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Jeu.03 septembre 201503/09/2015 Dernière édition

Charles Pasqua le jure, il n'était pas le roi du pétrole irakien

|  Par Michel Deléan

Interrogé au procès de l'affaire « pétrole contre nourriture », dans laquelle il est poursuivi pour trafic d'influence aggravé et corruption, l'ancien ministre Charles Pasqua n'a guère été mis en difficulté, à la différence de deux anciens hauts diplomates du Quai d'Orsay.

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À la différence du PDG de Total Christophe de Margerie, lui vient à toutes les audiences. Il marche lentement, un peu voûté. Il doit souvent s'éclipser cinq minutes, suivi de deux policiers en civil. Puis il revient, souriant. Se racle la gorge. S'endort un peu sur son fauteuil. Par la faute de débats mal maîtrisés et trop longs, Charles Pasqua, 85 ans, n'est interrogé qu'à partir de 19 heures, ce mercredi 30 janvier, au procès de l'affaire « pétrole contre nourriture », où il est jugé en compagnie d'une vingtaine de prévenus (lire ici).

Un de ses lieutenants a occupé, avant lui, presque toute la journée les magistrats de la XIe chambre correctionnelle de Paris. Vient son tour. Charles Pasqua commence à répondre assis, privilège de l'âge. 12 000 euros de retraite mensuelle. Deux condamnations au casier. Quelques relaxes, aussi.

Charles PasquaCharles Pasqua

Pour cette affaire, il est poursuivi pour trafic d'influence aggravé et corruption d'agents publics étrangers. Pendant une lecture du dossier aussi longue qu'ennuyeuse, la présidente du tribunal le rappelle, Charles Pasqua conteste avoir été bénéficiaire de quelque allocation de baril de pétrole que ce soit. Il avait même, à l'époque, déposé plainte pour usurpation d'identité en marge de ce dossier.

Il n'a jamais été question que le régime irakien le remercie de quoi que ce soit. Il aurait refusé, et il aurait trouvé cette proposition « insultante », avait-il lancé au juge qui instruisait le dossier, un certain Philippe Courroye. Dans cette affaire, comme dans d'autres, Pasqua n'aurait été qu'une victime, et « on » aurait fait des affaires frauduleuses en se servant de son nom. Le parquet avait d'ailleurs requis un non-lieu en sa faveur.

Au terme de ce résumé laborieux, la première question est enfin posée à Charles Pasqua, peu avant 20 heures. Il se lève et se saisit du micro. Mais au lieu de répondre aux questions, le vieil acteur souhaite d'abord dire quelques mots sur sa « personnalité ». On tend l'oreille.

« Au mois de mars 1938 a eu lieu une grande réunion à Bastia à laquelle assistaient des dizaines de milliers de personnes », commence Charles Pasqua avec sa voix inimitable. « Mussolini réclamait un certain nombre de territoires, la Savoie, la Corse et Nice. Nous étions un certain nombre de jeunes gens présents dans la foule. Ça s'est terminé par un serment solennel, retranscrit sur un petit blason que nous avons porté. » Le « serment de Bastia », écrit sur « fond tricolore », et qui se terminait par ces mots : « Nous jurons de vivre et de mourir français. » On en reste coi.

« Quand la guerre a éclaté, j'avais 13 ans, poursuit Pasqua. J'ai juré de faire tout ce que je pourrais pour le pays », poursuit-il, commençant à retrouver son allant, et l'assistance à abandonner tout idée d'apprendre quoi que ce soit sur les faits. Tout y passe. La Résistance, le renseignement, de Gaulle, le RPF, la « trahison des parlementaires ». Puis les années Ricard. Mai 1968. Le SAC. La manif du 30 mai 1968, dont il garde le souvenir d'un « mal aux pieds ». Et encore Pompidou. Les législatives. La carrière politique.

Tout cela pour arriver à un refrain que l'on a déjà entendu lors des précédents procès de Charles Pasqua. « Quand on a suivi le général de Gaulle, on a des principes. On sert le pays. On sert l'État. On n'attend aucune récompense. » Alors, vous pensez bien… « Si on m'avait proposé des barils de pétrole… » Au fait, « il a été élu quand Chirac, déjà, en 1995 ? » demande le vieux grognard, dont la voix s'échauffe, et le métier revient.

« J'ai soutenu Édouard Balladur, Jacques Chirac ne m'en a pas voulu. » Bon. Ce numéro déjà vu et déjà entendu, évoquant un sosie de Fernandel usé jouant dans un film de truands, a encore quelques amateurs dans la salle d'audience. On apprend que Jacques Chirac lui a proposé l'institut du monde arabe. Qu'il a refusé. Et puis d'un coup, il se souvient pourquoi il est  là. « Des barils de pétrole pour M. Pasqua? Je vous aurais foutu par la fenêtre ! » gronde-t-il. « Je suis un serviteur de l'État, l'argent n'a jamais été pour moi la valeur essentielle. Guillet (un de ses collaborateurs de l'époque - ndlr) le savait parfaitement. »

Charles PasquaCharles Pasqua

« Pourquoi Tarek Aziz voulait-il vous remercier ?

— C'est un peu plus compliqué que ça. Quand Tarek Aziz a pu venir en France se faire soigner, le Quai d'Orsay n'était pas au courant, mais le premier ministre l'était. Je l'ai reçu au conseil général, c'est vrai. Il a pu rester une semaine à Paris. Mais me remercier... C'est tout à fait dans le tempérament des pays du Moyen-Orient. Ce qui n'est pas logique pour eux, c'est qu'on n'accepte pas. Qu'il ait eu cette idée, oui, je veux bien le croire. Que c'était une bêtise, c'est évident.

— Comment expliquez-vous que votre nom apparaisse dans ce dossier ?

— Vous me posez la question à moi ? Mais je ne suis pas chargé de l'enquête ! Je suis prévenu. L'enquête a été un peu légère...

— Vous êtes pourtant allocataire de barils de pétrole.

— On ne peut pas me présenter comme allocataire de barils de pétrole, mais comme ayant été envisagé comme allocataire, car je n'ai rien reçu du tout ! Et je n'ai jamais varié là-dessus. D'ailleurs il n'y a pas à varier.

— Comment qualifieriez-vous Bernard Guillet ?

— C'est un excellent diplomate. Mais en ce qui concerne les relations avec l'Irak, je serais un peu plus nuancé...

— Qui a pu utiliser votre nom ?

— La première hypothèse, c'est Guillet, il était le mieux placé pour ça. Deuxième hypothèse, des dirigeants de la Somo (la compagnie pétrolière de l'État irakien - ndlr). La troisième, c'est Elias Firzli (un intermédiaire libanais - ndlr), ça m'est apparu au cours de ces débats. Il apparaît comme l'aiguilleur dans ce dossier. »

Pas de question du parquet. « Je n'ai jamais été un partisan du régime irakien », conclut Pasqua. Par chance pour lui, l'enquête n'a pas prouvé indiscutablement qu'il ait personnellement reçu des fonds – comme dans d'autres affaires. Son interrogatoire n'aura duré que 45 minutes.

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