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Dim.29 mars 201529/03/2015 Dernière édition

Harlem Désir au PS: quatre mois et pas d'émoi

|  Par Stéphane Alliès

Parti « fermé pour cause de gouvernement », disait Motchane en 1982. Pas sûr que cela ait changé… Depuis sa désignation, Harlem Désir, l’ancienne icône de SOS Racisme, peine à imprimer sa marque. Il cherche une ligne entre la défense d’un gouvernement hésitant et la réponse aux attentes militantes. Un risque : le coma.

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« Déjà quatre mois ?! C’est un peu déprimant… » Pas facile de savoir ce que veut dire ce secrétaire national quand on lui fait remarquer que cela fait quatre mois que Harlem Désir est à la tête du parti socialiste. Depuis sa désignation, entérinée par deux tiers des militants (les autres lui préférant alors le nouveau porte-parole de l’aile gauche du PS, Emmanuel Maurel) au dernier congrès de Toulouse, l’ancienne icône de SOS-Racisme dans les années 1980 peine encore à imprimer sa marque. Ancien no 2 de Martine Aubry, après avoir échoué en 2008 à prendre le parti au congrès de Reims avec son mentor d’alors, Bertrand Delanoë, celui que tout le monde appelle « Harlem » cherche sa ligne, entre la défense d’une politique gouvernementale hésitante et la réponse aux attentes militantes.

Aux origines de ces difficultés, il y a la nature même du PS dont hérite Désir. Adoubé par les soutiens de François Hollande à la primaire, il ne peut se prévaloir de leur part que d’une confiance relative. Quant aux soutiens de Martine Aubry, ils lui gardent rancœur d’une attitude jugée partiale au moment de la primaire, en faveur du désormais président de la République. « Aujourd’hui, Harlem gère avec quelques-uns, dit un “hollandais”, et en dessous il y a les aubrystes et nous. Il le fait plutôt bien d’ailleurs, mais sans prendre de risques. »

Dans les faits, la réalité des équilibres internes semble encore plus complexe, dans un parti qui n’est pas loin, selon l’expression du chevènementiste Didier Motchane en 1982, d’être « fermé pour cause de gouvernement ». Hormis l’aile gauche et les proches de Benoît Hamon, structurés en courant en bonne et due forme, les cadres socialistes se regroupent surtout en clubs de réflexion, sans grandes ambitions pour la vivacité du parti. « Le parti survit correctement, confie un aubryste. Mais il faut être lucide, on ne s'intéresse pas à ce qui se dit au PS, plus rien ne s'y joue. Il n'y a ni congrès, ni envie de putsch, la réflexion se passe ailleurs. Bref, rien ».

Harlem DésirHarlem Désir © Reuters


« Il y a surtout un grand ventre mou, constate le président du groupe socialiste au Sénat, François Rebsamen, l’un des rares ténors des années précédentes à être resté membre du bureau national (BN). Le BN est aujourd’hui assez surprenant, il y a peu d’élus, peu de leaders politiques et beaucoup de militants dont le processus de formation n’est pas achevé. » « La transition était difficile, admet le porte-parole David Assouline, le parti a perdu une grande majorité de ses cadres et l’attention médiatique se porte avant tout sur l’exécutif et l’assemblée. »

Pour le jeune député Gwendal Rouillard, secrétaire national adjoint aux fédérations, il est temps de passer à la vitesse supérieure : « On a besoin de refaire le plein de permanents, car beaucoup sont partis dans les cabinets. Ce serait d’ailleurs bien d’éviter d’attendre la fin du mandat pour recruter… Pour l’instant, le PS n’est pas assez offensif en termes de propositions, notamment pour préparer la seconde partie du mandat. »

Jusqu’ici, le début du mandat de Harlem Désir s’est surtout résumé à une installation dans des bureaux où chaque sensibilité socialiste garde un œil sur la boutique. « C’est un peu “Solférino nid d’espions”, nous confiait le mois dernier un permanent. Tout le monde se surveille du coin de l’œil en attendant le prochain congrès. » « Ce n’est pas évident que quelqu’un d’autre puisse faire mieux, soupire Rebsamen. À l’époque, les débuts de François Hollande à la tête du PS n’étaient pas évidents non plus… Harlem hérite d’un parti qui s’était mis en sommeil depuis mai dernier. Son rôle est celui de convaincre les Français de la politique gouvernementale. Ce n’est pas facile… »

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Tous les propos cités dans cet article ont été recueillis au gré de rencontres en face-à-face durant ces quatre premiers mois de mandat de Harlem Désir (mais surtout ces trois dernières semaines).