L'Afrique au centre (1) - Comment la Chine s'est emparée d'un continent

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    Ce serait l'une des explications de fond à l'envolée des cours des matières premières depuis des mois, comme à l'éclatement des «émeutes de la faim» en début d'année : les besoins gigantesques d'une Chine jamais rassasiée. Avec une économie au bord de la surchauffe et une croissance annuelle à deux chiffres (plus de 11% en 2007), le pays est devenu l'un des tout premiers importateurs nets de matières premières au monde.

     

    Pour faire ses courses, la Chine s'est tournée vers l'Afrique. Cuivre (Zambie, Afrique du Sud), alumine (Guinée), pétrole (Soudan, Guinée), cobalt (Afrique du Sud, RDC), métaux ferrugineux (Mauritanie)...

     

    Citons une poignée de chiffres pour prendre la mesure de ce mouvement de fond, véritablement enclenché au tout début des années 2000 : le commerce régional entre les deux régions a explosé, multiplié par 50 de 1980 à 2005, et par 5 entre 2000 et 2006, pour s'établir à 55 milliards de dollars. La barre des 100 milliards devrait être dépassée en 2010.

     

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    © Paolo Woods

     

    Le graphique ci-dessous, tiré du livre collectif China returns to Africa (lire sous Prolonger), montre la forte accélération des exportations africaines vers la Chine (bâtonnets clairs) et des importations de produits chinois en Afrique (bâtonnets sombres) à partir de l'année 2000. Ce n'est pas un hasard : cette année-là s'est tenu à Pékin, en toute discrétion, le premier Forum de coopération Chine-Afrique, grande messe diplomatique orchestrée par le président chinois Hu Jintao (et qui continue de se dérouler, tous les trois ans – prochaine édition en 2009 au Caire).

     

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    «Le phénomène a changé d'échelle. Tout se passe comme si [les Chinois] avaient d'un coup décuplé leurs efforts au point de pénétrer l'imaginaire d'un continent», confirment les journalistes Serge Michel et Michel Beuret dans leur livre La Chinafrique (Grasset, 2008). Combien de Chinois sur place ? Combien d'entreprises ? Quelle part d'investissements privés ? Quelle part d'aide au développement ? Quelle mainmise de l'Etat chinois ?

     

    L'administration chinoise se montre très discrète sur ces sujets et l'abondante littérature parue ces derniers mois (lire le détail des références sous l'onglet Prolonger) ne permet pas de trancher sur les chiffres. Selon les estimations les plus courantes, entre 500.000 et 700.000 Chinois vivraient sur le continent aujourd'hui. Un petit millier d'entreprises ont été recensées.

  • Un grand merci à la Banque mondiale

    La Chine avance en fait sous une série de sigles plus ou moins bien identifiés. CRBC (China Road and Bridge Corporation), WEITC (Weihai International Economic Technical Cooperative), CNOOC (China National Oil Offshore Corporation) : autant d'entreprises en train de s'internationaliser à toute vitesse sur le continent africain, avant de devenir, dans quelques années, des poids lourds mondiaux de leur secteur.

     

    Pour résumer la situation à très gros traits, la Chine importe des ressources naturelles et exporte des produits manufacturés. «Si les échanges entre la Chine et l'Afrique relèvent du Sud-Sud, leur structure s'apparente à un commerce Nord-Sud», estime Jean-Raphaël Chaponnière, de l'Agence française de développement (AFD).

     

    Pour autant, la vision d'une Chine «pilleuse» du sol africain, régulièrement relayée à Bruxelles ou à Paris, est réductrice. Les situations sont très variées. D'abord, les investissements ne se limitent pas aux seules matières premières – la construction, le textile, les télécoms sont également concernés. Et tous les pays africains ne sont pas logés à la même enseigne (parmi les grands absents, la Libye).

     

    Parfois, comme en Zambie, les activités chinoises sont très contestées et font l'objet de prises de position des politiques sur la scène nationale. Dans d'autres cas, comme au Soudan, c'est la communauté internationale qui gronde. La carte ci-dessous dresse un rapide état des lieux, à travers la situation d'une dizaine de pays emblématiques.

     

    Cliquer ici pour lire la carte.

     

    Comment les Chinois s'en sont-ils retrouvés là, en quelques années à peine ? D'après la Cnuced, l'empire du Milieu pilotait en 2005 près de 10% de l'ensemble des investissements étrangers en Afrique... En fait, les Chinois peuvent remercier la Banque mondiale, qui leur a sérieusement facilité les choses.

     

    «Les Africains ont été obligés par l'institution de Washington de soumettre leurs travaux d'infrastructure à des appels d'offres. Et les Chinois gagnent à tous les coups, grâce à une main-d'œuvre bon marché, à des économies d'échelle et sur les faux frais», résument Serge Michel et Michel Beuret. Conséquence, depuis 2000, les entreprises chinoises sont en train de construire plus de 6.000 kilomètres de routes, 3.000 kilomètres de chemins de fer et huit centrales électriques, selon les chiffres du FMI.

  • La technique du «package»

    Ce coup de pouce, bien involontaire, de la Banque mondiale a de quoi faire sourire, quand on sait que Hu Jintao ne cesse, lors de ses voyages officiels en Afrique, de fustiger le «consensus de Washington» prôné par le FMI et la Banque mondiale, pour mieux défendre l'esprit des non-alignés, dans la droite ligne de la conférence de Bandung de 1955... Un discours qui rencontre un franc succès auprès des dirigeants africains comme des populations.

     

    Pourquoi les propositions des Chinois sont-elles régulièrement moins chères, de 30 à 50% par rapport à celles des Français, lors des appels d'offres en Afrique ? En fait, les entreprises chinoises font venir de Chine leur propre main-d'œuvre, ce qui leur permet de baisser leurs coûts.

     

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    © Paolo Woods

     

    Si cela ne suffit pas, les Chinois ont une autre astuce pour l'emporter à coup sûr. Ils recourent à la technique du «package». Des offres groupées, en somme : une autoroute + un pont + une raffinerie + l'exploitation d'une mine. Parfois, si le contrat est vraiment important, ils proposent de construire, gratuitement, de nouveaux bâtiments pour un ministère, voire un palais présidentiel tout entier. Les profits dégagés par l'exploitation de la mine permettront, au fil des ans, de rembourser ces investissements.

     

    A chaque fois, ces «packages» sont financés par la même institution, l'Exim Bank (pour exportations/importations), lancée en 1994. En septembre 2006, le banquier avait déjà prêté de l'argent pour la réalisation de 259 projets en Afrique, dans 36 Etats, dont une grande majorité (près de 80%) pour la construction d'infrastructures.

     

    Depuis quelques mois, les formes de la présence chinoise évoluent. En début d'année 2008, Pékin s'est pourvu d'un nouvel instrument, un fonds souverain doté de quatre milliards de dollars pour faciliter l'implantation de ses entreprises sur le continent, le «fonds de développement Chine-Afrique».

     

    Mais l'opération la plus spectaculaire a été annoncée fin 2007 : l'achat de 20% de la plus grosse banque d'Afrique, la Standard Bank, par ICBC (Industrial and Commercial Bank of China), pour 5,46 milliards de dollars. Pour cette première incursion dans la finance africaine, le géant bancaire chinois n'a pas hésité à casser sa tirelire, dépensant les bénéfices engrangés lors de son entrée en Bourse de Hong Kong.

  • Le fantasme de l'invasion chinoise

    Cette diversification des investissements chinois en Afrique, qui inquiète certains Américains et Européens, s'accompagne d'un discours rassurant des autorités de la République populaire de Chine : Hu Jintao défend un «partenariat gagnant-gagnant», et promet des «bénéfices mutuels» dans ces relations commerciales entre pays du Sud. Pourtant, les critiques, difficiles à vérifier pour le moment, ne manquent pas.

     

    En vrac : trop faible recours à la main-d'œuvre locale sur les grands chantiers, des rémunérations souvent modiques pour les ouvriers africains «exploités», des garanties sociales souvent inexistantes pour les travailleurs, des cas de fraudes fiscales, aucun respect des normes environnementales, soutien politique indirect à des régimes autoritaires, ventes d'armes au Soudan et au Zimbabwe... Sans parler de la question complexe de l'aide au développement, sur laquelle nous reviendrons plus tard dans la semaine.

     

    Depuis quelques mois, des travaux universitaires sont venus utilement nuancer les analyses alarmistes formulées ici ou là. Comme le résumait Robert Peccoud, responsable du département recherche de l'Agence française de développement (AFD), lors d'une conférence le 14 mai, «si l'on fantasme sur la présence chinoise en Afrique, si tout cela nous semble extraordinairement mystérieux, c'est tout simplement parce que les Chinois parlent chinois et que rares sont les chercheurs à avoir fait du terrain».

     

    Pour se défaire des images fantasmées qui font la part belle à l'«invasion» ou au «tsunami» déferlant sur l'ensemble du continent noir, des experts invitent à développer une approche plus locale et documentée du phénomène, en croisant sociologie et économie.

     

    «Si la presse internationale s'intéresse à cette projection de l'Asie – en fait de la Chine populaire – en Afrique, cette représentation demeure perçue à un niveau très générique», s'inquiète notamment Roland Marchal, dans un récent article (lire sous Prolonger). «Sont ainsi exclues de l'analyse ou tenues au rang d'anecdotes les formes concrètes de la présence asiatique en Afrique. (...) A force de mettre l'accent sur les gros contrats énergétiques qui mobilisent à juste raison les chancelleries, on tend à laisser hors de vue les multiples entreprises chinoises qui ouvrent (et ferment, éventuellement) entrepôts ou manufactures sur le continent, leur capacité à subsister dans un univers pour le moins étranger (...)

  • Une complémentarité public/privé

    Que disent les premières conclusions de ces travaux novateurs, à mi-chemin entre économie du développement et sociologie de l'immigration ? Après un master d'économie à Sciences-Po Paris, Mathilde Dupré et Weijing Shi sont parties près de trois mois au Mali, fin 2007, à la rencontre d'entrepreneurs chinois. Elles ont fait les comptes : 1.200 Chinois présents (contre 5.000 Français), très majoritairement des hommes, 161 entreprises chinoises, principalement dans l'hôtellerie, le commerce et la construction. «Si les Chinois sont encore faiblement implantés au Mali, ils travaillent dans des secteurs très visibles à Bamako, comme les bars et hôtels, notent-elles. Ils ont également réalisé la construction du palais présidentiel.»

     

    D'après elles, la montée en puissance de la Chine en Afrique est «un phénomène moins centralisé, beaucoup plus spontané qu'on voudrait le laisser penser». Au passage, elles insistent sur le rôle des entrepreneurs privés de tout poil, venus seuls en Afrique, attirés par ces nouveaux marchés et les profits à la clé.

    x5olf4&related© Mediapart

     

    Confirmation de ces propos dans La Chinafrique, qui souligne la «complémentarité» des efforts publics et privés des Chinois en Afrique : «Les aventuriers avancent et investissent. Pendant ce temps, l'Etat chinois signe d'énormes contrats d'infrastructures et d'exploitations de matières premières. Il peut s'appuyer sur une diaspora chinoise de plus en plus nombreuse et organisée, laquelle en contrepartie est encouragée par le volontarisme de Pékin.»

     

     

    Autre conclusion, plus polémique, à laquelle Mathilde Dupré et Weijing Shi sont parvenues : les abus de certaines entreprises chinoises observés sur place (par exemple, le non-respect de normes sociales ou environnementales) révèlent avant tout les failles administratives et juridiques de nombreux Etats africains. Dans lesquelles s'engouffrent les Chinois, mais également beaucoup d'autres entrepreneurs. Explication en 53 secondes, avec l'exemple des impôts au Mali, que les Chinois sont accusés de ne pas payer.

    x5omse&related© Mediapart

     

    Bref, c'est un mouvement protéiforme que nous allons essayer de décrire au plus près cette semaine sur Mediapart. Demain mardi, au tour des Indiens d'Afrique.

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Depuis le lancement du site il y a presque trois mois, des dizaines d'informations ont confirmé, à intervalles réguliers, la montée en puissance de la Chine et de l'Inde en Afrique : signature de contrats juteux ici et là en Afrique, rapport du Parlement européen sur la question, conférence de presse d'officiels chinois à Paris, batterie de working papers du centre de développement de l'OCDE sur le sujet, etc. Jusqu'à présent, nous n'en avions pas dit mot. A chaque fois, la même gêne : évoquer par le tout petit bout de la lorgnette une tendance de fond complexe et hautement polémique, se retrouver contraint de relayer les chiffres publiés par Pékin ou lus un peu partout dans la presse, faute d'en savoir plus sur le sujet, faute d'avoir enquêté un tant soit peu. Nous avons donc attendu, quitte à perdre en réactivité.

 


Les partis pris de la série sont simples : raconter cette mondialisation Sud-Sud qui en dit beaucoup plus sur l'état du monde que les grandes conférences internationales et leur langue feutrée, faire le tri dans l'abondante littérature parue sur le sujet en donnant le plus possible la parole aux chercheurs sur le terrain, constituer une base de référence qui nous permette, dans les mois à venir, de rebondir plus vite sur tel ou tel événement que l'on jugera significatif. Bref, constituer, doucement, une mémoire du site sur ces sujets à nos yeux décisifs.

 

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La Chinafrique, Pékin à la conquête du continent noir, de Serge Michel et Michel Beuret, Grasset, 2008, 19,50 euros. L'enquête de ces deux journalistes, qui ont arpenté 11 pays africains, est accompagnée d'un reportage photo de Paolo Woods. Qui est également l'auteur des deux photographies, tirées du livre, qui illustrent notre article.

 

 

 

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L'Offensive chinoise en Afrique, de Philippe Richer, éditions Karthala, 2008, 18 euros. Une approche historique (depuis les grandes expéditions des Ming) et géopolitique de la question, par un ancien ambassadeur de France au Vietnam.

 

 

 

 

 

 

 

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L'Economie politique, n°38, éditions Alternatives économiques, avril 2008, 10 euros.

Avec un long article de Jean-Raphaël Chaponnière (AFD) intitulé : «Afrique : quand la Chine change la donne».

 

 

 

 

 

 

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China returns to Africa. A Rising Power and a Continent Embrace, ouvrage de référence, dirigé par Chris Alden, Daniel Large et Ricardo Soares de Oliveira, édition Hurst, mai 2008, 65 livres. On en reparlera plus tard dans la semaine.

 

 

 

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Capitalismes et capitalistes en Chine. Des origines à nos jours, de Marie-Claire Bergère, éditions Perrin Asie, 2008, 21,50 euros. Pour lire des extraits du livre, en PDF, c'est ici.

 

 

 

 

 

 

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Voyages du développement. Emigration, commerce, exil, sous la direction de Fariba Adelkhah et Jean-François Bayart, Editions CERI-Karthala, 2007. Avec un article de Roland Marchal, du CERI, proposant une perspective inversée, sur les investisseurs africains en Asie : «Hôtel Bangkok-Sahara». Pour patienter avant la sortie, aux presses de Science-Po, d'un ouvrage de Marchal intitulé : Afrique-Asie, une autre mondialisation ? (annoncé pour 2008).

 

 

 




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Le traditionnel Atlas de la mondialisation, aux presses de Science-Po, consacre cette année une trentaine de pages au développement de la Chine (22 euros).

Il est aussi à noter, que la chine comme tous les pays capitaliste cherche des débouchés où la main d'oeuvre est encore moins chére que chez elle et où le taux d'équipement est bas.

Il faut recaser les millions de télé et autres bidules, qui équipe déja l'occident par multiple (5 ou 6 télé par foyer), qui reste ? Les africains !

Les prochains sont les africains ... aprés la planéte pourra exploser, les africains étant les derniers sur la liste du développement. L'apocalypse approche.
L'humanité aura fait son cycle.

Passionnant comme toujours. Pour une fois j'ai regardé/écouté la video car sa durée (53 s !) était annoncée. Et je ne le regrette pas, car elle vient utilement relativiser le premier commentaire (anti maoïste primaire ! ) que j'aurais, sinon, eu la tentation de laisser seul , à partir des extraits ci-dessous de l'article :
"des rémunérations souvent modiques pour les ouvriers africains «exploités», des garanties sociales souvent inexistantes pour les travailleurs," (...) "soutien politique indirect à des régimes autoritaires"
J'aurais écrit en "réponse" :
40 ans après, il est toujours intéressant de voir à quoi a abouti le discours de l'anti exploitation capitaliste et de l'anti impérialisme dont nous (français et chinois, je suppose ...) avons été alors abreuvés...


Mais la dernière video est venue, pour moi, relativiser les choses, et reléguer mon premier commentaire au rang d'"d'humeur", c'est-à-dire d'émotionnel non digéré.


Avec plus de recul, je dirais ceci :
L'idéologie maoïste - comme toutes les idéologies finalement - n'était-elle tout simplement soluble dans le pragamatisme économique?
Celui-ci n'étant lui-même tout simplement que le reflet de la nature humaine la plus ordinaire... et donc universelle : mon intérêt (ou celui de ma famille, de mon groupe...) d'abord. Alors, Africains, Chinois, Européens etc, même combat égoïste ?
Ou sinon, réflexions du même type à construire, séparément ou en commun, à propos de l'impact de nos comportements ou interactions sur l'ensemble du système commun (Terre !) auquel nous participons ?


PS : complètement d'accord avec le parti pris de la boite noire. Peu importe l'actualité immédiate puisque tout ça ce sont aussi de grandes lames de fond.

Passionnant! C'est sûr que, demain (mais déjà aujourd'hui) Chine et Inde seront au premier plan de l'économie. Derrière, un objectif: faire du "fric" (comme nous!), là où on peut. Que restera-t-il du Bouddhisme après?
Qu'ils soient chinois, indiens ou occidentaux, les humains sont partout pareils!
Pauvres Africains.

Que vient faire le bouddhisme dans cette histoire, M Philips?

La spiritualité des peuples exerce une influence sur le comportement des gens: ici, l'attrait de l'argent, la recherche du profit à tous prix ne va-t-il pas, à plus ou moins long terme, modifier les références et les valeurs spirituelles des Chinois et des Indiens? Voilà ce que mon "raccourci" sous entendait!

Les Africains sont aussi humains - trop humains et le comportement d'élites dirigeantes et de leurs administrations fait la place belle aux "invasions" .Après le pillage par l'Europe, l'occupation de pans entiers de l'économie par l'Asie.
Au moins, d'après le graphique publié, semble-t-il y avoir réel échange de savoir-faire et de produits manufacturés entre Chine et Afrique - où en vont les profits ?

Bonjour à tous, je vous transmets une information . Les chinois font, en effet, venir une grande partie de la main d'oeuvre pour la réalisation des grandes infrastructures publiques. Une partie de cette main d'oeuvre relève du travail forcé, tel que définit par les Conventions Internationales du Travail: ce sont des prisonniers de droit commun.

Un exemple, le Sénégal. Mittal va investir 1 Milliard d'Euros pour exploiter une mine de fer à l'intérieur du Sénégal, construire un port pour évacuer le minerais et une ligne de chemin de fer entre la mine et le port.
"Port Authority of Dubai" va prendre la main sur le port de Dakar, au dépens de Bolloré... Karim Wade, le fils du président en a décidé ainsi après un appel d'offre contesté par Bolloré.
Il faut se faire une raison, la France perd pieds en Afrique, et au vu des résultats obtenus après 100 ans de présence, je ne pense pas que les Africains nous pleurent très longtemps.

Olivier, 38 ans, vivant à Francfort

Sur le Sénégal, et le versant chinois des choses, je conseille les quelques pages de «La Chinafrique» (lire Prolonger) sur le sujet. La thèse des auteurs : «Le gouvernement sénégalais a été plus malin que beaucoup de ses voisins africains». Ils ont exigé l'installation de commerçants sénégalais en Chine contre l'arrivée de Chinois au Sénégal. «En deux ans, 5500 Sénégalais ont obtenu des visas d'entrée et de séjour en Chine». Résultat, ce sont des Sénégalais qui ont en partie profité du boom des importations chinoises dans le pays...

J'ai assisté en Algérie à un dialogue ubuesque : dans ce pays où plus de la moitié de la population a moins de 30 ans et où une des principales activité consiste à "tenir les murs" il y était question des centaines de milliers de logements promis par le président et du seul recours possible aux entreprises chinoises. Keynes, reviendrait qu'il n'y reconnaîtrait pas ses petits. C'est ainsi que l'on lutte contre le terrorisme !

Je ferai quelques commentaires concernant le Mali.
«Si les Chinois sont encore faiblement implantés au Mali, ils travaillent dans des secteurs très visibles à Bamako, comme les bars et hôtels, notent-elles. Ils ont également réalisé la construction du palais royal.»
Il n'y a pas de palais royal à Bamako. Jusqu'à preuve du contraire, c'est toujours un président démocratiquement élu qui est à la tête du Mali.
Les Chinois ont investi dans une entreprise textile malienne, la COMATEX, qui fabrique du tissu pour pagnes à partir du coton. Ils ont reçu la visite d'une mission d'experts mandatés pat l'ONUDI et l'UEMOA, tout comme une autre société textile malienne à 100 %, BATEX-CI, produisant le même type d'articles. Aux dires des experts, la production de COMATEX est qualitativement d'un niveau très bas alors que celle de BATEX-CI est très appréciée sur le marché. En ce qui concerne la comptabilité, l'expert financier de cette équipe nous a dit que les comptes de COMATEX étaient écrits en chinois. Cela s'appelle de la transparence ?
Comme on fait l'exercice d'une comparaison avec l'aide au développement, il ne faut pas oublier que les bureaux d'études et les entrepreneurs maliens participent également aux appels d'offres. Et que même ceux-ci peuvent difficilement lutter avec des offres financières qui sont le reflet de leur propre marché local.
J'ajouterai encore que les Chinois ont promis de construire "gratuitement" un troisième pont à Bamako sur le Niger sur le site de la première centrale hydro-électrique de SOTUBA. Cela illustre la théorie du package.
Il ne faut pas oublier non plus les financements libyens (nouvelle cité administrative, et aussi quelques grands hôtels de luxe) mais qui ont tout de même le mérite d'utiliser la main d'œuvre locale.
Enfin, il ne faut pas oublier que pour des raisons historiques et culturelles (le Mali est né au 11-12ème siècle), ce pays a une tradition démocratique bien plus solide que d'autres pays de la sous-région et qu'il a toujours bien réussi à absorber les invasions étrangères.

Merci pour votre commentaire. «Palais présidentiel», c'est rectifié.
Nous reviendrons demain mercredi sur la question de l'opacité des chiffres de l'action chinoise et son explication (avec le cas de l'aide au développement de la Chine).

L'article n'est-il pas, surtout dans les vidéos de la fin, un petit peu unilatéral ? Je me demande notamment comment ces jeunes chercheuses sont parvenues à la conclusion (et non à la simple supputation) que les impôts non payés et autres cas de malversations économiques sont en gros dus aux imperfections des marchés et des bureaucraties d'Afrique. J'espère qu'elles ne se sont pas contentées de croire les Chinois d'Afrique sur parole sur ces questions. La question n'est évidemment pas de savoir si les Chinois sont plus ou moins méchants que les Occidentaux, mais l'histoire atteste largement que quand on dispose d'une position économique de force dans un pays étranger, on tend à en abuser. La salubre volonté de rééquilibrage (en finir avec les délires sur le péril jaune) ne doit pas sombrer non plus dans l'irénisme.

Je vais prendre leur défense un instant : les deux chercheuses en question, après avoir passé trois mois sur le terrain, ont conclu, en résumant à gros traits, que les abus des Chinois existent, mais qu'ils sont facilités par certaines failles et carences de l'Etat africain. Sur la question plus précise des impôts au Mali, je crois me souvenir qu'elles ont vérifié cette hypothèse en interrogeant des fonctionnaires maliens dans un centre d'impôt.
Et je trouve la conclusion consistant à dire que la Chine en Afrique, c'est moins, ou autant, les grosses entreprises publiques téléguidées depuis Pékin, qu'une myriade d'investisseurs privés à leur compte, des «aventuriers», très séduisante.
Quant à l'angle «un petit peu unilatéral» de l'article, vous avez peut-être raison. Disons que j'ai voulu aussi faire entendre ceux que l'on entend moins ailleurs, énervés par certains raccourcis sur le péril jaune dont vous parlez... Bilan en fin de semaine !

Merci de votre réponse. Mon commentaire s'appliquait en fait surtout aux deux dernières vidéos, qui ne me semblaient pas présenter une argumentation à toute épreuve. Notamment parce que le caractère "spontané" et privé d'un grand nombre d'émigrations économiques chinoises en Afrique n'est nullement contradictoire avec une stratégie globale d'implantation et des rapports inégalitaires : ces petits entrepreneurs prennent probablement le risque de quitter leur pays parce qu'ils s'inscrivent dans un mouvement d'ensemble, qu'ils trouvent sur place des compatriotes, que la presse chinoise (assez contrôlée) communique abondamment sur l'Afrique comme terre d'investissement, qu'ils bénéficient d'aides gouvernementales, etc. Rien de fondamentalement différent en cela, vous avez raison, avec des stratégies de développement "occidentales".

Je trouve cela dit très intéressante la démarche d'ensemble qui consiste à multiplier les formats et les sources d'information dans un article, ainsi que le dialogue entretenu entre journalistes et lecteurs.

Une serie d'article passionante, comme toujours chez Mediapart... Pour information, la resolution sur l'etat de l'Afrique adoptee lors du 55e congres de l'internationale liberale il y a quelques semaines peut etre consultee (et commentee) en francais a cette adresse : http://www.mediapart.fr/club/blog/victor-cova/100608/l-afriq...
Document tres consensuel, et fortement anti-chinois, comme on pouvait s'y attendre, en contre-point donc au texte de Ludovic Lamant...