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Mediapart
Dim.20 avril 201420/04/2014 Dernière édition

Vintimille, concentré des enjeux migratoires européens

|  Par Carine Fouteau

Le trafic ferroviaire entre la France et l'Italie a été interrompu hier, signe de la tension entre les deux pays autour des questions migratoires. Alors que les autorités italiennes délivrent des titres de séjour aux Tunisiens du côté de Vintimille, les contrôles policiers se multiplient côté français. Objectif: leur barrer la route, en contestant leur autorisation à circuler.

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La tension entre Paris et Rome est montée dimanche après l'annulation par la France de trains au départ de la gare italienne de Vintimille.
Des responsables d'associations français et italiens avaient prévu d'embarquer avec une soixantaine d'immigrés tunisiens à bord d'un train, nommé «Train de la dignité», partant à la mi-journée de Vintimille pour Marseille afin de réclamer l'ouverture des frontières et le droit d'asile pour tous. Le trafic, interrompu en fin de matinée dimanche à la demande du préfet des Alpes-Maritimes, a repris en début de soirée.

Furieux de ne pas avoir été consulté par la préfecture, le conseil régional Paca, autorité organisatrice des transports régionaux, a estimé lundi que «rien ne justifiait cette décision, contraire à la continuité du service public. Les migrants tunisiens concernés étaient munis des papiers provisoires leur permettant de circuler dans l'espace Schengen». «Il n'est pas acceptable, que chaque week-end, le Gouvernement puisse s'arroger le droit d'interrompre le trafic ferroviaire régional sans raisons réelles», écrit Jean-Yves Petit, vice-président du conseil régional délégué aux transports.

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En provenance de l'île de Lampedusa, plusieurs centaines de ressortissants tunisiens se retrouvent à Vintimille, sur la Rivieria italienne, dans l'espoir de rejoindre leur famille ou des connaissances, principalement en France, mais aussi en Belgique ou plus au Nord. Ces derniers jours, ils sont moins nombreux à avoir tenté le passage, car ils attendaient que soient délivrés les titres de séjour promis par les autorités italiennes. La distribution des premières autorisations va les inciter à poursuivre leur périple, même si ces documents ne constituent pas un sésame: la police française a reçu l'ordre de barrer la route aux «immigrants économiques», comme les appelle le ministre de l'intérieur Claude Guéant. Les contrôles vont s'intensifier, la bataille juridique également.

Début avril, Rome crée la surprise en annonçant son intention de régulariser temporairement les Tunisiens arrivés sur son territoire à la suite de la chute du régime de Ben Ali. Profitant de la moindre surveillance des côtes, environ 25.000 personnes, presque exclusivement des hommes, traversent la Méditerranée, à bord de bateaux de pêche surchargés, au péril de leur vie. Débarquées au sud de l'Italie, elles sont transférées dans différents centres dits d'accueil et d'identification.

Rapidement, l'Italie se dit débordée par ce «tsunami» et appelle à l'aide ses voisins européens pour se «répartir le fardeau». Ne voyant rien venir, le gouvernement de Silvio Berlusconi décide unilatéralement d'octroyer aux étrangers arrivés d'Afrique du Nord entre le 1er janvier et le 5 avril des permis de séjour «pour motif humanitaire», valables six mois dans l'espace Schengen. Plutôt qu'un geste humanitaire, il s'agit d'une invitation à quitter l'Italie.

Refusant de subir la stratégie italienne, l'ex-préfet Claude Guéant riposte avec une circulaire datée du 6 avril listant les conditions à cette libre circulation, parmi lesquelles la possession d'un passeport ou d'une pièce d'identité et la justification de «ressources suffisantes» (62 euros par jour et par personne en l'absence d'hébergement).

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Cet article a été actualisé lundi matin en raison de l'actualité de dimanche. Seul le premier paragraphe de la première page a été ajouté.