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Mediapart
Jeu.31 juillet 201431/07/2014 Édition de la mi-journée

L'affaire Guéant ne fait que commencer

|  Par Karl Laske

L'enquête sur le train de vie de l’ex-ministre de l’intérieur conduit à s’interroger sur ses liens avec les intermédiaires en armement. Le premier d’entre eux, Ziad Takieddine, a consigné toutes ses interventions en faveur de Claude Guéant au ministère de l’intérieur et à l’Élysée.

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« Jamais je n’ai vu passer de financement libyen », a répété Claude Guéant, brièvement questionné par Mediapart, jeudi. L’ancien ministre de l’intérieur le clame partout : le virement de 500 000 euros qu’il a reçu en 2008, dévoilé cette semaine par le Canard enchaîné, n’a « rien à voir » avec la Libye. Ses explications confuses, et très vite démenties (lire ici et la), n’y changent rien. Qu’il parvienne ou pas à clarifier l’origine de ses fonds, l’ancien proche collaborateur de Nicolas Sarkozy est devenu, par la faute de l’intermédiaire Ziad Takieddine, l’un des premiers suspects dans l’enquête sur le financement libyen de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy.

L’information judiciaire contre X... confiée le 19 avril aux juges Serge Tournaire et René Grouman pour « corruption active et passive » et « trafic d'influence » vise, entre autres, à vérifier si Claude Guéant a pu donner à Bachir Saleh, l’ex-directeur de cabinet de Mouammar Kadhafi, « les indications bancaires nécessaires aux virements » destinés à la présidentielle, comme Takieddine l’a affirmé. « Les éléments existants sur le financement de la campagne de Nicolas Sarkozy de 2007 » vont « au-delà de 50 millions d’euros » a déclaré l’intermédiaire jadis proche de Guéant, le 19 décembre dernier. Le document officiel libyen révélé par Mediapart, en avril 2012, faisait état du déblocage d’une somme de 50 millions en faveur de Sarkozy.

Nicolas Sarkozy et Claude Guéant, à l'ElyséeNicolas Sarkozy et Claude Guéant, à l'Elysée © Reuters

Les archives informatiques de l’intermédiaire – notes et courriers que Mediapart a popularisés en juillet et août 2011, dans la série des « documents Takieddine » – ont été résumées récemment dans un rapport des policiers de la Brigade centrale de lutte contre la corruption (BCLC). Claude Guéant et ses initiales « CG » y figurent partout. Une lecture attentive de ces notes nous offre l’histoire de la dérive d’un préfet, dont le train de vie actuel n’est que l’un des indices.

Comme directeur de cabinet du ministre de l’intérieur, puis secrétaire général de l’Élysée, Claude Guéant a progressivement, contre tous les usages, fait appel à un intermédiaire en armement – en la personne de Ziad Takieddine – pour gérer ses contacts en Arabie saoudite, en Libye, en Syrie et au Liban. Lui soumettant au passage des projets de courriers et de déclarations officielles pour en obtenir la validation. Offrant un coup de pouce à ses objectifs commerciaux : ici la surveillance des frontières, là la surveillance d’internet, ou encore un gisement gazier en Libye. L’intermédiaire a utilisé cette caution du ministère de l'intérieur, puis de l’Élysée, pour conclure des marchés d'armement et de sécurité, allant jusqu’à imaginer avec Claude Guéant le projet d’une société franco-libyenne dont le collaborateur du président élu en 2007 aurait supervisé l’activité. Ce que les notes de l’intermédiaire nous apprennent de Claude Guéant font de lui un maillon essentiel de l’affaire Kadhafi-Sarkozy.

  • En 2003 déjà, le soupçon d’un financement de la campagne présidentielle de 2007

Il y a un précédent à l’affaire libyenne. En 2003, Ziad Takieddine a offert à Claude Guéant d’aider le ministère de l’intérieur à décrocher l’immense contrat de surveillance des frontières de l’Arabie saoudite – baptisé Miksa. Plusieurs de ses amis l’introduisent : Thierry Gaubert, Jean-François Copé et Brice Hortefeux. L’intermédiaire se prévaut de ses bons et loyaux services du temps de Balladur, lorsqu’il a assisté le même camp politique pour décrocher un contrat aussi important, celui des frégates Sawari vendues à l’Arabie, dont une partie de l’argent s’est déjà évaporée. Avec le feu vert de Sarkozy, Takieddine conduit donc Claude Guéant et Brice Hortefeux chez son homologue de l’intérieur à Riyad, le prince Nayef, en octobre 2003. Peu après, il élabore une « proposition technique et financière», s’inspirant explicitement de celle des frégates Sawari.

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