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Dim.29 mars 201529/03/2015 Dernière édition

Zeev Sternhell : «La droite israélienne a tué le sionisme»

|  Par Pierre Puchot

Les Israéliens se rendront aux urnes mardi 22 janvier. Comme d'habitude, la droite est la grande favorite de l’élection. Auteur du mémorable Aux origines d’Israël, Zeev Sternhell nous décrit une société dépolitisée – « En Israël, le changement de majorité, c’est une révolution. Et Israël n’est pas prêt aujourd’hui à cela » –, mais de plus en plus écrasée par l’idée de Nation.

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Les Israéliens se rendront aux urnes mardi 22 janvier, pour renouveler la composition de leur parlement. Comme lors de toutes les élections depuis douze ans, la droite est la grande favorite. De passage à Paris pour la nouvelle édition de son ouvrage de référence (Ni droite ni gauche – L'idéologie fasciste en France, qui fait de la France le véritable berceau du fascisme), Zeev Sternhell, professeur de science politique à l’université de Jérusalem et auteur du mémorable Aux origines d’Israël, nous décrit une société dépolitisée, mais de plus en plus écrasée par l’idée de Nation et la peur d’affronter son destin en poursuivant inexorablement la colonisation de la Cisjordanie. Entretien. 

Qu’attendez-vous des élections qui vont se dérouler le 22 janvier ?

Malheureusement, encore moins que d’habitude. Je ne m’attends pas à un changement majeur : une défaite de la droite et une victoire du centre-gauche sont quasiment exclues. Cette campagne électorale a été la plus terne, la plus minable dont j’ai le souvenir. L’opposition de centre-gauche est incapable de s’unir, et demeure portée par des personnalités de second plan. Un des grands problèmes de la politique israélienne, c’est l’absence d’élite.

Le centre-gauche, dans l’incohérence de ses positions, n’est pas très différent de ce qui se passe dans les démocraties occidentales. Mais en Israël, tout prend des proportions plus dramatiques, parce que les enjeux sont plus graves.  En France, Sarkozy, Hollande… ce n’est pas la fin du monde. La différence entre les deux politiques qu’ils mènent est si mince. Sarkozy a perdu l'élection, non pas parce que la gauche l’a gagnée, mais parce que les Français l’avaient assez vu.

Chez nous, cela ne marche pas comme ça. En Israël, le changement de majorité, c’est une révolution. C’est une tout autre direction dans laquelle le pays s’engage. Et Israël n’est pas prêt aujourd’hui à cela.

C’est ainsi que vous expliquez la longévité de la droite israélienne, au pouvoir depuis douze années maintenant ?

Si l’on va vraiment à l’essentiel, dans le sens où Max Weber ou Tocqueville l’entendaient, si l’on cherche l’idée mère, la droite est en fait au pouvoir depuis 1970, depuis la défaite historique du parti travailliste, avec certes, des éclaircies çà et là. La grande éclaircie fut celle d’Itzhak Rabin dans les années 1990. Mais Barak aussi a eu sa chance, ce qui montre d’ailleurs qu’il n’y a pas de déterminisme. La droite peut être battue. Mais il faut pour cela un leadership, et un programme minimum. La politique de la droite est en place depuis 1977. C’est long.

Vous pensez donc qu’il y a un projet politique commun de la droite israélienne, qui commence en 1977 ? Aujourd’hui, nous serions tout simplement dans le prolongement de Menahem Begin, premier ministre de 1977 à 1983 ?

Pour ce qui est l’essentiel chez nous, c’est-à-dire l’occupation, le problème des territoires, de paix et de guerre, il y a une continuité. Aucun gouvernement israélien n’a été capable de se mesurer aux colons de Cisjordanie, même lorsque ces colons étaient quelques centaines. L’idée d’une fin de l’occupation, d’un retour aux frontières de 1967, d’un échange des territoires pour la paix… Cette idée-là est toujours présente, mais elle n’est jamais mise en pratique.

Ce mois-ci, deux sondages ont encore montré que 67 % des Israéliens, dont près de la moitié des électeurs du Likoud, étaient favorables à la fin de l’occupation et à la création d’un État palestinien. On se demande alors : s’il en est ainsi, comment la droite peut-elle gagner les élections ? Parce que la masse des Israéliens, tout en sachant que l’occupation est un désastre et qu’il faut y mettre fin, n’est pas prête à payer le prix, c’est-à-dire l’affrontement avec les colons, ce qui reviendrait à venir au bord de la guerre civile.

L’avenir d’Israël dépend pourtant du retrait de la Cisjordanie. Si l’on poursuit dans la voie dans laquelle nous nous sommes engagés, qu’est-ce qui nous attend ? Soit un État binational, ce qui reviendrait à mettre fin au sionisme, ou alors un État d’apartheid, qui est une autre façon de mettre fin au sionisme. Le sionisme dans son sens originel, et un État d’Israël avec ses objectifs d’origine, ne peuvent exister que si l’on met fin à l’occupation. Les Israéliens le savent, le comprennent, mais lorsqu’ils ont le choix entre le danger d’une guerre civile, ou le danger d’une nouvelle intifada, ils préfèrent se battre avec les Palestiniens.

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