France- Allemagne, la grande ignorance (7/7)

Entre ex-RDA et Pologne, une frontière difficile à effacer

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    Le rendez-vous avait été fixé côté allemand, à la piscine municipale de Pasewalk. Sur place, il y a un barbecue, des steacks savoureux, des bières et du vin. Le maire de Pasewalk et son homologue polonais de Police (prononcer «Politsé») se saluent, échangent des cadeaux et des plaisanteries, traduites par l'interprète. Puis, chacun va s'asseoir de son côté sous la tonnelle en plastique dressée pour l'occasion. Les Allemands, à gauche, les Polonais à droite (photo ci-dessous). Les deux camps s'ignorent. Le maire polonais fait des grimaces pour tenter de réchauffer l'atmosphère. Rires embarrassés.

     

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    «On ne se connaît pas du tout, nous ne parlons pas polonais, ils ne parlent pas allemand», dit une employée municipale de Pasewalk. C'est la deuxième fois que les agents municipaux des deux villes jumelées, Pasewalk (côté allemand) et Police (côté polonais), se rencontrent. Il était temps: le jumelage entre les deux villes est vieux de dix ans ! Derrière le barbecue, deux serveuses allemandes se moquent à voix haute. «Prenez ce qui reste de salade de pomme de terre, me dit l'une d'elles en désignant le clan polonais du menton. Ça évitera à ces grosses dames là-bas de grossir!»

     

    «Avec les Polonais, le dialogue s'établit très progressivement, admet le maire de Pasewalk, Rainer Dambach. Dans le domaine économique, nous essayons d'intensifier nos relations, nous commençons à avoir quelques projets culturels Rien de bien tangible, en réalité. Pendant ce temps, Pasewalk, 11.000 habitants, tout au bout, là-haut, dans le nord de l'Allemagne (Mecklembourg-Poméranie) végète. La frontière polonaise n'est qu'à une vingtaine de kilomètres (photo). Les Länder riches du sud et de l'ouest sont bien loin. Même Berlin est à plus de deux heures de train. Pasewalk rétrécit, comme une foule de cités de l'ancienne RDA socialiste. A la réunification, il y avait encore 15.000 habitants. Immédiatement, les femmes, les jeunes, les techniciens qualifiés sont partis.

     

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    L'arrondissement de Pasewalk est le plus pauvre d'Allemagne. La région a toujours été une terre de paysans. Sous la république socialiste, il y avait ici un abattoir, une usine de transformation de la viande, un énorme silo, une laiterie, une boulangerie et un grand dépôt logistique des chemins de fer. Il reste une pâtisserie et une charcuterie industrielles, et la gigantesque carcasse du silo désaffecté, juste derrière la gare.

     

    Le chômage est officiellement de 19%, 3 à 4% de plus en réalité selon le maire. Il n'y a pas de travail. Et quand quelques postes se présentent, la main-d'œuvre bien formée manque. Soir de la fin mai, au centre-ville, près de la place du marché. L'air est doux, il est 21 heures, mais la patronne de la tratorria Ratzi range déjà sa terrasse. Elle marmonne: «Die Luft ist raus Traduction : les gens sont fauchés. Personne dans les rues. Pasewalk a tout d'une cité fantôme.

     

  • Pasewalk aimerait voir les plombiers polonais déferler!

     

    Du haut de son bureau de la Chancellerie de Berlin, Angela Merkel pense peut-être parfois aux champs vert tendre doucement décoiffés par le vent de cette partie de l'Allemagne de l'Est. Elle a grandi pas très loin, à Templin, une petite ville de l'Etat voisin du Brandebourg. Fille de l'Est, elle connaît le marasme économique des nouveaux Länder. Elle sait que le salut de l'ancienne RDA dépendra beaucoup des relations qu'elle arrivera à tisser avec ses voisins orientaux. Elle sait aussi que ce rapprochement prendra du temps. Beaucoup de temps.

     

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    Pasewalk, mai 2009 © Mediapart

     

    Avant 1945, Pasewalk était au cœur de la Prusse, cet ancien royaume qui s'enfonçait loin dans l'actuel territoire de la Pologne. L'Allemagne défaite a vu son territoire rogné par l'avancée de l'armée Rouge. Staline et les vainqueurs ont décidé du tracé de sa frontière avec la Pologne, la ligne formée par l'Oder et son affluent, la Neisse. Stettin, la plus grande ville de la région, qui avait longtemps servi de port à Berlin, s'est retrouvée en Pologne, on l'a rebaptisée Szczecin.

     

    Des millions d'Allemands ont alors dû fuir les régions de l'Est. Comme les parents de Benno Mahlke, fonctionnaire municipal de Pasewalk. Sa mère a grandi à Stettin. Elle n'a jamais voulu retourner dans sa ville natale, devenue étrangère et repeuplée par Staline de Russes et d'Ukrainiens déplacés de force. «Ici, beaucoup de gens, surtout les plus vieux, ont encore du ressentiment vis-à-vis des Polonais, explique Benno. Ça changera, avec le temps.»

     

    Au temps de la RDA, les relations à l'intérieur du bloc soviétique décidaient du degré d'ouverture de la frontière. Poreuse dans les années 70, hermétique dans les années 80 : la RDA voulait éviter d'être contaminée par la contestation menée en Pologne par le syndicat Solidarnosc... Malgré l'adhésion de la Pologne à l'Union européenne en 2004, malgré son intégration dans l'espace Schengen en 2007, la frontière mentale n'est toujours pas effacée.

     

    Ils ont beau ne pas être les meilleurs amis du monde, les édiles de Pasewalk et de Police sont bien conscients qu'ils doivent s'inventer un avenir commun, malgré les innombrables blessures du passé. «Il est évident que notre avenir économique ne passe pas par les subventions de l'Etat fédéral qui ne cessent de diminuer, ou par les seuls fonds européens, dit Rainer Dambach, le premier magistrat de Pasewalk. Nous devons intensifier nos relations.»

     

    «Nous ne pouvons pas réécrire l'histoire, renchérit Władysław Diakun, son homologue polonais de Police, ex-ville allemande près de Szczecin qui s'appelait Pölitz avant 1945. Nous devons penser à l'avenir. Et l'avenir, c'est se dire que le voisin géographique est le meilleur possible. C'est important que nous, frontaliers, construisions ce rapprochement. Si nous ne le faisons pas, personne ne le fera Selon Benno Mahlke, le fonctionnaire de la mairie qui s'est un temps chargé du développement économique, les barrières sont pourtant nombreuses. «Nous organisons depuis des années une foire commerciale ici, à Pasewalk. Quelques chefs d'entreprise polonais sont présents. Mais s'il n'y avait pas la barrière de la langue, nous pourrions mieux travailler ensemble.»

     

    Depuis que la Pologne est dans l'Union européenne, les relations économiques germano-polonaises se sont intensifiées. L'Allemagne est le premier investisseur étranger en Pologne. Mais ces échanges se font largement sans l'ancienne Allemagne de l'Est, à l'économie fragile. A Pasewalk, quelques chefs d'entreprises polonais sous-traitants de l'industrie allemande se sont installés pour profiter du label Made in Germany et augmenter leurs prix de 30%. Une petite bouffée d'air, quelques dizaines d'emplois créés.

     

    Pourtant, il reste quasiment impossible pour des travailleurs polonais de se faire embaucher par des entreprises installées en Allemagne. «En 2009, le gouvernement devait abolir les restrictions imposées aux travailleurs polonais qui veulent travailler en Allemagne, raconte Rainer Dambach, le maire (sans étiquette) de Pasewalk. Mais en cette année électorale et à cause de la crise mondiale, le gouvernement a jugé plus prudent de repousser ce délai de deux ans, par peur d'une arrivée massive de Polonais moins payés que les Allemands. A mon sens, c'est une très grave erreur qui handicape notre développement.»

     

    Avis partagé par Jaroslaw Wieczorek, entrepreneur polonais qui a installé en 2007 à Pasewalk son atelier de pièces pour l'automobile (onze salariés) : «Un Polonais ne peut s'installer ici que s'il crée une entreprise ou s'il travaille à son compte. J'ai beaucoup de mal à trouver dans la population allemande des salariés qualifiés, à tel point que je me demande si je vais rester de ce côté-là de la frontière.»

     

    En France, lors du référendum de 2005, on avait beaucoup parlé des plombiers polonais. A Pasewalk, dans le Brandebourg et les autres Etats de l'Est, on souhaiterait qu'ils arrivent en masse pour redresser l'économie. Mais le reste de l'Allemagne, et notamment les Länder riches du sud, les voient encore d'un mauvais œil.

     

  • «L'Allemagne doit encore plus se tourner vers l'Est»

     

    Dans la région de Pasewalk vivent tout de même 1200 Polonais. Beaucoup ne travaillent pas ici, mais à Szczecin, située à une quarantaine de kilomètres à peine. En général des Polonais de la classe moyenne, attirés par un prix du mètre carré très bas dans l'ex-RDA. A Löcknitz, un bourg de 3000 habitants tout près de la frontière polonaise, les agences immobilières font des offres alléchantes: une ferme de 223 m2 habitables entièrement rénovée pour 150.000 euros, une maison de 106 m2 pour 44.000 euros...

     

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    Les Polonais sont encore peu intégrés à la vie locale. Les préjugés, de part et d'autre, restent tenaces. «Ici, ce ne sont pas les plus malins qui sont restés, vous savez», tance Jan Rybski, un promoteur et architecte polonais qui vend des maisons à ses compatriotes. Comme preuve, il exhibe un tract du NPD, le parti d'extrême droite qui affiche ici régulièrement des scores de 20% aux élections en surfant sur la pauvreté et le ressentiment anti-polonais. A Löcknitz, où les élections communales ont lieu ce 7 juin en même temps que le scrutin européen, le NPD a tapissé les lampadaires de la rue principale d'affiches xénophobes (photo ci-dessus). Pour beaucoup d'habitants, les Polonais sont toujours considérés comme des délinquants en puissance.

     

    Que leur pouvoir d'achat puisse avoir augmenté au point qu'ils achètent des maisons de l'autre côté de la frontière alors que l'économie de l'ex-Allemagne de l'Est vivote, exacerbe encore les rancœurs côté allemand, explique l'historien Thomas Serrier, chercheur à l'Université Viadrina de Francfort-sur-l'Oder. «Le cliché du Polonais maraudeur, petit trafiquant, a la vie dure. En allemand, l'expression "polnische Wirtschaft" (littéralement "économie polonaise") désigne une économie de bric et de broc, c'est un peu l'équivalent de l'expression "travail arabe" utilisée par certains pieds-noirs.»

     

    A Löcknitz, il y a bien un lycée germano-polonais, régulièrement visité par les officiels des deux pays. Mais au jardin d'enfants, les parents allemands se sont opposés à ce que leurs enfants apprennent le polonais, raconte Marcin Gaborski. Ce jeune entrepreneur (il a 35 ans) a scolarisé ses filles au jardin d'enfants de Löcknitz pour qu'elles apprennent l'allemand et puissent comme lui étudier un jour à Berlin. Il ne s'explique toujours pas l'attitude des parents d'élèves allemands. «Ils sont tellement fiers», dit Gaborski en haussant les épaules.

     

    A Szczecin, de l'autre côté de la frontière, Gaborski dirige une clinique dentaire (photo ci-dessous). Toute la journée, il voit défiler dans son établissement ultra-moderne entre 20 et 30 clients allemands qui se bousculent pour se faire poser des prothèses dentaires pour deux fois moins cher qu'en Allemagne. Ils font parfois des centaines de kilomètres. Le jour de notre visite à la clinique, Barbara Bach était venue de Göttingen (ouest, Basse-Saxe), à 500 kilomètres de là, pour un devis. Les époux Hauss, eux, avaient fait le déplacement de Krefeld (ouest, Rhénanie-du-Nord) : 800 kilomètres de trajet!

     

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    «Depuis la chute du mur, les relations se sont intensifiées avec l'Allemagne, explique Basil Kerski, rédacteur en chef du magazine germano-polonais Dialog et responsable d'un lobby fédéral favorisant les initiatives entre les deux pays. Les échanges économiques sont fructueux entre la région de Varsovie et les Länder riches du sud de l'Allemagne, où des villes du nord comme Francfort et Hambourg. Dans ce domaine, la frontière a bel et bien été effacée. Mais sur le plan culturel, elle reste intacte.» Kerski, ami et conseiller du premier ministre libéral (et pro-européen) polonais Donald Tusk, rêve désormais de symboles forts, aussi forts que dans les années 70, quand le chancelier social-démocrate de RFA, Willy Brandt, avait lancé la politique d'ouverture à l'Est – l'OstPolitik.

     

    «Depuis que la Pologne est entrée dans l'espace Schengen, l'Allemagne commence à regarder vers l'Est, mais nous ne pouvons pas nous en tenir là. La chancelière, qui est originaire de RDA, doit cesser de donner des gages à l'aile la plus nationaliste de sa majorité.» En Allemagne, le lobby des Vertriebene, ces Allemands déplacés des territoires orientaux après la Seconde Guerre mondiale reste en effet très influent au sein du parti conservateur (CDU) de Merkel. «L'Allemagne doit réinventer une politique en direction des pays de l'Est. Nous devons réussir, ensemble, à dépasser l'histoire, à créer des référentiels culturels communs. Faute de courage politique, Angela Merkel risque de décevoir ceux qui, à l'Est, avait cru en elle Selon Kerski, c'est à cette seule condition que l'Allemagne, aujourd'hui centre géographique de l'Europe à vingt-sept, en deviendra le cœur.

     

    Textes et photos : Mathieu Magnaudeix, envoyé spécial à Pasewalk (ex-RDA)

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Je suis resté dans la région de Pasewalk pendant trois jours, du 25 au 27 mai. Je me suis également rendu à Szczecin (ex-Stettin), en Pologne, pour rendre visite à Marcin Gaborski, PDG de la clinique Hahs. J'ai choisi Pasewalk car j'avais entendu parler de ces Polonais qui s'installaient, attirés par le prix de l'immobilier en ex-RDA. Sur place, il n'a pas fallu beaucoup de temps pour découvrir que, derrière ce miracle célébré régulièrement dans les médias allemands, se cachent (assez mal) une foule de rancœurs, de préjugés et de blessures de l'histoire. Mais aussi la conscience que c'est derrière la frontière que réside le salut éventuel de l'ancienne république communiste de RDA. Thomas Serrier, historien à Francfort-sur-l'Oder, et Basil Kerski, lobbyiste des relations germano-polonaises, journaliste et essayiste, ont été interrogés par téléphone depuis Paris.

 

PASEWALK : 11.000 habitants, au nord-est de l'Allemagne (Mecklembourg-Poméranie, ex RDA socialiste). La ville comptait 15.000 habitants à la chute du mur de Berlin. Pasewalk est situé à 20 kilomètres de la frontière polonaise. L'arrondissement de Pasewalk est le plus pauvre d'Allemagne : le revenu par tête y est de 13860 euros, alors que la moyenne fédérale est de 19.000 euros.

 

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ALLEMAGNE-POLOGNE, UNE HISTOIRE DE FRONTIERES :

 

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© Carte Wikimedia

 

En 1945, l'Allemagne défaite a vu son territoire amputé. La nouvelle frontière avec la Pologne a été établie le long du fleuve Oder, et de son affluent la Neisse. Cette frontière est communément appellée la ligne Oder-Neisse. Elle a été reconnue par la RDA socialiste dès 1950, et en 1990 après la chute du mur de Berlin par la RFA réunifiée.

 

Sur la carte, les territoires allemands avant 1945. Les territoires autour de Stettin constituaient la province prussienne de Poméranie, les territoires autour de Königsberg la Prusse orientale.
En vert, les territoires restés allemands (RDA à partir de 1949)
En jaune, les territoires ex-allemands devenus polonais en 1945.

En violet, la ville libre de Gdańsk. Depuis le traité de Versailles à la fin de la Première guerre mondiale, Gdańsk, était sous le contrôle de la Société des Nations (1920) et séparé du territoire allemand par un corridor attribué à la Pologne qui réclamait un accès à la mer. A très forte majorité peuplé d'Allemands, le territoire est repris par les nazis en 1939. A la fin de la guerre, Gdansk redevient polonais.
En orange, Königsberg. Longtemps capitale des rois de Prusse, Königsberg est rebaptisée Kaliningrad en 1946 et donnée à l'URSS de Staline.

 

LES PRECEDENTS VOLETS DE NOTRE SERIE SUR L'ALLEMAGNE D'AUJOURD'HUI :

J'aime beaucoup cette série d'articles sur l'Allemagne. Mais j'avoue ma préférence pour les articles écrits par des allemands. Je ne sais pas ce que pense au fond d'eux même nos voisins et en particulier de cette mise au ban de l'humanité depuis 65 ans. Il y a des sujets qu'il ne faut plus évoquer en Europe. C'est le problème des frontières. Il me parait particulièrement maladroit de parler de la frontière oder-neisse et de celui des réfugiés allemands.L'Europe a trouvé une solution qui s'appelle l'espace de Schengen. En lisant cette article , je pensais à Givet qui semble connaître des conditions économiques aussi difficile que Locknitz sans que cela n'engage un débat entre wallons et français.

@ Fr Bouchard,

Je me suis intéressé depuis longtemps à la formation de la ligne frontière entre la France et la Belgique, notamment sur la ligne de fortifications qui remonte à Vauban et même antérieurement. Rocroy, Sedan, Givet, Bouillon, Montmédy, et d'autres qui sont plus à l'intérieure de la Belgique comme Namur et Huy.

Celle de Montmédy fut construite par Charles - Quint, puis renforcée par Vauban dont on sait peu qu'il a utilisé de nombreux ingénieurs qui étaient protestants ce qui l'avait conduit à demander pour des raisons économiques à Louis XIV de s'engager sur le chemin de la paix. On sait peu aussi qu'après Waterloo, Napoléon demanda que tout soit fait pour garder Montmédy. Finalement la forteresse fut prise par les Prussiens qui ne la quittèrent qu'en novembre 1818.

L'espace Shengen est le résultat d'une politique inter-gouvernementale. Habitué à défendre une ligne plus " européenne " je fus mis en présence d'un exposé sur les avancées " pragmatiques " d'une avancée dite de type Schengen pour lutter contre le vol de voitures , qui faisaient l'objet de vols systématiques à destination de l'Europe de l'Est ou de la Turquie.

Schengen est une curieuse équipée puisque la Suisse , qui n'est pas dans l'Union , fait partie de Schengen , alors que la Grande-Bretagne n'en fait pas partie. S'il avait fallu attendre la Grande- Bretagne pour avoir l'unanimité et donc atténuer les conséquences des vols de voitures ont attendrait toujours. Dans ce cas, on constate que l'inter-gouvernemental a permis certaines avancées. Constatons aussi que ni la Grande-Bretagne ni le Danemark et la Suède ne sont dans l'euro, alors que la Slovénie y est et que d'autres pays y sont comme le Montenégro qui n'est pas dans l'Union.

Givet mériterait d'être relié par chemin de fer au réseau belge. En effet, il y a un besoin croissant au départ de Troyes au moins de rejoindre les ports d'Anvers et de Hollande par une voie plus directe. Le trafic autoroutier Troyes, Charlevilles - Maisières, Rocroy pour aller vers Liège Anvers ou le chemin de fer Givet et la Meuse soit briser cette frontière si artificielle à de nombreux égards.  

Staline et les vainqueurs… Parmi ceux-ci Churchill, qui “l'avait un jour montré [le déplacement de la frontière de 225 km à l'ouest] à Staline avec trois allumettes, sur une table”.
Ne pas oublier que, pour la Pologne, cette modification de sa frontière ouest s'est accompagnée d'une autre, de la même amplitude, à l'est. Avec, dans ce pays aussi, un immense transfert de population de l'est vers l'ouest, accompagné de tous les drames que l'on peut imaginer. Sans compter les déplacements forcés subis pendant la guerre : 75 000 paysans polonais expulsés de Prusse orientale pour faire place aux Allemands transférés des États baltes, plus de 300 villages évacués dans la région de Zamość – évictions accompagnées "de boucheries indicibles".*
Ne pas oublier non plus l'occupation à laquelle une partie de la Pologne fut soumise par la Prusse pendant près d'un siècle et demi, avec un régime plus dur que celui appliqué par l'occupant russe dans une autre partie du pays.
Pourtant, ce passé proche ou lointain n'empêche pas les jeunes Polonais d'apprendre la langue allemande, qui ne cesse de gagner du terrain.


* Dans son Histoire de la Pologne, l'historien britannique Norman Davies dresse un tableau des transferts de population dans cette partie de l'Europe de 1936 à 1948, en y incluant les déportations de Polonais ou autres pendant les purges soviétiques en Ukraine.
Ce qui donne un total d'environ 11 millions pour les seuls Polonais

C'est curieux, cet article sur la grande plaine, cet espace ou le regard ne bute jamais, mais ou l'histoire bute toujours, suscite moins de commentaires, moins de polémique. Cet endroit improbable, blanc économique, qui se définit par ceux qui le quittent, voilà un but de voyage...

Tableau intéressant des rapports humains germano-polonais dans ces régions frontalières, malgré un certain nombre d'inexactitudes ou d'approximations (marginales).
Par exemple, ça n'a pas de sens de dire que Stettin a été rebaptisée Szczecin : c'est exactement le même nom (utilisé depuis toujours en polonais) avec l'orthographe de la langue du pays, les Français n'ont pas "rebaptisé" Strasbourg en 1681, 1918 ou 1944 même si c'était (et encore aujourd'hui) écrit Straßburg en allemand (avec une prononciation alsacienne qui est en fait Schtrosburi..).
Ou encore la phrase "(...) ville natale, devenue étrangère et repeuplée par Staline de Russes et d'Ukrainiens déplacés de force." qui devrait être "(...) repeuplée de Polonais expulsés par Staline en 1944-1947 de territoires transférés de la Pologne à l'Ukraine, la Biélorussie ou la Lituanie, alors républiques soviétiques."

Très juste. C'est bien de parler de ce genres de problèmes mais ce n'est pas propre à l'Allemagne, et la présentation qui en est faite semble oublier un problème plus important.
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Il aurait été utile de parler des tensions entre les "Wessis" (les Allemands de l'Ouest) et les "Ossis" (les Allemands de l'Est), les premiers considérant assez mal les seconds. Cela était déjà le cas avant la chute du Mur, avec les réfugiés de l'est. Les patronymes d'Allemagne de l'est provoquait déjà une certaine moue lors des présentations.
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Ces tensions sont d'autant plus importantes que les Allemands de l'Ouest ne s'aiment déjà pas entre eux. Cela remonte à l'époque précédent l'unité allemande. Voir les blagues qui circulent sur les habitants du Schleswig-Holstein (les Belges d'Allemagne) ou le mépris qu'inspirent les Bavarois (les ploucs d'Allemagne). Tout dépend bien sur de l'endroit où on se trouve.
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L'expression d'un tel dédain existe également en France avec les noms de personnes de régions au particularisme fort, dont on entend régulièrement dire qu'elles sont si peu françaises, qu'elles coûtent cher ou qu'il faudrait envisager de s'en débarrasser. La culture du résultat en arrive à la négation des valeurs humaines.

Cher Mathieu,
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Je me suis délecté de ce voyage à travers la diversité de l'Allemagne et je n'ai qu'un regret, c'est qu'il soit terminé (semble-t-il). Cette forme de reportage au long cours est vraiment utile pour dépasser la vision superficielle que nous pouvons avoir de nos voisins à travers la lecture des seuls articles d'actualité. J'espère qu'il y en aura d'autres.