photographe de Montparnasse
Photographies d’Émile Savitry
Préface de Javier Valera Tortajada. Introduction de Gaëlle Rageot-Deshayes. Texte de Sophie Malexis
112 pages, 92 illustrations en bichromie
Édition bilingue : français / espagnol, éditions 5 Continents, Milan, avril 2011
Prix 25€. À commander sur le site des éditions des 5 continents
A voir : le site emilesavitry.com
Les 3 commentaires les plus recommandés
Je suis peut-être particulièrement "en forme" ce midi, mais je suis profondément troublé par la force d'évocation des images de Savitry. Chacune d'elles, particulièrement les "belles fesses" et les "exilés espagnols", inspirent un "avant" et un "après", une dynamique. De fait cette Photographie nourrit le monde intérieur de l'interprète qui les regarde. En cela, elle n'est plus "art moyen", mais art absolu.
J'adore aussi cette rubrique. Mais le numérique n'est pas la fin de la grandeur, la couleur non plus. Le noir et blanc a la force des temples grecs ou des cathédrales qui ont perdu leurs couleurs. Il faut aussi aimer la couleur, elle ne se donne pas facilement. Les ektachromes d'il y a 60 ans avec leurs couleurs saturées séduisent à la manière du noir et blanc, comme surgis d'un monde disparu. La technologie numérique est parfaite et en tant que matière brute, elle se prête bien au travail artistique.
Nu de l'Académie de la Grande Chaumière à Montparnasse, 1950-1951.
Nu montant l'escalier, à contrario d'un nu descendant les escaliers de Marcel Duchamp. Il avait du passer par la grande chaumière Marcel! Pour fuir l'académisme faut bien y être passé...
La photo est prise quand le modèle retourne s'habiller ou entre en scène, le doute est entretenu, la porte laissant si peu voir.
Ce doit être en Juin? L'air semble léger. Sinon le modèle passant d'une pièce à une autre aurait mis son pégnoire. On tombe vite malade quand on est modèle. Je m'en souviens encore! Fallait bien vivre étudiant, on allait souffrir dans les académies, mal payé, jusqu'à ce que les pieds en deviennent violets et que le vertige de l'immobilité de la pose académique nous pousse dans les pommes de la connaissance.
Il n'y a rien d'académique dans un nu. Seul le regard peut-être académique. Il faut savoir simplement laisser le modèle trouver sa position naturelle et ne jamais oublier qu'il est un être humain, unique. Entre deux poses prises, souvent un chapelet de merveille apparait, le corps parle, des merveilles instantannées presque insaisissables, même pour un photographe.
C'est une autre nudité, elle n'a rien à voir avec celle que nous connaissons communément ou que la morale, la culture nous a servis sur un plat d'argent, ou même ce que le désir et la sexualité peut évoquer en nous. Seul ce qui est caché provoque le désir...C'est tout autre chose, un autre monde, c'est presque un temple universel, dont la nudité écarte toute emprise religieuse reconnaissable.
Modeler, sculpter, photographier, décrire, dessiner un corps, c'est apprendre à voir. C'est terriblement enrichissant et cela même transforme sa vie. On est plus le même après, on dénude tout ce qui est caché...
Comme toutes ces photos nous parlent avec tant ombres et tant de lumières.
Tous les commentaires
Je suis peut-être particulièrement "en forme" ce midi, mais je suis profondément troublé par la force d'évocation des images de Savitry. Chacune d'elles, particulièrement les "belles fesses" et les "exilés espagnols", inspirent un "avant" et un "après", une dynamique. De fait cette Photographie nourrit le monde intérieur de l'interprète qui les regarde. En cela, elle n'est plus "art moyen", mais art absolu.
Des photos magnifiques d'une époque qui faisaient l'impasse sur la couleur. La puissance du noir et blanc en photographie a quelque chose d'extra-ordinaire, une autre vision du monde... Malheureusement avec le numérique on en verra de moins en moins...regardez les colonnes de droite
Merci. (j'adore cette rubrique)
J'adore aussi cette rubrique. Mais le numérique n'est pas la fin de la grandeur, la couleur non plus. Le noir et blanc a la force des temples grecs ou des cathédrales qui ont perdu leurs couleurs. Il faut aussi aimer la couleur, elle ne se donne pas facilement. Les ektachromes d'il y a 60 ans avec leurs couleurs saturées séduisent à la manière du noir et blanc, comme surgis d'un monde disparu. La technologie numérique est parfaite et en tant que matière brute, elle se prête bien au travail artistique.
ces photos appartiennent au passé mais elles viennent faire effraction dans un temps où l'image triche avec le réel cest ainsi qu'elles ont une force supplémentaire et qu'elles s'imposent à nous sauvagement
Magnifique. Qu'il s'agisse du visage adolescent d'Anouk Aimée, ou du Paris qui est celui que décrit l'écrivain hongrois Sandor Maraï dans un livre dont j'entame la lecture, "Les étrangers" .
MAGNIFIQUES, MAGNIFIQUES. Merci.
un superbe portfolio qui donne envie de voir cette exposition !
Merci
Nostalgie , nostalgie . Rien ne peut mieux l'exprimer . Merci
Nu de l'Académie de la Grande Chaumière à Montparnasse, 1950-1951.
Nu montant l'escalier, à contrario d'un nu descendant les escaliers de Marcel Duchamp. Il avait du passer par la grande chaumière Marcel! Pour fuir l'académisme faut bien y être passé...
La photo est prise quand le modèle retourne s'habiller ou entre en scène, le doute est entretenu, la porte laissant si peu voir.
Ce doit être en Juin? L'air semble léger. Sinon le modèle passant d'une pièce à une autre aurait mis son pégnoire. On tombe vite malade quand on est modèle. Je m'en souviens encore! Fallait bien vivre étudiant, on allait souffrir dans les académies, mal payé, jusqu'à ce que les pieds en deviennent violets et que le vertige de l'immobilité de la pose académique nous pousse dans les pommes de la connaissance.
Il n'y a rien d'académique dans un nu. Seul le regard peut-être académique. Il faut savoir simplement laisser le modèle trouver sa position naturelle et ne jamais oublier qu'il est un être humain, unique. Entre deux poses prises, souvent un chapelet de merveille apparait, le corps parle, des merveilles instantannées presque insaisissables, même pour un photographe.
C'est une autre nudité, elle n'a rien à voir avec celle que nous connaissons communément ou que la morale, la culture nous a servis sur un plat d'argent, ou même ce que le désir et la sexualité peut évoquer en nous. Seul ce qui est caché provoque le désir...C'est tout autre chose, un autre monde, c'est presque un temple universel, dont la nudité écarte toute emprise religieuse reconnaissable.
Modeler, sculpter, photographier, décrire, dessiner un corps, c'est apprendre à voir. C'est terriblement enrichissant et cela même transforme sa vie. On est plus le même après, on dénude tout ce qui est caché...
Comme toutes ces photos nous parlent avec tant ombres et tant de lumières.
La photo est belle, vos paroles lui offrent une profondeur qui m'était inconnue.
Merci.
La photo est belle, vos paroles lui offrent une profondeur qui m'était inconnue.
Merci.
Un grand bravo pour la qualité de la rubrique et le remarquable choix des photos.
Au vu de ces magnifiques photos, Savitry n'a vraiment rien à envier à Doisneau, Brassaï ou Cartier-Bresson. Il fait partie du même courant humaniste et tendre...
Ces dix photos sont très fortes, certaines superbes, d'autres d'un très haut niveau de témoignage.
Et si on va sur le site d'Emile Savitry, ce sont 120 photos qu'on peut voir et revoir, jusqu'aux trois dernières, merveilleux auto-portraits.
Merci pour ce portfolio et ses liens.
Marguerite
La 03 , cette femme nue vue de dos, et la 10, réfugiée espagnole sont toutes les deux en parfaite adéquation, magnifiques témoignages de la beauté pure......
Heureux de le revoir, on ne se lasse pas.
Photos argentique sublimissimes (...)