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Sam.28 mars 201528/03/2015 Dernière édition

Un projet de centrale à gaz en Bretagne suscite la controverse

|  Par Jade Lindgaard

Une société inexpérimentée peut-elle compter sur 800 millions d’euros de subventions sur vingt ans pour faire tourner une centrale à gaz ? C'est ce que le ministère de l'écologie vient d'autoriser à Landivisiau, dans le Finistère.

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Une société inexpérimentée, retoquée par la justice administrative, et comptant parmi ses principaux dirigeants un financier ayant fait fortune dans la télé-réalité, Stéphane Courbit, peut-elle escompter 800 millions d’euros de l’État sur vingt ans pour faire tourner une centrale à gaz ? Oui. Dans quel pays ? La France.

En toute discrétion, et alors que débute le débat national sur la transition énergétique, le ministère de l’écologie et de l’énergie a publié le 18 janvier un décret autorisant Direct Énergie Génération, filiale production du nouveau groupe Poweo-Direct Énergie, à exploiter un site de production d’électricité de type cycle combiné gaz à Landivisiau, dans le Finistère. Dotée d’une capacité de 446 mégawatts (MW), cette centrale doit être mise en service à l’hiver 2016-2017. Une malencontreuse erreur d’adresse dans le libellé de l’arrêté a aussitôt entraîné son annulation. Provisoire.

Visualisation de la future centrale de Landivisiau.Visualisation de la future centrale de Landivisiau.

Cette autorisation intervient près d’un an après la conclusion de l’appel d’offres lancé par l’État sous la mandature précédente. Dans un document pompeusement intitulé « Le pacte électrique breton », RTE, filiale d’EDF qui transporte son courant, et la région Bretagne, s’accordaient fin 2010 pour demander le démarrage d’une nouvelle centrale thermique à gaz, compte tenu de la forte hausse de la demande d’énergie et de la faiblesse de l’offre locale. En mars 2012, Direct Énergie remporte le marché face à deux très gros concurrents, EDF et l’italien Enel.

Créé en 2002 par l’homme d’affaires Charles Beigbeder, Poweo a été absorbé par Direct Énergie en 2012, après avoir accumulé des pertes colossales. Créé en 2003, Direct Énergie possède deux actionnaires de référence : François Ier Énergie (39,2 % du capital), holding détenu majoritairement par la Financière Lov, elle-même contrôlée par l'homme d'affaires Stéphane Courbit, ainsi qu'Impala SAS (39,2 % également), société d'investissement de Jacques Veyrat, ancien président du groupe Louis Dreyfus. L’inévitable Alain Minc est par ailleurs administrateur de la société. Depuis sa création, on estime les pertes cumulées de Direct Énergie entre 100 et 200 millions d’euros.

Pourtant, la nouvelle entité fusionnée annonce vouloir investir 400 millions d’euros dans la centrale de Landivisiau, financés en ayant recours à l’endettement. « Émissions obligataires, prêts bancaires, appel à la Berd... Il est trop tôt pour dire exactement comment nous allons faire mais nous avons présenté des lettres d’intérêt d’établissements bancaires dans notre appel d'offres  », répond la société.

Vue de la future centrale de Landivisiau.Vue de la future centrale de Landivisiau.

Poweo Direct Énergie est désormais le troisième groupe d’énergie en France, avec plus d’un million de clients, mais très loin derrière EDF et GDF Suez. Ce groupe n'a aucune expérience dans la production d’électricité. Son chiffre d’affaires, qui aurait atteint 388 millions d’euros en cumulé au premier semestre 2012, selon ses estimations, provient de la vente d’énergie. Le projet de centrale à gaz à Verberie, dans l’Oise, de Direct Énergie s’est vu retoqué par le tribunal administratif d’Amiens en novembre 2011, qui a annulé l’autorisation ministérielle d’exploitation de la centrale, notamment parce qu’elle devait s’implanter sur des terres à vocation agricole. Le dossier est gelé jusqu’au moins la finalisation du nouveau schéma de cohérence territoriale (Scot).

Quant à un autre projet du groupe d'un site de production à Hambach, en Moselle, le tribunal administratif de Strasbourg en a annulé le permis de construire déposé en 2010 par Hambregie, une filiale de Direct Énergie. La société a fait appel du jugement. Si bien qu’en terme d’approvisionnement interne, Poweo Direct Énergie doit se contenter de gérer et d’acheter la production de six petits barrages totalisant 16 MW de puissance.

De son côté, Poweo exploitait depuis 2009 une centrale à gaz à cycle combiné (CCG) à Pont-sur-Sambre, dans le Nord. En grandes difficultés, elle a été rachetée fin 2010 par l’allemand Verbund, et fait l’objet d’une procédure de sauvegarde depuis mars 2012. Lors de sa fusion avec Poweo, Direct Énergie n’a même pas levé l’option qui lui permettait de l’acquérir, la jugeant trop chère. Le projet de Landivisiau constitue donc aujourd’hui le seul outil de production du groupe. Il s’est allié pour l’occasion à l’allemand Siemens, qui détient 40 % de la joint-venture créée pour l’occasion, sous le nom Compagnie électrique de Bretagne.

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J'ai rencontré pour la première fois des membres de l'association Gaspare, opposants au projet de centrale de Landivisiau, l'année dernière, lors de l'un de leurs passages à Paris. Nous sommes depuis restés en contact. Par la suite, mes nombreuses demandes d'interviews au fil des mois, tant auprès du ministère de l'écologie que de la société Poweo-Direct énergie sont restées sans suite.Jusqu'à jeudi après-midi 7 février, quand un responsable de la communication de l'énergéticien m' a enfin rappelé pour répondre à mes interrogations.