Le 24 mai 2007, un mois après sa défaite au premier tour de l'élection présidentielle, François Bayrou organisait un grand meeting au Zénith entouré de 6.000 militants survoltés. Il s’agissait alors de donner le coup d'envoi de la campagne pour les législatives, mais surtout, comme le résumait ce soir-là le député de la Loire, Gilles Artigues, de venir en nombre pour qu’on ne puisse plus «dire que François Bayrou est seul». «Ceci est un moment rare parce que c’est un moment fondateur», avait annoncé d'entrée le président du nouveau MoDem, avant de promettre: «Ce n’est pas une œuvre solitaire qui commence. J’ai voulu un nouveau mouvement mais il n’est pas le mien, je le porterai avec une équipe» (pour voir la vidéo du meeting, cliquez ici).
Un an après, où en est le mouvement dans sa construction ? Il est d’abord au cœur d’un certain paradoxe. D’un côté, 60.000 adhérents, près de 7 millions de voix recueillies à la dernière présidentielle (18,57% des suffrages contre 6,84% en 2002), plus de 2.000 conseillers municipaux et 39% des Français qui font de Bayrou leur favori pour occuper Matignon, selon un sondage CSA-Le Parisien d'avril. De l’autre, seulement trois députés à l’Assemblée nationale, onze sénateurs, huit députés européens, 300 maires et une seule élue au Conseil de Paris. Des électeurs, mais pas d’élus, comment expliquer une telle contradiction?
Pour le MoDem, la raison en est simple : «C’est le mode de scrutin majoritaire brutal qui explique notre faible nombre d’élus. Avec notre score aux législatives, on devrait avoir 50 députés!» insiste Olivier Henno, à la tête du mouvement dans le Nord. «C’est le fonctionnement des institutions françaises, dénonce l'ancien chef des Verts rallié au MoDem, Jean-Luc Benhamias. C'est pareil chez les Verts qui font seulement 3% à la présidentielle et qui réussissent à prendre la mairie de Montreuil!»
Pour d’autres, c’est la stratégie électorale de François Bayrou qui est en cause. «Le mercredi après le premier tour de la présidentielle, le bureau exécutif de l’UDF avait décidé qu’on ne donnerait aucune consigne de vote et que notre président, s’il était interrogé, dirait qu’il votait blanc. Au lieu de ça, François Bayrou déclare qu’il sait déjà pour qui il ne votera pas. Là, on perd tous les députés de centre droit. Une semaine plus tard, il dit qu’il ne votera pas Sarkozy, et là, le centre, la maison mère, se barrent ! Résultat: 7,28% aux législatives.» Même constat chez l’ancien bras droit de Bayrou, le président exécutif du Nouveau centre, Jean-Christophe Lagarde : «J’ai eu le sentiment d’être trahi lors de l’entre-deux-tours, puisque Bayrou est revenu sur notre décision de ne pas prendre position. Il voulait être le leader de l’opposition à Sarkozy, pour ça il est devenu le leader de la gauche.» Le président du MoDem, lui, dément. «Ils avaient déjà rallié Sarkozy quand j'ai exprimé mon choix, à deux jours du second tour», nous a-t-il affirmé.
Bernard Lehideux, député européen fraîchement nommé directeur de cabinet de François Bayrou, reconnaît que le MoDem «a connu un à-coup aux législatives quand François Bayrou a dit qu’il ne voterait pas Sarkozy. Mais pendant les municipales, les gens venaient me voir sur les marchés en disant "il avait peut-être raison". Le sondage Opinionway de mai, qui accorde 16% des voix à Bayrou si la présidentielle avait lieu aujourd’hui, le prouve».

