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Sam.28 mars 201528/03/2015 Édition de la mi-journée

Hollande dos au mur

|  Par Lénaïg Bredoux

Selon la commission européenne, le déficit en France devrait atteindre 3,7 % cette année, et la croissance rester quasi nulle. Bruxelles exige des réformes structurelles, plaçant la majorité à un « moment charnière ». François Hollande promet de nouvelles économies « dans tous les budgets ».

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L’avertissement était attendu, il n’en est pas moins sévère. Vendredi, la Commission européenne a confirmé que la France ne devrait pas tenir cette année l’objectif tant vanté par François Hollande d’un déficit de 3 % du produit intérieur brut. Elle en sera même loin avec une prévision de 3,7 % pour une croissance atone de 0,1 % en 2013. Et la situation ne devrait guère s’améliorer l’an prochain, selon Bruxelles, avec une croissance de 1,2 % et un déficit de 3,9 %.

Concrètement, cela signifie que le projet de loi de finances pour cette année, adopté à l’automne et présenté comme un « budget de combat », est pour partie caduc. Le gouvernement va donc être sous pression de la Commission européenne, dont les pouvoirs de contrôle ont été récemment accrus par plusieurs textes européens, dont le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG). Si elle s’est montrée plutôt clémente dans ses commentaires vendredi et si elle envisage d’octroyer à la France un délai supplémentaire d’un an pour parvenir à 3 %, elle va exiger, en échange, la mise en œuvre de réformes structurelles pour libéraliser davantage le marché du travail, le système de protection sociale et diminuer les dépenses publiques.

« Les réformes doivent se poursuivre en particulier pour assurer la viabilité du système de retraite. (…) Il faut que la France poursuive en parallèle les efforts budgétaires et les réformes structurelles pour la croissance et l'emploi », a prévenu le commissaire européen Olli Rehn. En 2014, le déficit devra être « nettement en dessous de 3 % », a-t-il précisé. Les « faucons » européens, partisans de l’orthodoxie budgétaire la plus stricte, s’en donnent déjà à cœur joie. « Je pense que c’est une question de crédibilité que la France prenne les mesures appropriées aussi vite que possible », a affirmé vendredi l’Allemand Jörg Asmussen, membre du directoire de la Banque centrale européenne.

Jérôme Cahuzac et Pierre Moscovici vendredi.Jérôme Cahuzac et Pierre Moscovici vendredi. © Reuters.

À Paris, ces chiffres et ces réactions étaient attendus. Cela fait plusieurs jours que l’exécutif prépare les esprits et François Hollande avait confirmé mardi que la France allait manquer son objectif de croissance cette année. Vendredi, le ministre de l’économie et des finances Pierre Moscovici a donc « pris acte » des chiffres publiés par Bruxelles et renvoyé à la publication attendue en mars des prévisions préparées par la France dans le cadre du tout nouveau haut conseil aux finances publiques. Le gouvernement ne veut surtout pas donner le sentiment de céder à la panique et d’accréditer la thèse d’un « virage » ou d’un « tournant » dans la politique menée depuis neuf mois, réveillant le souvenir du « tournant de la rigueur » de 1983, qui a coûté si cher à la gauche. 

De Bercy à l’Élysée, personne ne veut « ajouter de l’austérité à la récession », et le gouvernement exclut de durcir davantage le budget de cette année en faisant voter cet été un collectif budgétaire. François Hollande l'a confirmé samedi, depuis le salon de l'agriculture, où il a organisé, à la dernière minute, une conférence de presse. «Il n'y a pas besoin d'ajouter de l'austérité à l'austérité en 2013. Déjà beaucoup a été demandé», a-t-il expliqué (lire ici). Mais le budget de 2014 promet d'être corsé. « Nous avons à donner des gages de sérieux budgétaire en 2014 », selon le chef de l'État qui a promis « des économies dans tous les budgets ». De quoi inquiéter sa majorité, déjà échaudée depuis plusieurs semaines par les choix économiques de l'exécutif.

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Cet article a été actualisé samedi après la conférence de presse de François Hollande au salon de l'agriculture.

Plusieurs citations ont été recueillies par mes collègues Stéphane Alliès et Mathieu Magnaudeix.