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Jeu.18 décembre 201418/12/2014 Édition de la mi-journée

A Marseille, des policiers de proximité font de la résistance depuis 1991

|  Par Louise Fessard

L'Unité de prévention urbaine ne compte que dix policiers mais depuis vingt ans, elle démine les tensions dans les quartiers grâce au dialogue et une connaissance fine des lieux. Ancien officier de police, Serge Supersac explique comment cette unité, unique en France, a été préservée des alternances politiques par les associations et élus.

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« Pour vivre heureux, vivons cachés. » Tel pourrait être le slogan de l'Unité de prévention urbaine (UPU), qui, à Marseille, a survécu aux alternances politiques depuis 1991. Cette toute petite unité de police de proximité, spécialisée dans le renseignement, compte seulement une dizaine de policiers. Mais selon Serge Supersac qui a étudié ce dispositif, « son sigle est aussi connu dans les quartiers que celui de la BAC (brigade anticriminalité) ».

Ancien commandant de police, passé par la BAC de Seine-Saint-Denis, Serge Supersac, 55 ans, est chercheur associé à l’Observatoire régional de la délinquance et des contextes sociaux d'Aix-en-Provence. Pour cette étude réalisée en 2012, il s’est appuyé sur une base documentaire et des entretiens avec les policiers de ce service, ainsi que leurs interlocuteurs habituels dans les quartiers. Faute d’autorisation de reportage sur l'UPU (voir la Boîte noire), nous l’avons interviewé.

Comment avez-vous découvert cette unité unique en France ?
Serge Supersac : C’est une unité que j’ai découverte en 2008 à travers mes travaux à l'Institut des hautes études de la sécurité et de la justice (INHESJ). Le ministre de l'intérieur Brice Hortefeux avait commandé à l'Institut un rapport sur le « Dialogue Jeunesse Police », qui est malheureusement resté dans les tiroirs du ministère.

À l’époque j’avais passé du temps à Marseille pour un travail sur les bandes avec une collègue. Donc j’avais pu observer le fonctionnement de l’UPU. Laurent Mucchielli (sociologue et directeur de l'Observatoire régional de la délinquance et des contextes sociaux – ndlr) m’a ensuite commandé une étude à ce sujet début 2012.

La création de cette unité relève-t-elle d’une initiative locale ?  
La naissance de cette unité est très intéressante. En 1991, les violences urbaines deviennent un sujet de préoccupation de plus en plus important au niveau national. Le gouvernement socialiste se préoccupe à nouveau des questions de police de proximité. Depuis leur première expérience d’îlotage de 1981-1982, les socialistes ont compris qu’il n’était pas possible de mettre des îlotiers partout. Mais ils veulent cibler les quartiers les plus difficiles et y recréer une relation police/population.

À Marseille, cela ne correspond pas vraiment à l’orientation du nouveau directeur départemental de la sécurité publique (DDSP) de l'époque. Ce dernier arrive de Seine-Saint-Denis, où il vient de renforcer les effectifs de la brigade anticriminalité (BAC). Donc, le directeur départemental se contente de demander au chef du secteur Nord de trouver quelques volontaires pour faire de l’îlotage, le temps que les politiques se lassent et passent à autre chose.

Au lieu d’obéir, le chef de secteur Nord, qui venait de vivre quelques épisodes compliqués de violences urbaines, monte son propre dispositif innovant. Il désigne deux flics atypiques, des ex-inspecteurs de police, qui repensent toute la problématique. Ils se disent : « On va aller vers les gens, mais pas juste pour déambuler comme Pinot simple flic. Il faut être efficace, avoir du renseignement, savoir quels sont les vrais problèmes. »

Les gardiens de la paix de l’UPU sont tous volontaires, ils travaillent en civil (contrairement aux îlotiers) dans le secteur géographique qui leur est attribué. Ils prennent contact avec les gens des quartiers et les associations. Les premiers résultats sont assez spectaculaires. La première surprise est de découvrir que, contrairement aux idées reçues, les gens veulent parler à la police. Il est donc assez facile de construire un réseau afin d’être les premiers avertis dès qu’il y a des tensions.

Ces agents surveillent-ils uniquement les quartiers populaires marseillais ?
Au départ, l’UPU ne couvrait que les quatre arrondissements du secteur Nord de Marseille. Puis on lui a confié la ville entière et, depuis 1996, toutes les circonscription du département. Chaque policier couvre, grosso modo, deux arrondissements marseillais et deux circonscriptions.

Ils ne sont qu'une dizaine de policiers, tous volontaires, pour l’ensemble des Bouches-du-Rhône, soit 0,31 % des effectifs du département. C’est une toute petite entité, enserrée dans une institution particulièrement offensive ! Mais à dix, ils ont fait économiser des millions d’euros. En novembre 2005, quand la plupart des banlieues flambent et que, partout en France, les autorités ont la migraine, il ne s’est rien passé à Marseille ! Les policiers de l’UPU étaient présents sur le terrain avant les incendiaires. Ce sont les policiers les mieux informés de Marseille.

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L'entretien a eu lieu le 21 décembre 2012 par téléphone. Serge Supersac a présenté son étude lors de la troisième journée d'étude de l'ORDCS le 14 décembre.

Ma première demande de reportage sur l'UPU date d'octobre 2011. Malgré de fréquentes relances (la dernière datant de novembre 2012), je n'ai jamais obtenu l'autorisation de reportage du ministère de l'intérieur. Sans raisons très claires. En octobre 2011, on m'avait répondu qu'il fallait laisser le temps au nouveau préfet délégué à la sécurité (Alain Gardère) de s'installer. En juin 2012, la réponse était à nouveau négative, l'actualité sur les questions de sécurité étant trop chargée à Marseille. En septembre 2012, un nouveau préfet de police (Jean-Paul Bonnetain) venait d'être désigné, etc.