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Jeu.18 décembre 201418/12/2014 Dernière édition

M. Strauss-Kahn, que s’est-il passé dans la suite 2806 ?

|  Par Jade Lindgaard

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Le regard du monde vers Paris

Cet échec à traiter avec égalité l'accusatrice et l'accusé est d'autant plus grand que les enquêteurs ont au départ pris au sérieux le récit de Nafissatou Diallo. Au point d'arrêter un homme puissant au nom d'un idéal démocratique : celui de l'égalité de tous devant la loi. Il serait terrible que ce retournement de procédure entraîne un backlash, un retour de bâton, pour les victimes à venir d'agressions sexuelles commises par de plus forts, de plus riches, et de plus connus qu'elles-mêmes.

Couverture de "Femmes, race et classe", des femmes (1983).Couverture de "Femmes, race et classe", des femmes (1983).
« Aux Etats-Unis et dans d'autres pays capitalistes, les lois sur le viol ont généralement été conçues pour protéger les hommes des classes dirigeantes dont la femme ou la fille se feraient agresser, explique la militante afro-américaine Angela Davis. Ce qui arrivait aux femmes de la classe ouvrière ne préoccupait guère les tribunaux. » Elle écrivait ces lignes en 1981, dans son livre devenu un classique de l'histoire du féminisme, Femmes, race et classe. Elle y explique à quel point le viol des femmes, et singulièrement des femmes noires par les hommes blancs, fait partie de l'histoire de l'esclavage aux Etats-Unis, puis de la ségrégation, de l'histoire du racisme et de l'oppression économique. « Bien qu'il soit de notoriété publique que les employeurs, cadres, politiciens, médecins, professeurs blancs “profitent” des femmes qu'ils considèrent comme leurs inférieurs sur le plan social, leurs méfaits sexuels sont rarement jugés par un tribunal », concluait-elle tristement.

Comme une ultime provocation, Benjamin Brafman, l'avocat du Français, déclarait mardi, après la confirmation de l'abandon des poursuites pénales contre son client : « Vous pouvez peut-être avoir un comportement déplacé, mais c'est très différent d'un crime. Cette affaire a été traitée comme un crime alors que ce n'en était pas un. » Ce « comportement déplacé » sonne comme un aveu euphémisé d'un acte manifestement jugé répréhensible (« inappropriate », dit-il en anglais) par la défense elle-même de l'accusé. On en revient au « troussage de domestique » décrit par Jean-François Kahn. Pas bien, mais pas très grave. En pleines eaux troubles.

A vous, aux Français de poursuivre l'œuvre de la justice en ouvrant le dossier des accusations de Tristane Banon, propose désormais l'avocate Cheryl Thomas : « Le regard du monde va se tourner de New York vers Paris », prophétise-t-elle. Commençons déjà par une simple question à celui qui va peut-être bientôt rentrer en France : M. Strauss-Kahn, que s'est-il passé chambre 2806 ?

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